Les Carnets d'Imelda

  • Accueil
  • > Recherche : comment ecrire roman historique
10 novembre 2011

Le roman comme dialogue avec un écrivain – Entretien avec Nathalie Skowronek.

Publié par carnetsdimelda dans Ecrire, Les Entretiens d'Imelda, Litterature, Psychologie

Karen et moi, déjà évoqué ici, est le premier roman de l’écrivain belge Nathalie Skowronek. Elle y raconte une parenté spirituelle entre la narratrice, et l’aventurière du siècle dernier Karen Blixen. La création du roman, qui lie fiction littéraire et réalité historique, s’est faite par couches successives. Rencontre avec une femme que la littérature a construite.

Le roman comme dialogue avec un écrivain - Entretien avec Nathalie Skowronek. dans Ecrire arton26432-f25b9

Karen et moi : d’où vient ce titre énigmatique ?

Il est arrivé en fin de projet. Il s’est imposé naturellement, puisque c’est un livre avec deux personnages qui avancent conjointement - d’où le « et ». Karen évoque le prénom de Karen Blixen ; il ne s’agit pas de la figure biographique de l’écrivain, mais de la femme qui va le devenir. Le « moi » représente le « je » de la narratrice.

Je voulais d’abord écrire un livre sur le pouvoir de la littérature dans nos vies. J’ai choisi Karen Blixen qui est pour moi un auteur phare, et qui m’accompagne depuis longtemps. De plus, sa Correspondance, où elle parle de son désir d’écriture et de sa vie avant de devenir écrivain, a permis une zone de proximité où j’ai pu avancer avec elle.

Comment vous êtes-vous documentée sur la vie de Karen Blixen avant qu’elle devienne écrivain ?

Je me suis appuyée sur la biographie de Judith Thurman, et sur des éditions critiques de son œuvre. J’ai eu à ma disposition sa Correspondance, et son roman autobiographique La Ferme africaine, où elle réinvente en partie sa propre histoire. Cependant, je n’ai pas fait un travail de chercheur ni un travail biographique au sens strict. Karen Blixen est plutôt devenue pour moi un double poétique, à partir duquel j’ai vu la possibilité d’un livre, et une sorte de construction romanesque entre elle et moi. J’ai veillé à être exacte et à ne pas manipuler les faits, et en même temps à tirer les éléments biographiques dans le sens de mon propre récit.

J’ai travaillé par périodes successives, pendant un an et demi ou deux ans. J’ai laissé dormir une première version plusieurs mois. Après une deuxième version, j’ai vu un but possible. J’ai alors écrit de manière très intensive. En fait, c’est à partir du moment où je me suis autorisée à tutoyer la Karen du livre, que le livre m’a échappé. Avant cela, je cherchais la juste place.

J’ai travaillé par couches successives. A chaque nouvelle version j’ai essayé d’aller le plus loin, pour que le livre évolue en fonction mon idée.

A un moment du roman, on ne sait plus très bien qui parle, de la narratrice ou de Karen. Est-ce volontaire ou non ?

Le livre évoque deux femmes à deux époques différentes, dans des lieux et des milieux différents, qui s’interrogent sur le sens à donner à leur vie. Au départ, la narratrice se cache derrière Karen Blixen parce qu’elle ne parvient pas à s’émanciper. Puis elle s’aide de la littérature et de la figure emblématique de Karen. Quand les choses sont trop difficiles à dire pour la narratrice, elle va rechercher Blixen et faire parler sa vie, qui reflète la sienne propre. Ce jeu de miroir fait partie de la construction du livre.

Un livre peut changer une vie : le cas du livre est-il un cas extrême, où est-ce vraiment possible ?

Le lieu du livre permet des sentiments plus intenses que dans la vie quotidienne. De la même manière que la narratrice montre son côté le plus âpre, et que Karen Blixen est décrite dans ce qu’elle a de plus fragile, le récit pousse les émotions au plus loin. Mais dans la vraie vie, les se passent un peu différemment. En ce qui me concerne, je me suis construite à travers mes lectures, c’est ma façon d’avancer et de regarder le monde.

Nathalie Skowronek, Karen et moi, Editions Arléa, 124 pages, 15 euros.

 

14 février 2011

La musique, monde en soi – Entretien avec Rémi Escalle (3/3)

Publié par carnetsdimelda dans Histoire, Les Entretiens d'Imelda, Musique, Politique

Dans la fin de cet entretien, Rémi Escalle, étudiant en musicologie,  évoque de manière approfondie la musique dite classique et celle dite baroque, la diversité des traditions musicales, le courant minimaliste, les musiques de film et l’accès à la pratique et à l’écoute musicale.

La musique, monde en soi - Entretien avec Rémi Escalle (3/3) dans Histoire 250px-Jean-Joseph_Cassan%C3%A9a_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_Tour

Mondonville (1711-1772), à la charnière du baroque et du « classique »

 

  • Quelle distinction peut-on faire entre la musique classique et la musique baroque ? Finalement, que recouvre le terme « musique classique » ?

« Musique classique » est une expression très intéressante. Tout le monde l’utilise mais personne ne sait au juste ce qu’elle veut dire. On dit souvent « musique classique » pour lui donner une légitimité particulière, l’asseoir face aux « musiques populaires ». C’est un préjugé classique des cultures qui en sont venues à écrire leur musique..

En Inde, ils ont une tradition au moins aussi riche que la nôtre, avec des compositeurs, des maîtres réputées et des traités théoriques aussi vastes que les ensembles de textes religieux hindouistes. Pour jouer un beau râga indien, il faut quinze ans d’apprentissage ; c’est quelque chose de particulièrement technique, de très pensé. Il y a aussi un solfège, avec des gammes, des « bémols », des techniques de compositions à apprendre, des techniques d’improvisation extrêmement complexe. Une très grande richesse qui passe par l’écrit : on parle alors de musique « classique » indienne karnatique ou hindoustanie pour l’opposer aux musiques rituelles non-écrites de ce mêmes régions par exemple, aux structures moins aisément identifiables.

Concernant la question de la tradition musicale, on pourrait le vocable « musique classique » pourrait se justifier en Occident du point de vue qui la pratiquent, éventuellement, car elle renvoie à certains « clichés » musicaux. D’un point de vue historique, cela pose cependant problème. J’avais même un professeur d’histoire de la musique qui soutenait de manière particulièrement convaincante que la musique « classique », d’un point de vue historico-musicologique, n’existe pas. Il ne parlait jamais de musique classique. En effet, qu’entend-on par musique « classique » lorsqu’on cherche à la situer sur les frises des conservatoires ? On la se situe de 1750 à 1800 environ. On se retrouve alors avec trois compositeurs estampillés vrais « classiques », Mozart, Haydn, Beethoven. On est bien embêté : trois compositeurs, cela ne fait pas beaucoup pour une période de presque 70 ans, dans laquelle il se passe beaucoup de choses, où Kant écrit sa Critique de la Raison Pure tandis que l’on publie les premiers romans et poèmes « gothiques », tels ceux de Young. Ainsi Schubert, où le classe-ton ? Il meurt un après Beethoven (en 1828), pourquoi en faire un romantique, tout en excluant son illustre aîné ? C’est difficile à comprendre.

Aussi mon professeur soutenait que l’on peut qualifier l’esthétique de Mozart, sans aucune connotation péjorative, de « musique galante ». Si l’on veut qualifier la période baroque d’un point de vue esthétique, c’est la ligne de basse qui est fondamentale – l’accord chiffré supportant la ligne vocale ou instrumentale, très ornée et souvent en grande partie improvisée. Subsistait également le contrepoint hérité de la Renaissance, qui était un genre distinct, qui alternait avec des formes plus libres ou les suites de danses. En musique baroque cohabitent des formes très libres et de formes extrêmement contraignantes comme le contrepoint, et des d’autres formes, par exemple la suite de danses.

Cependant l’écrit a peu à peu figé les ornements, sur le même modèle que les techniques de compositions contrapuntiques (telles que le canon ou la fugue) qui étaient tout d’abord improvisées par les organistes (notamment en Flandres) et qui ont peu à peu fait l’objet de règles de plus en plus strictes et même de traites extrêmement complexes. Certaines suites de danses ont alors fini par intégrer des notions contrapuntiques, et des formes nouvelles sont nées, comme les partitas pour clavier de Bach, hybrides étranges qui à la fois lorgnent vers la sonate et sont en même temps les derniers témoins d’un style d’écriture déjà dépassé.

A l’époque que l’on appelle usuellement classique c’est l’expression mélodique qui va de nouveau primer, mais cette fois-ci sous une forme entièrement écrite et intégrée à l’harmonie, bien loin de la liberté qu’offraient les schémas baroques. La fugue demeurera, mais non comme genre à part entière. Alors pourquoi parler de style galant ? Parce que cette liberté mélodique retrouvé, bien qu’entièrement indiquée sur le papier, n’a rien à voir avec une quelconque théorie du classicisme : bien au contraire, il y a une évolution continue, continue, contiguë à celle des cours d’Europe qui employaient les musiciens à la même époque. De nombreux compositeurs qui sont à cheval entre la période baroque la période galante.

(Lire la suite…)

28 juillet 2010

Ecrire un roman historique : questions et jubilations

Publié par carnetsdimelda dans Histoire, Les Entretiens d'Imelda, Litterature, Roman

Entretien exclusif avec Aude Pilorgé, auteur du roman De soie, d’or et de sang, aux éditions des Quatre Saisons. Portrait d’une passionnée du Moyen-Age et du XIIe siècle, cultivée et imprévisible.

Ecrire un roman historique : questions et jubilations dans Histoire nouvelleimagek

 

Pourriez-vous vous présentez en quelques mots ?

Je suis mariée et mère de famille nombreuse, rédactrice juridique dans l’administration. C’est mon premier roman, et j’ai déjà une soixantaine d’années.

Depuis quand écrivez-vous, et sous quelle forme ?

J’ai commencé très tôt. Petite, j’écrivais des bandes dessinées, des contes, des nouvelles, et mon journal jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. J’ai tout jeté, je pense que ce n’était pas très bon. Puis je me suis mise à beaucoup lire.

J’ai commencé à écrire ce roman il y a vingt ans, mais j’ai commencé à le rédiger vraiment il y a trois ans. Auparavant il s’agissait de pages écrites au hasard de mon inspiration ; j’ai réutilisés certains de ces fragments par la suite.

J’écris à l’ordinateur : c’est plus rapide que de tout recopier. Seules les premières pages ont été écrites à la main ; j’étais alors en Tunisie et sans ordinateur. Par la suite, ce sont simplement les idées que j’ai notées sur le papier, pour les développer ensuite à l’écran. 90% du roman a été écrit directement à l’informatique.

Pourquoi avez-vous écrit ce roman ?

Je crois bien que l’idée m’est venue en lisant un livre d’Ellis Peters, qui a écrit des romans policiers médiévaux ; elle parlait d’un bouton au XIIe siècle, alors que ceux-ci n’existeront qu’au XIIIe. Je me suis dit que l’on pourrait bâtir une intrigue avec quelqu’un qui retrouverait, non pas un bouton, mais un galon.

J’ai toujours aimé passionnément le Moyen-Age, sans savoir vraiment pourquoi. J’ai en fait deux pôles d’intérêt : le Moyen-Age et l’Extrême-Orient. Mais l’Extrême-Orient est un monde complexe, plus difficile à connaître, et qui nous est étranger. Tandis que le Moyen-âge, c’est chez nous ! J’ai lu tout ce que j’ai pu trouver en fait de romans médiévaux et de livres d’histoire.

J’aime surtout le XIIe siècle, qui est l’aurore d’une apogée de notre civilisation. L’apogée sera le XIIIe siècle avec saint Louis, puis viendra une certaine décadence. Tous les jaillissements sont suivis d’effondrements.

Cette époque est marquée par un approfondissement de la foi, un développement de la culture, qui va de pair avec une fantastique richesse artistique.

(Lire la suite…)

DanceMusicNews |
marc marilyn manson |
Metallica up your ass |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | La vérité est ailleurs vers...
| Haute Tension
| aaron57