Les Carnets d'Imelda

9 septembre 2011

Le retour des choses

Publié par carnetsdimelda dans Histoire, Litterature, Roman

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En découvrant la couverture, on pense à un roman à l’eau de rose. Non ! Le livre de Francine de Martinoir exprime avec justesse et poésie bien plus que la fougue des sentiments. Il retrace une histoire dans l’Histoire ; les souvenirs de la narratrice, Octavie Delgodère, qui a été (comme la romancière elle-même) envoyée en Algérie pendant la guerre l’indépendance, en tant que professeur de lettres.

Elle rencontre sur un court de tennis d’Alger un officier plus âgé qu’elle, Tancrède Préfailles, qui porte en lui les stigmates de son séjour à Buchenwald et de la guerre du Vietnam. Ils se marient. Pour Octavie, le dilemme pourrait se situer entre son mari qui maintient la présence française en Algérie, et ses amis et collègues qui militent pour l’indépendance, au prix de leur sang. Mais Tancrède est souvent absent, et se montre secret sur ses activités. A-t-il participé à l’enlèvement d’Etienne Bazine, un de ses amis pro-FLN ? Leur relation se fragilise et ils finissent par se séparer.

C’est d’une clinique parisienne où elle vient de subir une opération que bien plus tard, Octavie évoque son passé. Elle vient d’apprendre par la télévision le décès du commandant Préfailles. Par ce récit impressionniste, amoureux de l’Algérie et de sa lumière, elle tente de trouver un sens. C’est avec délicatesse que l’auteur montre l’échec d’une vie conjugale où les époux ne savent pas communiquer, ni s’aimer dans les petites choses. La couleur de la nostalgie lui donne cependant un clair-obscur émouvant. 

 

Francine de Martinoir, L’aimé de juillet, Editions Jacqueline Chambon-Actes Sud, 2009

8 septembre 2011

Karen Blixen pour procuration

Publié par carnetsdimelda dans Actualité, Histoire, Litterature

Dans ce court roman de la rentrée littéraire, Nathalie Skowronek fait d’une aventurière du siècle dernier une soeur et une amie.

L’appel du large, l’appel de la forêt, l’appel de l’Afrique : on peut dire que c’est ce qui sous-tend ce livre atypique. Il alterne, jusqu’à la fusion des deux, le récit de la vie de Karen Blixen (1885-1962), et celle de la narratrice. La biographie de la première est connue des spectateurs de Out of Africa (1985) : une jeune femme danoise, dans les années 1920, trouve au Kenya échappatoire et aventure. Elle écrit à son retour de nombreux contes, dont Le Festin de Babette, mais surtout La Ferme africaine.

C’est ce récit-là que lit à l’âge de onze ans la narratrice de Karen et moi. Dès lors, elle ne cesse de songer à Karen et à découvrir une parenté entre sa vie et la sienne. Mal-être personnel, mariage sans conviction, rêves d’amour et de voyage, désir d’écriture. Et surtout, peur d’être abandonnée.

Avec un art du récit digne de celui de Karen Blixen, au fil de phrases sobres et fluides, Nathalie Skowronek semble livrer un conte, celui de deux sœurs que la distance géographique et historique ne sépare pas. Malgré le thème assez consensuel – la fuite une vie bourgeoise et étriquée -, la conclusion première reste qu’un livre peut changer une vie.

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Karen et moi, de Nathalie Skowronek, Editions Arléa, 2011.

5 septembre 2011

Internet, remplaçant hors pair

Publié par carnetsdimelda dans Petites reflexions, Toile

Il ne s’agit pas d’attaquer une énième fois Internet, qui s’avère dans bien des cas un outil pratique et rapide. Nous avions souligné ici ou les limites de la Toile et son potentiel de dépendance. Ce qui attise cette fois notre esprit critique, c’est la capacité d’Internet à remplacer certains de nos gestes habituels, voire ancestraux, sous couvert de gain de temps ou d’argent…

Téléphoner à ma maman pour la recette du gâteau au chocolat ? Non, aller sur Marmiton.org.

M’inscrire à un club littéraire dans ma  ville ? Non, à un forum Internet sur ce même sujet.

Aller au cinéma avec une bande d’amis voir le dernier film ? Non, le regarder, seul avec son assiette de pâtes, en streaming.

Acheter un beau magazine chez mon marchand de journeaux ? Non, lire les (débuts d’) articles sur le site.

Aller à la réunion de famille pour avoir des nouvelles de chacun des cousins ? Non, au fond, on les a déjà sur Facebook. (Note sur ce « réseau social » : sur Facebook, tout est beau, tout est lisse : photos souriantes, clics « J’aime » et jamais de « J’aime pas », échanges avec des gens qui n’ont pas de mauvaise haleine, et avec qui on n’a pas de disputes !).

Militer pour un parti ? Non, désormais signer des pétitions en ligne et adhérer au groupe Facebook.

Flâner dans une librairie ou un magasin de vêtements ? Non, errer dans l’arborescence de PriceMinister ou Zara.fr

Ecrire à une amie italienne pour lui demander la signification d’un mot ? Non, Reverso.net sait mieux le faire.

Une question sur ma grossesse ou l’eczéma de mon bébé ? Maman, ma voisine, mon médecin ? Non, Doctissimo.fr, quand ce n’est pas Yahoo! Questions

Envie de convoler ? Site de rencontres…

Internet devient notre mère, notre frère, notre ami. Finalement, on peut rester solitaire, puisque la Toile subvient à nos besoins !

J’exagère un peu ? Certes, mais forcer le trait aide à faire tomber les masques. Rien ne remplace la chaleur d’une amitié ou le prix d’une promenade automnale… sur le sol ! Bonne rentrée !

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5 septembre 2011

Si, l’amour rend lucide

Publié par carnetsdimelda dans Citations, Psychologie

Malgré les litres d’encre qu’on a pu écrire sur l’amour et ses mirages (merci Stendhal, Girard, et tous nos psychanalystes bien-aimés), il est intéressant de lire ce propos convaincant de Louis Evely (1910-1985), écrivain belge :

« L’amour est lucide, il voit ce que les autres ne voient pas, il voit les possibilités de quelqu’un. Vous avez probablement eu l’expérience dans votre famille : lorsque le frère ou la soeur se fiance, et qu’on voit l’admiration éperdue du fiancé ou de la fiancée, eh bien on se dit : « Ah ! il ne la connaît pas, il ne mettra pas longtemps à se réveiller ! Nous, on la connaît, hein, on connaît son sale caractère ! » Ça, c’est croire qu’on connaît quelqu’un. On le constate.

Mais le fiancé ou la fiancée, il recrée l’être aimé, il le transforme, il l’appelle, il le découvre, il l’invente ! C’est un émerveillement… L’amour véritable est lucidité totale. Il tient compte de cette dimension en l’autre qu’on n’aura jamais fini d’épuiser, et à laquelle on s’adressera infiniment pour qu’il puisse grandir et vivre. »

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28 août 2011

Donner à voir un édifice religieux

Publié par carnetsdimelda dans Architecture, Les Entretiens d'Imelda, Voyages

Donner à voir un édifice religieux dans Architecture conques-abbatiale-sainte-conques-img 

Jean-David Vernhes, ingénieur spécialisé dans les sciences de la Terre, fait partie de l’association CASA (Communautés d’Accueil dans des Sites artistiques), née en 1967. Elle regroupe des jeunes bénévoles qui accueillent les visiteurs pendant deux semaines l’été, dans une vingtaine d’églises parmi les plus emblématiques en France. Ils proposent des visites gratuites et adaptées au temps et aux attentes des visiteurs. Comment peut-on faire partager la beauté d un édifice ? Rencontre avec un guide chevronné.

Quels sites religieux avez-vous fait visiter ?

Depuis dix ans, j’ai eu l’occasion de faire des visites l’été à Conques (Aveyron, photo) par deux fois, à Beaulieu-sur-Dordogne (Corrèze), à Bourges, à Vézelay à deux reprises, à Bayeux, au Plateau d’Assy (Haute-Savoie), au Puy-en-Velay, à Cahors et à Saint-Benoît-sur-Loire. Je fais également partie de l’équipe des bénévoles chargés des visites de la cathédrale Notre-Dame de Paris pendant l’année, depuis cinq ans.

Qu’est-ce que la découverte d’une église apporte au visiteur ?

Je distinguerais deux types : le visiteur « Guide vert » et le visiteur « mains dans les poches ».

Le visiteur « Guide vert », muni du livre du même nom, est habitué à se rendre dans beaucoup d’églises. Il a le plus souvent une bonne culture générale. Pour lui, la visite du guide CASA sera l’occasion de recevoir un récit oral et vivant, plutôt qu’une lecture et une recherche hésitante des éléments évoqués. C’est un gain de temps pour lui : il va découvrir plus de choses pour une même durée. Le guide de l’office du tourisme apporte, de ce point de vue-là, la même contribution.

Et pour le visiteur « mains dans les poches » ?

Le visiteur « en tongs », ou « mains dans les poches » arrive sans avoir prévu de faire une visite guidée. Il apprend la possibilité d’une visite gratuite, en aperçoit une déjà commencée… et se décide. Ce que dit le guide est pour lui nouveau, souvent surprenant. Il affirme que sans la visite, il n’aurait rien vu, n’aurait pas su s’arrêter et regarder les détails. Par exemple, même lorsqu’on sait qu’il y a des chapiteaux dans une église (un chapiteau est une partie sculptée au-dessus d’un pilier), on les envisage dans leur ensemble, sans s’arrêter pour voir tel ou tel. Grâce à la visite, on découvre la signification d’un ou quelques chapiteaux précis. Dans une église (contrairement à un château par exemple), chaque élément est très signifiant. Ce sont des portes qui s’ouvrent à la compréhension du visiteur.

Pour ne pas rester dans un flou général, le guide suit une sélection d’éléments de l’église, qu’il a choisis. Il rend le visiteur attentif à une œuvre, afin de la regarder et de l’interpréter au niveau spirituel notamment ; cette dernière dimension, souvent considérée comme une chose d’ordre privée, est souvent mal connue. Elle est pourtant la plus haute clé d’interprétation de toute œuvre dans une église. Ce qui touche les gens, c’est quand ils voient que le spirituel est lié aux grandes questions de l’existence.

Et pour le guide, qu’est-ce que la visite apporte ?

D’abord, le guide doit se former grâce à de nombreux livres. Il va donc avoir une approche détaillée des choses. Il faut cependant faire le tri dans les informations ; dans ses lectures, il peut y avoir des « déchets », comme l’accumulation des interprétations d’une œuvre, parfois fantaisistes. Donner trop d’interprétations (« certains disent que », « d’autres que ») pour un motif sculpté par exemple, va perdre le visiteur. Quand il n’y a pas de réponse certaine, il vaut mieux évoquer celles qui paraissent les plus vraisemblables, et les plus justes.

D’autre part, être guide c’est être le premier bénéficiaire de ce qu’on offre au visiteur. Passer quinze jours dans un édifice ou auprès de lui n’est pas anodin. A force de regarder une œuvre, on s’en imprègne. Cela m’a permis d’enrichir ma réflexion et de nourrir ma foi catholique.

Par exemple, à l’abbatiale Saint-Pierre de Beaulieu-sur-Dordogne, sur les murs latéraux du portail, on observe deux scènes sculptées. La première est une scène de l’Ancien Testament, où le prophète Habacuc nourrit Daniel dans la fosse aux lions. La seconde vient du Nouveau Testament, et représente Jésus tenté par le diable dans le désert. Pour préparer ma visite, j’ai dû relire le passage de l’évangile sur les tentations de Jésus, pour m’impliquer dans la compréhension de cette sculpture réalisée avec les codes de l’art roman. Le souvenir de celle-ci me revient souvent quand j’entends cet évangile désormais. Ainsi, depuis le Moyen Age, l’Eglise se nourrit des mêmes Textes et se réapproprie les méditations qu’ils ont suscitées.

Dans l’association Casa, il y a aussi ce qu’apporte la « vie de communauté », puisque le guide retrouve le soir son équipe (de 3 à 7 jeunes) qui fait des visites sur le même site que lui. De quoi avoir de fructueux échanges.

Quel est votre meilleur souvenir en tant que guide ?

Celui qui est resté le plus fort remonte à 2003, à Bourges. Les vitraux du déambulatoire de la cathédrale y sont époustouflants et très proches des gens. Pour les montrer en étant mieux entendu, on a le dos aux vitraux et on regarde donc les visiteurs, aux visages éclairés par les taches de lumière. Ce jour-là, j’étais avec deux dames qui étaient sœurs, et le mari de l’une d’entre elles. Celui-ci se tenait en retrait, pensant sans doute que ces œuvres religieuses relevaient du folklore.

A un moment, nous étions devant le vitrail, au dessin très simple, du fils prodigue qui revient vers son père, après être parti à la dérive. L’homme s’est rapproché et tout en écoutant l’histoire, il a regardé le vitrail avec une émotion visible. Moi-même, j’ai eu du mal à ne pas en être profondément touché ! J’ai vu presque à mon insu que l’œuvre avait agi pour cet homme comme un écho spirituel, quelque chose qui a la puissance de convertir.

Quel est votre pire souvenir ?

Un des événements les plus difficiles a lieu pour moi à Vézelay, en 2010. Un homme, qui avait un peu l’air de découvrir ce qu’était une église, a demandé une « visite courte », d’une demi-heure. J’ai donc choisi ce qui me semblait le plus précieux. Au bout de dix minutes, devant un chapiteau, il a fait une réflexion qui a suscité entre nous une discussion un peu vive. Alors, il est parti ; cela a été pour moi un grand échec.

Un problème récurrent qui se pose est le moment où un visiteur rentre dans l’église avec un comportement inapproprié : une casquette, un chien ou une glace. On doit lui rappeler le respect que nécessitent l’édifice religieux et les autres visiteurs. Il y a semble-t-il une contradiction entre notre attitude ferme à ce moment-là, et notre vocation d’accueil. Bref, c’est une tâche un peu ingrate, mais je l’estime néanmoins importante.

Un mot pour finir ?

Je voudrais faire une comparaison entre l’association CASA et le « Parvis des gentils », cet événement qui a eu lieu à Paris en mars dernier à l’initiative de l’Église – un ensemble de conférences et débats, des occasions d’échanges entre croyants et non-croyants. Peut-être cela n’a-t-il pas été assez spontané, trop téléguidé pour que ça marche comme on le souhaitait.

Or, ce dialogue entre croyants et non-croyants se vit à CASA de façon discrète, entre guides et visiteurs, et entre les guides eux-mêmes en dehors des visites. Tous les guides ne sont en effet pas chrétiens convaincus, le recrutement est très ouvert. Un bel exemple de Parvis qui ne dit pas son nom !

L’association CASA en chiffres

Nombre de guides en 2010 : environ 130, âgés de 18 à 35 ans.

Sites. Une vingtaine de sites chaque été, de Brancion (Bourgogne) avec quelques milliers de visiteurs par an, à Notre-Dame de Paris, qui compte 12 millions de visiteurs chaque année.

Et les pourboires ? Les guides CASA sont bénévoles et ils reversent leurs éventuels pourboires à l’association. Le don le plus important que Jean-David ait reçu venait d’un couple d’universitaires américains en visite à Vézelay, qui lui ont donné 150 euros. Le plus souvent, les visiteurs donnent entre 5 et 15 euros. De quoi financer la formation des guides !

Site : http://www.guidecasa.com/

23 août 2011

La jeunesse du roman

Publié par carnetsdimelda dans Actualité, Litterature, Mots

Dans le microcosme des éditeurs-librairies-et-critiques, on parle beaucoup de Marien Defalvard, « le jeune génie de la rentrée littéraire ». Aujourd’hui âgé de 19 ans, il a écrit alors qu’il en avait seize Du temps qu’on existait, un long roman évoquant les souvenirs d’un homme né en 1960. De Sacierges (Indre) à l’Aisne en passant par Paris, Strasbourg, Brest et Lyon, il traîne son oisiveté, sa nostalgie de l’enfance et sa misanthropie cafardeuse.

Ce qui frappe dans ce récit foisonnant, c’est la plume, élégante, précieuse, gourmande, abondante jusqu’à l’excès. Extrait : « J’ai vite compris combien cette ville était pleine de spectres et d’apparitions ; d’ombres. La concierge était une ombre, le marchand de tabac était une ombre, les étudiants, dans leurs vêtements destructurés qui parlaient structuralisme, c’étaient des ombres. » Mieux (pire ?) : « Au centre de la table se dispersaient les consommations – les femmes au thé, les hommes au café, les enfants au chocolat. En trois temps le chocolat – comme la valse, comme la composition de français ; mais jamais les belles choses, car les floraisons, les vacances, les jours ne se fractionnent ni en deux ni en trois temps : le bonheur est innombrable, c’est la couleur dans le tube. » Brillant !

Le problème, c’est que cette prose (qu’un critique a comparé avec justesse à un « gâteau trop riche d’où déborde un talent fou, crémeux, irrépressible »), on la déguste pendant 370 pages ! Indigestion assurée ; et c’est dommage. On préférerait lire ce roman sous forme de poèmes, à lire séparément. Autre inconvénient : l’ennui vient aussi du fait qu’il n’y a aucun dialogue, aucune intrigue, aucune vraie histoire ancrée dans l’Histoire du XXe siècle ; c’est plutôt un recueil d’errances et de souvenirs, hypersensibles, interminables à la Proust. On y trouve une débauche de métaphores, filées ad nauseam.

Si ce jeune homme n’a pas de prix littéraire, il aura au moins celui que je lui décerne : celui du vocabulaire. Même indigeste, il est délicieux, d’une diversité appréciable, d’une richesse jusqu’à l’originalité et à la création (le verbe lacrymer, vous connaissez ?). Touffeur, splénétique, draper, vitement, pléiade : si tous les jeunes parlent ainsi, l’avenir de la langue française est assuré. Un beau roman à lire une page à la fois.

La jeunesse du roman dans Actualité

Interview de l’auteur sur France Inter ici.

Marien Defalvard, Du temps qu’on existait, Grasset, à paraître le 1er septembre 2011.

 

20 août 2011

Le pétrole, soleil noir

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Politique, Roman

Brut de Dalibor Frioux est l’un des « premiers romans » de cette rentrée littéraire les plus salués. Dans ce livre d’anticipation, l’auteur, jeune professeur de philo, présente un monde du XXIe siècle en pénurie, où seule la Norvège continue à puiser dans ses grandes ressources en pétrole. Dans ce pays privilégié, tout est irréprochable et éco-responsable. La Norvège distribue les millions du pétrole, réunis en un fonds éthique, dans des projets environnementaux ou de co-développement.

Mais la réalité n’est pas si blanche : des ouvriers meurent à cause des conditions de travail dans les installations pétrolières, un parti populiste prônant le pétrole-roi risque de gagner aux élections, des groupuscules exécutent des actes xénophobes. Le crépuscule des dieux arrive à petits pas.

Les différents personnages profitent de cet univers surprotégé (Katrin), se questionnent (Henryk) ou le rejettent (Jensen). Dalibor Frioux réussit de sa plume fluide et souvent pleine d’humour à moquer indirectement les travers de la société occidentale. On pense également à cette règle donnée aux jeunes sans travail : ils peuvent s’inscrire soit en tant que chômeurs, soit en tant qu’artistes. Un épais roman ambitieux et réussi.

On peut voir la présentation de l’auteur ici, et l’écouter dans cette émission de France Inter.

Le pétrole, soleil noir dans Litterature brut

 Dalibor Frioux, Brut, Seuil, 493 pages. En vente depuis le 18 août 2011.

 

11 août 2011

L’égarement des mots français dans le monde

Publié par carnetsdimelda dans Histoire, Mots

« Jadis, tout était romain, aujourd’hui tout est français ! » pouvait s’exclamer au XVIIIe siècle le marquis de Caracciolo, diplomate italien à la cour de Louis XV. Et à cette époque en effet, l’Europe entière se conjuga à la française. » (1) Si ce n’est plus le cas aujourd’hui, des mots français se sont glissés dans les langues étrangères, soit en gardant leur sens originel, soit en changeant de sens. Cela donne parfois des choses très drôles. Exemples.

L'égarement des mots français dans le monde dans Histoire napole10

Un napoléon en Allemagne ou en Russie, un napoleonka en Pologne, désigne un mille-feuilles (c’est l’image que j’ai trouvée en tapant ce mot sur Google). A cause de l’épais Code Napoléon ? Du goût de « l’Ogre » pour cette pâtisserie ? Ce serait surtout parce que la pâte feuilletée est appelée dans de nombreux pays « pâte française »… Donc Napoléon. Logique.

Un frotté en danois désigne un essuie-mains.

Un melange, en Autriche, est un café au lait (servi dans un verre).

Reveille ! est le signal du réveil (du clairon, souvent) donné aujourd’hui dans l’armée américaine. Celle-ci a d’ailleurs emprunté un certain nombre de mots français, comme lieutenant, aide de camp, bivouac, camouflage

Un belmondo, en russe, est un mot familier pour désigner un homme qui se croit beau et irrésisitible. Une belmonda a le même sens pour une femme. Nos acteurs sont plus dévastateurs qu’on ne le pense !

Par contre, un delon ou un alain delon est, en roumain, un trois-quarts en daim avec doublure de fourrure. En effet, dans les années 1960, le vêtement de Delon dans Rocco et ses frères de Visconti a dû être un symbole fort pour les Roumains confinés dans le bloc de l’Est…

Pour d’autres exemples, consultez le livre ci-dessous !

(1) Franck Resplandy, My rendez-vous with a femme fatale, Les mots français dans les langues étrangères, Bartillat 2006. Livre qui a été ma source principale pour ce billet.

 

9 août 2011

Ce que cache un héros

Publié par carnetsdimelda dans Histoire, Journalisme, Litterature

Ecrire des nécrologies, ce n’est déjà pas toujours facile. Faire l’éloge d’un homme parfait, ce Charles-Elie Sirmont au parcours politique et humanitaire trop lisse, c’est ce que le journaliste Moreira se refuse à faire. Au long du roman, il interroge des personnalités ayant connu Sirmont, afin de préparer l’article qui paraîtra à la mort de ce dernier. Diverses personnalités ont côtoyé le personnages, dans sa carrière de député, d’ambassadeur, de héros humanitaire au Liban ou en Bosnie. Si le sauveur est moins immaculé qu’il n’y paraît, il semble néanmoins incarner le courage, au coeur de missions périlleuses.

Ce que Moreira va découvrir, c’est la blessure intime qui a poussé Sirmont à vouloir améliorer la vie de populations en guerre ou sinistrées. C’est ce que la façade médiatique cache des personnalités. Mais c’est aussi le besoin des gens de connaître des individus modèles, des exemples éthiques, jusque dans le monde actuel.

Etienne de Montety mène avec brio la trame de l’enquête, qui tend cependant à être une succession de récits historiques et militaires trop détaillés, qu’à un véritable roman. Il fait toutefois montre d’une excellente connaissance  des conflits récents, ainsi que des médias – ainsi, le fait qu’après la mort d’une personnalité, si le président a utilisé tel terme élogieux, le premier ministre ne puisse plus l’utiliser.

L’humour est également de mise. Moreira étant chargé des nécrologies, « la mort des autres devint une idée fixe. Il se mit à se réveiller la nuit, pris de panique : rien n’avait été préparé pour Marie-Hélène de Gombault. Il avait beau se raisonner : la médiéviste n’était âgée que de soixante-huit ans et rien ne laissait présager une mort proche, il ne parvenait pas à se rendormir. Il alluma la radio pour s’assurer qu’aucun flash n’annonçait son décès. » Eloquent.

Etienne de Montety, L’article de la mort, Gallimard 2009

Ce que cache un héros dans Histoire Montety

 

26 juillet 2011

Versailles revisité

Publié par carnetsdimelda dans Histoire, Litterature

Contrairement à ce que l’on pense, les jansénistes n’ont pas disparu avec les ruines de Port-Royal-des-Champs, ni même après la révolution. Ils ont développé des réseaux importants dans les quartiers historiques de Saint-Médard et Port-Royal à Paris, mais aussi au château de Versailles. Ils haïssent Versailles, puisque c’est Louis XIV qui fit raser leur abbaye en 1710.

Fin 1999, Pénélope, qui a déjà mené une enquête dans Intrigue à l’anglaise, est nommée conservatrice au château de Versailles. Avec son ami Wandrille, journaliste frétillant, elle va devoir retrouver le lien entre un cadavre dans le bassin de Latone, un meuble XVIIe arrivé là seul, un Chinois qui veut créer un autre Versailles près de Shanghai…

Adrien Goetz, qui enseigne l’histoire de l’art à la Sorbonne, arrive comme dans le roman précédent à mêler brillamment réalité et fiction. Si bien que le lecteur s’interroge vraiment sur ces survivances jansénistes à l’aube du XXIe siècle, présentes aussi dans la doctrine maoïste… L’auteur rend crédibles et passionnantes les recherches historiques de Pénélope et Wandrille. La dimension didactique, bien intégrée, réduit presque l’épaisseur psychologique des personnages aux dialogues de ceux-ci. Genre policier oblige, apparemment.

Entre arrières-cabinets du château et Carré Saint Louis, l’auteur revisite la ville royale de façon telle que le Grand Siècle ne laisse personne indemne. Captivant.

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Adrien Goetz, Intrigue à Versailles, Grasset 2009

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