Les Carnets d'Imelda

10 novembre 2011

Mon journal de khâgne

Publié par carnetsdimelda dans Impressions, Mots, Petites reflexions

Avec la nouvelle présentation du blog, les pages « billets de la khâgneuse » que j’avais écrits pendant mon année de khâgne en 2010 apparaissent mal. C’est pourquoi vous le trouverez sous la forme d’un journal dans l’article ci-dessous. Bonne lecture !

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Déformations khâgnales – 6 janvier 2010

Etre en khâgne, c’est plus qu’un investissement. C’est un engagement de soi-même. En effet, nos idées, nos références, notre être même s’en trouve modifié. Et même notre réflexes, notre vision, nos sensations. La schizophrénie est proche.
Vous ne me croyez pas ? Quelques exemples.
Je demande à ma soeur ce qu’elle désire pour Noël. Elle me répond « un gros peigne magique » (vous savez, ces barettes à multiples fonctions). Et moi, qu’entends-je ?
- Le Groupé et le Magique
Sans doute un essai philosophique de la même veine que Le Normal et le Pathologique, de Georges Canguilhem (que nous avions étudié auparavant en philo)…
Un jour, je souhaite imprimer un document. Dans les différentes qualités d’impression, il y a : « Brouillon », « Normale », et « Supérieure ». Et que vois-je immédiatement ?
« Normale Supérieure ». L’ENS, quoi.
Du même style, sur une boîte de compresses stériles, je vois le nom « Stérilux ES »… L’ES ?
L’Education sentimentale, de Flaubert. Nous sommes en train de l’étudier.

Aujourd’hui, c’était le début des soldes. Quelqu’un nous demande si nous y allons. Nous répondons que nous sommes bien au-dessus de cela, dans des sphères intellectuelles dépassant la matérialité de… bref, vous voyez. L’esprit de l’escalier m’a fait songer que nous aurions pu dire : « Les soldes ? Qu’est-ce donc ? Ah, vous voulez dire la solde, la rémunération donnée au légionnaires romains ! »
Nous étions présentemment l’administration de l’Empire romain, en latin…
Et bien d’autres encore !

Impostures – 7 janvier 2010

Un professeur a écrit en commentant une de mes dissertations vraisemblablement trop formelle que mes qualités de plume risquaient de devenir le cache-misère d’une absence de pensée réelle et personnelle. Il y a quelques mois, un autre professeur avait déclaré qu’une finesse d’écriture ne correspond pas forcément à une finesse de pensée.
Me voilà aigrie, mois qui déteste particulièrement, d’un point de vue théorique, l’illusion des mots, l’imposture esthético-littéraire qui donne l’impression d’enfermer le monde dans la gangue étroite des mots. Ou simplement celle de dire des choses alors que tout n’est que séduisante vitrine, songe creux.

Comment penser, finalement ? Ce qui m’agace, c’est que tout semble contre nous. Depuis la méthode semi-globale d’apprentissage de la lecture, jusqu’au système schématique d’analyse littéraire du secondaire qui passe les textes les plus variés au crible de critères binaires… La prépa est censée affiner notre sensibilité et notre jugement notamment en élargissant notre culture, et c’est bien. Mais comment en quelques mois rénover l’édifice bâti de notre société dont personne n’ignore qu’elle est imbibée de stéréotypes, de manichéisme et parfois d’idéologie ?
Cette injustice que je ressens n’est certes pas dépassionnée. L’utime salut sera sans doute de lire, de lire, de parler et de lire, avec ce pinceau textuel qui nuancera vraiment ce noir et ce blanc de mille couleurs, demi-teintes nouvelles voire idiosycrasiques. De quoi non pas repeindre le mur du monde, mais le voir sans oeillère et y ajouter, discrètement, quelques petites fleurs de pensée.

(Lire la suite…)

10 novembre 2011

Le roman comme dialogue avec un écrivain – Entretien avec Nathalie Skowronek.

Publié par carnetsdimelda dans Ecrire, Les Entretiens d'Imelda, Litterature, Psychologie

Karen et moi, déjà évoqué ici, est le premier roman de l’écrivain belge Nathalie Skowronek. Elle y raconte une parenté spirituelle entre la narratrice, et l’aventurière du siècle dernier Karen Blixen. La création du roman, qui lie fiction littéraire et réalité historique, s’est faite par couches successives. Rencontre avec une femme que la littérature a construite.

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Karen et moi : d’où vient ce titre énigmatique ?

Il est arrivé en fin de projet. Il s’est imposé naturellement, puisque c’est un livre avec deux personnages qui avancent conjointement - d’où le « et ». Karen évoque le prénom de Karen Blixen ; il ne s’agit pas de la figure biographique de l’écrivain, mais de la femme qui va le devenir. Le « moi » représente le « je » de la narratrice.

Je voulais d’abord écrire un livre sur le pouvoir de la littérature dans nos vies. J’ai choisi Karen Blixen qui est pour moi un auteur phare, et qui m’accompagne depuis longtemps. De plus, sa Correspondance, où elle parle de son désir d’écriture et de sa vie avant de devenir écrivain, a permis une zone de proximité où j’ai pu avancer avec elle.

Comment vous êtes-vous documentée sur la vie de Karen Blixen avant qu’elle devienne écrivain ?

Je me suis appuyée sur la biographie de Judith Thurman, et sur des éditions critiques de son œuvre. J’ai eu à ma disposition sa Correspondance, et son roman autobiographique La Ferme africaine, où elle réinvente en partie sa propre histoire. Cependant, je n’ai pas fait un travail de chercheur ni un travail biographique au sens strict. Karen Blixen est plutôt devenue pour moi un double poétique, à partir duquel j’ai vu la possibilité d’un livre, et une sorte de construction romanesque entre elle et moi. J’ai veillé à être exacte et à ne pas manipuler les faits, et en même temps à tirer les éléments biographiques dans le sens de mon propre récit.

J’ai travaillé par périodes successives, pendant un an et demi ou deux ans. J’ai laissé dormir une première version plusieurs mois. Après une deuxième version, j’ai vu un but possible. J’ai alors écrit de manière très intensive. En fait, c’est à partir du moment où je me suis autorisée à tutoyer la Karen du livre, que le livre m’a échappé. Avant cela, je cherchais la juste place.

J’ai travaillé par couches successives. A chaque nouvelle version j’ai essayé d’aller le plus loin, pour que le livre évolue en fonction mon idée.

A un moment du roman, on ne sait plus très bien qui parle, de la narratrice ou de Karen. Est-ce volontaire ou non ?

Le livre évoque deux femmes à deux époques différentes, dans des lieux et des milieux différents, qui s’interrogent sur le sens à donner à leur vie. Au départ, la narratrice se cache derrière Karen Blixen parce qu’elle ne parvient pas à s’émanciper. Puis elle s’aide de la littérature et de la figure emblématique de Karen. Quand les choses sont trop difficiles à dire pour la narratrice, elle va rechercher Blixen et faire parler sa vie, qui reflète la sienne propre. Ce jeu de miroir fait partie de la construction du livre.

Un livre peut changer une vie : le cas du livre est-il un cas extrême, où est-ce vraiment possible ?

Le lieu du livre permet des sentiments plus intenses que dans la vie quotidienne. De la même manière que la narratrice montre son côté le plus âpre, et que Karen Blixen est décrite dans ce qu’elle a de plus fragile, le récit pousse les émotions au plus loin. Mais dans la vraie vie, les se passent un peu différemment. En ce qui me concerne, je me suis construite à travers mes lectures, c’est ma façon d’avancer et de regarder le monde.

Nathalie Skowronek, Karen et moi, Editions Arléa, 124 pages, 15 euros.

 

25 octobre 2011

Lorenzo Da Ponte, plume de Mozart

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Musique, Opéra

Dans notre série sur les compositeurs italiens – le dernier, Viotti (1755-1824), vous a laissé un souvenir impérissable -, nous avons pu prendre conscience de la mobilité européenne de ces artistes, à la fin du XVIIIe siècle. La Cour de Versailles ou de Vienne était pour eux un espace béni où exercer leur art.

Lorenzo Da Ponte (1749-1838) est de ceux-là. Né en Vénétie, il s’établit à Vienne à l’âge de trente-deux ans, sous la protection de Joseph II – le fils de l’impératrice Marie-Thérèse. Comme il est avant tout poète, on le charge d’écrire les livrets (c’est-à-dire le texte) du nouvel opéra italien, très en vogue à cet époque. Il écrit pour Salieri mais aussi et surtout pour Mozart. Le Nozze di Figaro (1786), c’est lui ! Don Giovanni, c’est lui ! Cosi fan tutte, c’est encore lui ! Il s’est inspiré respectivement du texte de Beaumarchais, du mythe de Don Juan, et probablement d’un fait divers à Vienne pour Cosi fan tutte.

A la mort de l’empereur Joseph II en 1790, il commence un périple à Prague, Dresde, Londres – où il écrit pour une compagnie d’opéra italienne -, et même l’Amérique du Nord, accompagné de sa femme Nancy. Il s’essaie au commerce du tabac, avant de pouvoir donner des cours d’italien au Columbia College de New York. En 1826, il organise à New York la première américaine de Don Giovanni, avec le concours de la Malibran.

On peut lire la vie de Lorenzo Da Ponte dans ses Mémoires, qu’il écrivit à l’âge de 81 ans. Elles ont été rééditées au Mercure de France récemment. Il n’a pu s’empêcher d’embellir le récit ; difficile de ne pas le faire, quand on a écrit des opéras, non ? De quoi donner envie de réécouter, livret en main, les grandes oeuvres que Mozart a composées.

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23 octobre 2011

Un matin à Versailles

Publié par carnetsdimelda dans Architecture, Impressions, Photographie

L’actuel logo du Château de Versailles est un demi-soleil qui se lève sur le domaine. L’inventeur du domaine, le roi Louis XIV, avait choisi l’astre pour symbole ; sa chambre donnait sur l’aurore, à l’est. En 2011, quels sont les matins de la cité royale, en ville comme au palais ? Promenade.

Samedi de fin octobre, début des vacances scolaires. Ciel blanc-gris et froid sec. Les passants de l’avenue de Paris sont bien couverts. Les platanes jaunissent. Les feuilles mortes forment un tapis croustillant sous le pied. Des coureurs. Un homme et son chien noir. Une fumée blanche s’échappe d’une cheminée. Calme feutré. Des façades anciennes écaillées gardent l’honneur ; là, les volets intérieurs sont tirés à certains étages.

A l’entrée du Domaine de Madame Elisabeth (1), qui appartint à la soeur de Louis XVI mais est aujourd’hui aux mains du Conseil général, un père avec une poussette s’arrête. Le jardin n’ouvre qu’à 11 heures.

A Versailles en octobre, le Parc du château ouvre à 7 heures. Au moment moment que la boulangerie Darras (2), dont la vitrine multicolore décline des éclairs à la pistache et même à la violette. A 7h30, les halles du marché commencent à ouvrir leurs étals. Dans le Carré aux herbes, c’est une surabondance pour les yeux : tapenade, pommes séchées, tarte au boudin, olives, tourteaux, concoillotte. A 9 heures, le château accueille ses premiers touristes. Les groupes de touristes asiatiques, dame au parapluie levé en tête, ne sont pas qu’un stéréotype.

A 9h30 ouvre le magasin de prêt-à-porter Promod, ses couleurs d’automne (orange, brun, gris, turquoise) et ses soldes impromptues. A 10 heures, c’est le sacro-saint magasin de livres Gibert Joseph qui laisse découvrir ses Pléiades en promotion, les livres de la rentrée littéraire, le nouveau Philippe Delerm, et la biographie d’Elizabeth d’Angleterre - la reine-mère. Une fille en 6e demande un livre pour le français, on lui répond « rayon textes fondateurs ». A 10 heures aussi, c’est le magasin de « mode et maison » Eurodif qui laisse entrer la douzaine de personnes qui attendait patiemment devant la porte. A 10h30 s’ouvre un magasin de chaussures, près de la Place du marché.

La ville s’est réveillée. Des jeunes filles anglophones parlent devant l’église Notre-Dame. Deux autres (francophones) essaient des robes de mariées dans une boutique. Des couples prennent tranquillement un café dans un bar. L’Académie royale de billard reste close, au pied de la colline Montbauron.

Le parc est fermé au public à cause des Grandes eaux musicales ; il faut payer sinon. Là, de grandes affiches d’une exposition en cours sur le Mobilier national, de Louis XIV à nos jours. Dans la boutique touristique du château, il y a le livre pour enfants  »Versailles en s’amusant » et du confit de coquelicot, avec la reine Marie-Antoinette sur l’étiquette. Bon.

Versailles le matin, c’est le contraste entre le silence et le fourmillement, les bavardages et la paix des lignes. La Belle au bois dormant qui s’étire.

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Photo de Christian Milet.

(1) 73 avenue de Paris

(2) 16 rue du Maréchal Foch

 

13 octobre 2011

Vie et mort de l’Artiste

Publié par carnetsdimelda dans Cinema, Histoire

« The Artist », de Michel Hazanavicius. Actuellement en salles.

Synopsis : vers 1930, une star déchue du cinéma muet tombe amoureux d’une étoile montante ; jusque là, rien d’extraordinaire. Le film est muet et en noir et blanc ; il sort en 2011. « Quoi ? Mais c’est stupéfiant, merveilleux, le muet est intemporel, le progrès de la technique n’est rien ! » Non. Ce n’est pas cela encore.

Si ce long-métrage fonctionne et éblouit, c’est parce que ce film muet parle… de la fin du film muet. S’il avait évoqué une histoire d’aventure ou d’amour quelconque, le pari eût été risqué. Ici, cette réflexivité permet de rendre un bel hommage au cinéma de cette époque. Les références à Charlie Chaplin ou à des films plus  »récents » comme Chantons sous la pluie sont nombreuses. De plus, le bouleversement de l’arrivée du parlant donne à réfléchir sur les changements cinématographiques actuels, comme l’arrivée du 3D.

L’univers du film muet est net, lisse, évident, prévisible, et surtout surjoué. C’est cette absence de parole qui permet de développer d’autres ressources : les expressions, mimes, attitudes, et tout le jeu de la mise en scène et de la musique – grands effets de piano et violons, comme à l’époque. Les effets comiques, les films dans le film et les chorégraphies contribuent à en faire un divertissement émouvant. Jean Dujardin – récompensé à Cannes - et Bérénice Béjo crèvent véritablement l’écran.

Pour autant, la non-parole exprime plus que le verbe lui-même. L’acteur qui ne parle pas, George Valentin, tombe dans l’oubli. Il est comme son chien, l’expressif Uggy, qui mime le mort. Son narcissisme premier se nourrissait de son image : portrait, autographes, interviews. Obsédé par l’arrivée de la parole, il va finir par s’entendre et s’accepter dans la réalité de sa vie personnelle. Le dandy est mort, vive l’homme !

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13 octobre 2011

Mères au foyer : qui sont-elles aujourd’hui ?

Publié par carnetsdimelda dans Actualité, Psychologie

On le sait : les femmes ont toujours travaillé, aux champs ou à l’usine. Ce n’est qu’au tournant du XXe siècle que dans les familles aisées, la femme est souvent restée à la maison. Au début du XXIe siècle, les mères au foyer sont considérées de manière négative. On les regarde soit comme des femmes mutilées, coincées entre fourneaux et biberons ; soit comme des « parasites » qui jouissent d’une vie tranquille. Elle sont 2,5 millions en France ; en comptant le conjoint et les enfants, cette organisation familiale concerne donc environ 10 millions de personnes. Un vrai phénomène de société donc, dont on parle peu.

Dans son essai paru en 2001, Marie-Pascale Delplancq-Nobécourt, journaliste, brise quelques idées reçues sur la mère au foyer. Au fil des témoignages, on s’aperçoit qu’aujourd’hui, les mères qui ont arrêté de travailler pour s’occuper de leurs enfants sont diplômées, ont déjà exercé une activité professionnelle pendant 5 à 15 ans environ, et continuent de mener de nombreuses activités. Certaines font du bénévolat, sont parents d’élèves ou dirigent des associations culturelles qui représentent parfois un mi-temps, voire un temps complet.

L’auteur explique comment les mères au foyer échappent à la logique économique, selon laquelle une personne qui n’est pas salariée n’existe pas socialement. Elle est « sans activité professionnelle », la case du néant. Or, les mères au foyer contribuent à créer du lien social par leurs activités bénévoles, lorsqu’elles vont chercher les enfants de leur voisine par exemple. Sans elles, beaucoup de cités resteraient des villes-dortoir. De plus, une femme qui élève ses enfants en fait aussi de futurs citoyens et consommateurs ; c’est donc un investissement durable.

L’opinion montre les tâches domestiques et d’éducation comme ingrates et dévalorisantes. S’il paraît évident que la part des hommes dans celles-ci reste trop faible (et c’est le mode de travail des hommes qu’il faut aussi réviser), on oublie souvent que lorsqu’on change un enfant, ce n’est pas qu’un geste technique. La relation parentale passe aussi dans l’émotion et l’affection des gestes quotidiens. On admire le père au foyer, ou la puéricultrice, dont on ne considère pas les tâches comme dévalorisantes. A l’inverse, une femme salariée n’est pas forcément « libérée » par son travail.

On pense aux droits des femmes, mais pense-t-on aux droits des enfants ? C’est un lieu commun médical et psychologique que d’affirmer que l’enfant a besoin de sa mère et d’une affection personnalisée – et même après les premiers mois. Dans ce livre, les mères au foyer disent s’être rendues compte que même au sortir de l’enfance, les jeunes avaient besoin d’être entourés et accompagnés, quand l’échec scolaire ou les tentations de la drogue les guettent. Un adolescent qui rentre seul le soir, clé à la main, a souvent plus de mal à se discipliner, que si quelqu’un était là pour l’accueillir.

L’auteur ne dit pas que le travail salarié de la femme est condamnable, ni que toutes les femmes devraient être mères au foyer (déjà parce que certaines ne peuvent se le permettre financièrement). Elle n’affirme pas non plus que la vie de mère au foyer est une existence de rêve. En effet, lorsque l’enfant est encore petit et que la mère au foyer ne peut guère sortir, il est difficile pour elle de ne pas avoir de « terrain de repli » où se changer les idées et se reposer du travail quotidien.

Cet essai soutient que les femmes qui choisissent d’arrêter leur activité professionnelle pour se consacrer à leurs enfants devraient être davantage respectées dans leur choix. Si celui-ci inclut des sacrifices (personnels et financiers), c’est pour le bien des jeunes et de la société entière. Un ouvrage intéressant et iconoclaste.

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Marie-Pascale Delplancq-Nobécourt, Oser être mère au foyer, Albin Michel, 2001

 

30 septembre 2011

Le roman du pauvre Lazare

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Politique

Revenir de la mort, est-ce une seconde chance ou une épreuve ? Pour Lazare, homme devenu SDF après avoir mené une vie  »normale », la question se pose. En effet, un sauveur généreux et arrogant, Georges, le tire mystérieusement de la misère. La fille ce ce dernier, Ludivine, lui réapprend à accepter le regard d’autrui.

Cependant, Lazare parvient difficilement à se reconstruire ; il survit en mort-vivant. S’il revient de la mort, c’est parce que le mendiant personnifie la misère, l’inexistence sociale et le néant. La peur que la société a des SDF peut s’apparenter à la peur de la mort, du vide. En même temps, un certain « goût des pauvres » ressurgit : curiosité médiatique, solidarité falsifiée, sympathie pour l’antisystème.

En enchevêtrant différents récits de Lazare - sa vie après la rue, ses souvenirs de jeunesse, sa vie familiale avant la rue, son périple de SDF -, le roman recolle les bouts d’une histoire triste, sans éclat ni effets de style, où l’affliction n’empêche pas le secret espoir d’un vrai sauveur.

Jean-Marc Bastière, Lazare est de retour, Ed. Stock, 2010

Le roman du pauvre Lazare dans Litterature 9782234063266FS

 

27 septembre 2011

Dostoïevski, quitte ou double

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Psychologie, Roman

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Depuis Romulus et Rémus, la figure du double ne cesse de hanter la littérature. Le premier homme veut toujours éliminer le second – logique. Avec Le Double en 1846, Dostoïevski signe son second roman, bien avant Crime et châtiment, Les Frères Karamazov et autres plaisants récits, pleins de douce légèreté.

Monsieur Goliadkine est un modeste fonctionnaire pétersbourgeois. C’est un anti-héros, toujours en échec, essayant vainement d’aller de l’avant, pour courir droit au mur. Il balbutie, il est balloté par des vents contraires. Un jour, il rencontre rien moins qu’un autre Monsieur Goliadkine (-cadet), son sosie, qui le suit, vient habiter chez lui, prendre sa place au bureau, et agir de manière plus déshonorante. La réputation de « notre héros » – comme le nomme le narrateur – est peu à peu détruite.

L’(anti-)héros est de plus en plus isolé, oublié et malheureux – similitude avec le roman Hors champ (2009) de Sylvie Germain, avec cette disparition progressive, cette marginalisation, solitude radicale au milieu de la société. Mais le lecteur, qui suit les pensées tumultueuses de Goliadkine, se sent aussi perdu que lui : quelle est cette Allemande ? Le sosie existe-t-il vraiment ? Pourquoi les proches de Goliadkine ne sont-ils pas gênés par la présence du double ? Le héros nie « l’affaire » à chaque instant, éperdu.

Cette confusion des sentiments épouse et déforme le langage, avec toute une série de petits mots inutiles, presque phatiques, ce langage cabossé, haché, répétitif jusqu’au délire : « Bon, c’est bien… mais si, l’autre… Mais, eux, l’autre, ils… ils confondaient ! Allez savoir, avec lui ! Ah non, mais Seigneur Dieu ! … Il va vous le substituer, le bonhomme, il va vous le substituer, canaille – comme une serpillère, il va vous le substituer, et il ne se dira pas, lui, que, l’homme, ce n’est pas une serpillière. » Heureusement, le comique de répétition et celui de la situation rompt le rythme infernal, atténue la tragédie. Remarqué.

 

Fédor Dostoïevski, Le Double, traduction d’André Marcowicz, Coll. Babel, Actes Sud

 

22 septembre 2011

Thomas Vinau, du dehors au dedans

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Mots, Roman

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« Il y a deux façons de venir à l’écriture. On peut se mettre à écrire parce qu’on aime parler. On aime l’oralité. Raconter. Ou on peut se mettre à écrire parce qu’on n’aime pas parler. »

Assurément, Thomas Vinau, jeune poète habitant en Provence, préfère écrire pour laisser les mots mesurer, et peut-être abolir la distance qui le sépare des choses. Ce roman est composé de brefs épisodes titrés, de paragraphes impressionnistes, comme autant de photos, de longs instants cristallisés par la plume.

Le premier versant est un voyage que Walther entreprend à travers l’Europe, de Spitzberg à Gibraltar. Il laisse Sally derrière lui : « Quand on aime il faut partir », dit l’exergue de Blaise Cendrars. Il faut errer dans « le dehors du dedans », dans l’extériorité des couleurs locales, des lieux de transit, des rencontres impromptues – même avec un oisillon. Celui-ci retrouve la chaleur du dedans dans la poche de Walther.

Vient le temps de rentrer : second temps. Le ventre de Sally porte un tout-petit. Le « dedans du dehors », c’est la maison familière et les braises du feu, le nourrisson et l’infini microcosme du « café qui gargouille », des « bisous mal rasés ». Toutes ces « superbes insignifiances ». Les saisons qui défilent, des vignes orange aux pluies de printemps, n’en sont que la confirmation temporelle.

Artiste d’un minimalisme qui se rapproche de celui de Philippe Delerm (lire Le bonheur), Thomas Vinau éblouit par la minutie de ses descriptions, la finesse de ses perceptions, la force d’expression de ses ellipses. Entre narration journalière et évocation poétique, il joue avec le langage pour chuchoter la délicatesse musicale de l’intimité.

 

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, de Thomas Vinau, éditions Alma.

 

13 septembre 2011

« Regain » : le mythe fondateur en Provence

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Roman

De Jean Giono, on connaît surtout Le hussard sur le toit – évoqué ici. Dès ses premières oeuvres, l’écrivain dessine les paysages qui sont les siens : la région de Manosque. En 1929, il publie Regain, l’histoire de la renaissance d’un village moribond, renaissance d’un monde.

Dans le village d’Aubignane, il n’y a plus que trois habitants : Gaubert, « la Mamèche », et Panturle. Rapidement, les deux premiers partent et Panturle se retrouve seul. Sa rusticité est celle du chasseur, qui devient presque une bête. Il vit au sein d’une nature personnifiée : les collines sont « velues », la terre « gémit », le vent « prend son élan » et « plaque sa grande main tiède ».

Une femme, amenée en secret par « la Mamèche », arrive au village. Arsule apporte avec elle une humanité féconde, celle qui sème le grain et récolte le blé, tout autant que l’amour. « La terre d’Aubignane redeviendra de la terre à homme », prédit un vieillard voisin, qui n’est autre que Gaubert. Le lieu imaginaire, la narration au présent et les symboles de la fondation bâtissent un mythe primitif, celui de la civilisation.

Giono réussit à raconter cette histoire avec le ton familier et oral du paysan - avec ça et là expressions régionales -, tout en gardant l’élégance d’un style littéraire : « Le brouillard est contre la vitre. On entend dans ce brouillard un corbeau qui crie. Et on le voit passer de temps en temps devant la vitre comme une ombre de l’air. A part ça, pas de bruit, sauf le craquement du silence. » Une petite merveille, que Pagnol porta à l’écran en 1937.

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