Les Carnets d'Imelda

9 mai 2011

Le Voile des illusions

Publié par carnetsdimelda dans Cinema, Histoire, Photographie

Un film sino-américain, de John Curran (2006).

« Aucun de nous n’est en Chine sans une bonne raison. » Quand Walter (Edward Norton, photo), bactériologiste britannique des années 1920, prononce cette phrase, il se trouve au fin fond de la Chine du Sud. Dans un village ravagé par le choléra, il essaie d’endiguer la contamination grâce à ses recherches. Quittant son laboratoire, il va voir la réalité de la maladie. Le voile des illusions va tomber.

Mais ce voile est aussi celui qui cachait son regard, lorsqu’il a épousé Kitty (Noami Watts), jeune femme frivole qui souhaitait échapper à la tutelle de ses parents. Elle l’a d’ailleurs rapidement trompé avec un autre homme, à Shanghai. Dans la Chine profonde, esseulée, elle peine à trouver une occupation et un sens à son existence. Mais des orphelins d’un couvent vont avoir besoin d’elle. Alors de scène en scène, l’estime de Walter pour Kitty va remonter, et réciproquement ; lors d’une scène de vérité entre eux, elle lance : « Nous sommes plus complexes que vos ridicules petits microbes. Nous sommes imprévisibles, nous faisons des bêtises et nous décevons nos proches. » Et lui d’admettre : « Il était ridicule de rechercher chez l’autre des qualités qu’il n’avait pas. »

Cette lente rédemption se déroule dans un contexte troublé et complexe. Il trouve sa contradiction interne dans la phrase d’une vieille femme, dont on enlève le cadavre d’un proche mort du choléra : « Je vous en prie, ne l’emmenez pas. Son esprit ne trouvera pas le repos ! » La sécurité sanitaire imposée par l’ « étranger » est confrontée aux traditions régionales et culturelles. A cela s’ajoutent des affrontements avec les nationalistes de Tchang Kaï-chek et les seigneurs locaux.

La Chine est néanmoins filmée avec une élégance et une sobriété admirables (davantage que Out of Africa, auquel ce film peut faire songer), tandis qu’aux paysages se superpose une musique soignée. Un film qui aurait pu être plus mélodramatique, mais ne garde qu’une grande beauté.

Le Voile des illusions dans Cinema paysage-0

3 mai 2011

Gérone gère (presque) comme Rome

Publié par carnetsdimelda dans Architecture, Photographie, Voyages

Grande ville de la Catalogne espagnole, Gérone (Girona en catalan, Gerona en castillan) est une cité fort ancienne. Plusieurs fois assiégée par la France, elle fait finalement partie de l’Espagne. Le vieux quartier, la cathédrale Santa Maria qui conserve la plus large nef du monde après Saint-Pierre de Rome, sont autant de richesses. Sans compter cette précieuse information venant de Wiki :  selon plusieurs enquêtes publiées dans les magazines d’information générale, Gérone est considérée comme la ville où il fait le plus bon vivre en Espagne. Voici quelques-unes de mes prises de vue.

 

Gérone
Album : Gérone

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23 avril 2011

« Premier amour » de Tourgueniev

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Mots, Roman

Lire Premier amour, nouvelle écrite et publiée en 1860, c’est croire découvrir déjà L’Education sentimentale de Flaubert – la seconde version tout au moins, publiée en 1869. Lisez plutôt Tourgueniev : « Elle portait une robe foncée, déjà usagée, et un petit tablier. Et j’aurais voulu caresser chaque pli de cette robe et de ce tablier ! Les pointes de ses souliers dépassaient de sa robe. Avec quelle adoration ne me serais-je pas proterné devant ces souliers-là ! … » (traduction de J.-M. Deramat). Dans L’Education, on lit dès les premières pages, lors de la rencontre de Frédéric et de Madame Arnoux : « Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux. (…)  Il considérait son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu’elle avait portées, les gens qu’elle fréquentait… »

Ces ressemblances n’existent pas par hasard. Le russe Ivan Tourgueniev fit la connaissance de Gustave Flaubert lors de son second séjour à Paris à partir de 1857 – il mourra à Bougival en 1887. Leur correspondance a même été publiée. Quoi qu’il en soit, les deux auteurs, post-romantiques, trouvent un malin plaisir (ou non) à parodier les clichés romantiques. La citation supra restitue bien l’excès de cette idolâtrie absurde qui se répand jusque dans la robe usée et les vils souliers. Dans Premier amour, le jeune narrateur de seize ans tombe amoureux de sa voisine Zinaïda, jeune fille capricieuse et belle, de cinq ans son aînée. Celle-ci succombe à un autre courtisan, des plus inattendus.

Alors il vit les affres d’une passion assez navrante aux yeux du lecteur. Ainsi, évoquant la rencontre, le narrateur raconte : « J’agissais comme un somnombule et je ressentais de tout mon être un bonheur frisant la stupidité. » Il lit Schiller. Il oublie de réviser. Il pense « en français « Que suis-je pour elle ? »". Un soir où il décide d’épier ladite Zinaïda, comme par hasard, « un orage se préparait. Des nuages noirs s’amoncelaient et rampaient dans le ciel changeant à chaque instant leurs contours vaporeux. » Original ! Plus loin, un des adorateurs de la jeune fille annonce qu’il va écrire une poésie « romantique, dans le genre byronien ». Un autre répond que « Hugo est supérieur à Byron ». Zinaïda coupe : « Allons ! Vous allez recommencer à discuter du classicisme et du romantisme. » On rirait presque !

Bien sûr, la nouvelle excède la simple parodie. Tourgueniev s’y livre un peu. D’aucuns (Edith Scherrer dans l’édition en Pléiade) ont montré que les parents du héros ressemblent aux parents de Tourgueniev ; il suggérerait que son père a épousé sa mère par intérêt. Au détour d’une phrase, on croise le nom de Pouchkine, ami de longue date de Tourgueniev ; auteur qu’il faut lire, dit Zinaïda, « pour purifier l’air ». L’atmosphère de la maison de la jeune fille est en effet des plus malsaines ; un des personnages affirme : « Dans une serre, l’odeur est agréable, mais il est impossible d’y vivre. » Et cette ambiance insolite et déroutante (on pourrait dire « russe »…), infiniment singulière, Tourgueniev déploie les ressources les plus simples et les plus littéraires à la fois, pour la rendre perceptible au lecteur charmé.

 

9 avril 2011

Les Prodiges de la vie

Publié par carnetsdimelda dans Histoire, Litterature, Petites reflexions

Avant d’écrire Lettre d’une inconnue (1922) et Le Joueur d’Echecs (1941) évoqués sur ce blog, l’écrivain autrichien Stefan Zweig publia en 1904, c’est-à-dire à l’âge de 23 ans seulement, une nouvelle nommée Les Prodiges de la vie. Elle raconte le destin d’un vieux peintre à Anvers au milieu du XVIe siècle, qui réalise une Madone qu’on lui a demandée. Son modèle est une jeune Juive orpheline d’une grande beauté. Une relation d’affection filiale s’établit entre les deux protagonistes ; elle est bientôt remplacée par l’amour que la jeune fille assoiffée porte au bébé modèle pour l’Enfant Jésus, alors même qu’il l’agacait au début. Alors le peintre « se sentit à nouveau proche d’un de ces éternels prodiges de la vie qui se renouvellent sans cesse : les enfants provoquent d’un seul coup le dévouement des femmes, qui de nouveau se dirige vers les enfants, de génération en génération, et ainsi ne perd jamais de sa jeunesse, mais vit au contraire deux fois, par lui-même et dans ceux qui en bénéficient. »

Mais c’est surtout l’image qui est l’objet de cette histoire, soulignant le pouvoir d’attraction qu’un tableau peut exercer et la force avec laquelle il peut rendre présent la représentation. Si bien qu’au moment du saccage iconoclaste par les calvinistes de la cathédrale d’Anvers, à la fin de l’oeuvre, la jeune Juive qui se trouvait près du tableau pour le défendre semble être sortie du tableau : les protestants croyant à une apparition commencent même à prier ! La symbolique profonde de la nouvelle est servie par une langue classique, riche et abondante. « Le lourd manteau de brume qui recouvrait la ville en cette matinée de début de printemps s’était transformé en un voile pâle, argenté, qui restait accroché comme une dentelle aux pignons des toits. » Pour un peu, un croirait voir La vue de Delft de Vermeer.

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NB : Ce blog sera au repos dans les deux prochaines semaines, pour cause de vacances… Joyeuses Pâques à tous !

 

 

6 avril 2011

Une chanson de geste aux effets comiques

Publié par carnetsdimelda dans Chanson, Histoire, Litterature

Dans la Chanson d’Antioche écrite par Richard le Pélerin et retravaillée par Graindor de Douai en 1180, l’auteur évoque dans un registre épique le siège d’Antioche (en Asie mineure, illustration ci-dessous) par les croisés en 1098. Les croisés, menés principalement par Godefroy de Bouillon, sont accompagnés de mercenaires - ceux qui font la sale besogne. A leur tête de ces hommes pauvres et hirsutes, le roi Tafur. Celui-ci, face à la faim qui les tenaille pendant ce siège, rassemble ses hommes et ils commencent à manger les cadavres des Turcs. On lit donc au début du chant V (il s’agit d’une traduction) : « Une fois réunis, ils étaient plus de dix mille. Ils écorchent les Turcs, les vident et les font rôtir ou bouillir. Puis ils les mangent, même sans pain. » Quoi, pas de pain ?

La phrase la plus improbable se trouve quelques lignes plus loin : « Le roi Tafur se sent tout ravigoté. Lui et les siens (et ils étaient nombreux !) écorchaient les Turcs au beau milieu des prés à la lame de leurs couteaux aiguisés. (…) Ils les mangeaient avec plaisir, même sans sel, en se disant les uns aux autres : « Fini le Carême ! »

Notons que cette anthropophagie, qui arrivait parfois à l’époque, est peut-être une invention d’un des auteurs de ce texte, entre poésie lyrique et épopée. Voyez aussi les « dix mille » mercenaires : il s’agit d’un effet de style, qui gonfle la réalité pour souligner le nombre. (Ceci me fait penser à un texte grec tardif racontant l’Evangile avec Jésus sur un quasi drakkar sur le lac de Tibériade… Ah, les charmes de l’épopée !).

Bien sûr, il n’y a rien de drôle dans ce potentiel cannibalisme. Mais le contraste entre ce fait même d’une part, et d’autre part le manque de sel, de pain et le « beau milieu des prés », laisse le lecteur du XXIe siècle entre surprise et amusement.

Une chanson de geste aux effets comiques dans Chanson antioche

 

5 avril 2011

Etre parent : répéter et se soucier

Publié par carnetsdimelda dans Petites reflexions, Psychologie

Dans l’éducation des enfants s’observent des constantes. Dans le fait d’être parent aussi. Même si je ne le suis pas (encore), j’ai cru observer certains de ces invariants. Deux d’entre eux notamment.

Etre parent, c’est redire. Dire « Viens prendre le bain », mais aussi le redire une, deux, trois, quatre, dix fois. On passe à table, fais tes devoirs, range ta chambre. Et avant d’aller chez des amis : « Soyez polis et pas gloutons »… Etre parent, c’est non seulement donner des ordres (faire régner l’ordre, remettre en ordre) pour le bien de l’enfant, son confort et son développement intellectuel ; mais aussi les redire. Accepter de n’être pas obéi la première fois ; ou plutôt de persévérer jusqu’à ce que l’enfant consente, de gré ou de force. Accepter de répéter, parce que la répétition est la meilleure forme pour retenir. Accepter d’être perçu pour autoritaire alors que l’autorité n’est qu’un moyen. Accepter l’aspect fastidieux et pénible, – voire humiliant dans sa caricature - de la répétition, pour qu’un jour l’enfant intègre le repère donné et le fasse définitivement sien.

Rien de très gai, me direz-vous. Eh bien, dans la deuxième constante évoquée, l’inquiétude pour les enfants, il n’y rien de vraiment joyeux non plus. Etre parent, s’est s’inquiéter que l’enfant ne fasse pas de mort subite du nourrisson, ne se noie pas dans la piscine, ne traverse pas la rue en courant. Qu’il ne soit pas inquiété par ses camarades, que son voyage se passe bien, et surtout qu’il ne rentre pas trop tard à la maison, qu’il n’ait pas été kidnappé. Sentiment pesant et angoissant que l’inquiétude. Elle mord l’estomac, alors qu’on doit sourire aux autres. Et pourtant, quoi de plus beau dans l’ordre de l’amour que de cesser de vivre quand le fils qu’on aime n’est pas assuré de vivre – au moins dans l’esprit parental ?

Ces deux exemples montrent bien, il me semble, combien l’amour n’exclut pas une forme de souffrance. Non pas but en soi, mais biais nécessaire dans notre contingence humaine et fragile. Et cela est une sagesse plus grande que tout angélisme. Sans compter le bonheur qu’apporte la singularité de l’enfant et la joie de le voir grandir, dépassant le reste.

PS : Comme toujours, j’attends avec impatience vos commentaires, remarques et contestations…

Etre parent : répéter et se soucier dans Petites reflexions yoga-bebe-maman

 

 

4 avril 2011

Donner la note – ou plutôt la recevoir

Publié par carnetsdimelda dans Mots, Petites reflexions

Lorsqu’on peine pendant des heures à rédiger une dissertation, il est tentant de se dire : « Après tout, ce ne sera qu’un petit chiffre sur un bulletin… »

Il existe en effet une sorte de disproportion entre les efforts mis en oeuvre pour obtenir une bonne note – révisions intensives, efforts pour gérer son temps, stimulation de l’intelligence – et le sentiment éprouvé un peu plus tard face à ladite note. « C’est pas mal », « mouais, pas génial »… Et on essaie d’oublier. Plus rares sont les sursauts de bonheur ou les désespoirs profonds. Tous ces efforts… pour ça ? Des semaines, des mois pour préparer un concours… pour voir quelques notes sur un écran d’ordinateur d’un oeil indifférent si l’on n’a pas été reçu…

Mais, me direz-vous, on ne travaille pas uniquement pour les notes ! Si celles-ci présentent un enjeu pour accéder à la classe supérieure ou être reçu dans un établissement, le travail ne sert-il pas surtout à acquérir des connaissances, des outils et une manière de penser ?

Cela est vrai. Et pourtant, la note n’est pas un luxe. Pour les esprits collégiens ou universitaires, elle est un repère, un thermomètre, un baromètre même. Même si elle est le fruit d’un esprit singulier, celui du professeur ou du jury, avec la marge de « subjectivité » (mot mis à toutes les sauces) qu’elle comprend intrinsèquement, la note reflète une copie. Aussi est-elle souvent désirée en amont, comme la récompenses de toute cette ardeur. Mais lorsqu’elle arrive enfin, l’effort est terminé depuis longtemps, on sait que le couperet est tombé, l’esprit est peut-être passé à autre chose. Alors il tombe avec le bruit que seules font les choses silencieuses.

Donner la note - ou plutôt la recevoir dans Mots encrier1

 

31 mars 2011

Northanger Abbey

Publié par carnetsdimelda dans Cinema, Litterature

« Personne n’ayant vu Catherine Morland enfant n’aurait supposé qu’elle deviendrait une héroïne. Sa situation dans la vie, le caractère de ses parents, et sa propre disposition : tout était contre elle. » Commencer un film en ces termes, c’est restituer fidèlement la délicieuse ironie du roman de Jane Austen, Northanger Abbey. Catherine Morland, grande lectrice de romans gothiques en vogue en ces années 1790, s’imagine en effet l’héroïne d’aventures extraordinaires, faites d’enlèvements, de passions et de meurtres.

Le jeune Henry Tinley et sa soeur Eleanor vont l’aider à mettre un frein à son imagination débordante (le terme est idoine) et en même temps à ne pas idéaliser la vie mondaine de Bath. Ainsi, John lui déclare lors du premier bal, avec un sourire en coin  : « Pardonnez-moi, je suis un partenaire négligent. Je dois vous demander depuis quand vous êtes à Bath, si vous êtes allée au théâtre, au concert, etc. Nous devons faire notre devoir. Etes-vous prête ? » L’humour et la mise en scène atténuent le côté « grands effets » du film (pertinent s’il est volontaire), sans oublier le grand charme de l’actrice prinicipale, Felicity Jones.

Un téléfilm de Jon Jones (2007).

Northanger Abbey dans Cinema northanger_abbey2

 

30 mars 2011

Le Douzième coup

Publié par carnetsdimelda dans Architecture, Photographie
Pas de droits sur l'album 224376

NB : le lieu est généralement indiqué dans le nom donné à la photo.

25 mars 2011

Penser la boulangerie

Publié par carnetsdimelda dans Gastronomie, Petites reflexions

Après Penser la peluche, c’est au tour des petits et grands pains de passer sous le coup de la pensée (à ne pas confondre avec la pesée). Car la boulangerie est l’incarnation vivante d’une conception du temps. Avez-vous remarqué ? Une baguette cuite le matin passe rarement le cap de la nuit suivante au magasin. Chaque jour, de nouveaux pains de campagne, croissants et flûtes Gana naissent, vivent et meurent. C’est-à-dire : meurent à la vie publique, la vie de la vente, la vie qui vaut la peine d’être vécue. Invendus, ils végètent probablement dans le sac à pain de la famille du boulanger, ou, destinée plus louable, dans des associations caritatives.

Mais le vrai pain vit une journée. La boulangerie est le lieu d’un renouvellement constant, sans répit, sans indulgence pour la vieillesse. C’est le lieu du présent, de l’instant, de l’éphémère. Le pain de seigle rend heureux un ou deux jours, puis est sacrifié sur l’autel de la nécessaire manducation. Le pain, c’est le temps croqué, avalé, dévoré.

La mort de la boulangerie, c’est la machine à pain domestique. Pourtant, celle-ci est aussi le microcosme de la reconduction éternelle du temps panifié.

 

Penser la boulangerie dans Gastronomie Boulangerie-Posters

 

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