Les Carnets d'Imelda

22 février 2010

Vere novo

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Poesie

En lisant Les Contemplations de Victor Hugo (pour mes chères études), j’ai trouvé ce poème que je trouve franchement délicieux, et qui vous donnera un avant-goût du printemps par sa grande fraîcheur. Il me fait d’ailleurs un peu penser à Cyrano de Bergerac de Rostand, avec la métaphore (concernant ici les papillons) de petits billets…

NB. Le titre du poème, « Vere novo » équivaut à « Au début du printemps » en latin. On le trouve cette expression dans les Géorgiques de Virgile.

Comme le matin rit sur les roses en pleurs!
Oh! les charmants petits amoureux qu’ont les fleurs!
Ce n’est dans les jasmins, ce n’est dans les pervenches
Qu’un éblouissement de folles ailes blanches
Qui vont, viennent, s’en vont, reviennent, se fermant,
Se rouvrant, dans un vaste et doux frémissement.
O printemps! quand on songe à toutes les missives
Qui des amants rêveurs vont aux belles pensives,
A ces coeurs confiés au papier, à ce tas
De lettres que le feutre écrit au taffetas,
Au message d’amour, d’ivresse et de délire
Qu’on reçoit en avril et qu’en met l’on déchire,
On croit voir s’envoler, au gré du vent joyeux,
Dans les prés, dans les bois, sur les eaux, dans les cieux,
Et rôder en tous lieux, cherchant partout une âme,
Et courir à la fleur en sortant de la femme,
Les petits morceaux blancs, chassés en tourbillons
De tous les billets doux, devenus papillons.

Mai 1831.

21 février 2010

L’art de la broderie

Publié par carnetsdimelda dans Creations

Vous avez bien lu. Je ne pense pas quitter le domaine de l’art en évoquant cette activité bien particulière qu’est à la broderie. En effet, écrire et dessiner avec des fils de coton, même si cela relève d’une technique bien définie et transmissible, est aussi un artisanat et même un art. Car à la différence de la couture ou de l’ébénisterie, la broderie n’est nullement utilitaire. On dit souvent « broder » pour dire « romancer » ou « orner », ajouter un supplément d’âme peut-être.
Broder, c’est créer de la beauté, gratuitement.

(Ci-dessous, une photo de la broderie que je fais en ce moment.)

L'art de la broderie dans Creations 1002615vt

20 février 2010

Voyages dans l’écriture

Publié par carnetsdimelda dans Ecrire, Litterature

Une des joies les plus vives que je connaisse en cette vie est celle d’écrire. Elle réside bien sûr dans cette formidable capacité à créer de toutes pièces un autre monde, mais aussi dans ce délice qui consiste à manier le langage, à le tordre dans tous les sens pour mieux restituer cette confuse idée qui nous vient à l’esprit. Mais cela va plus loin : les mots nous entraînent eux-mêmes au-delà de ce que notre intention première.

Petit exemple. J’ai écrit le début d’un roman ; un ami a lu et commenté les trente premières pages. Il m’a notamment conseillé de « délayer » un peu le début, qui met en place le cadre, les personnages et les premiers enjeux de l’intrigue, et qui lui a semblé trop compact, trop rapide. Aussi ai-je relu les premières lignes, qui restituent les impressions de l’héroïne rentrant chez elle, dans son cadre de vie. Afin de mieux poser celui-ci, j’ai développé les impressions et pensées qui peuplent l’incipit.
Pour cela, j’ai suivi le « motif » que suivait la description première : celle d’une peinture assez fragmentée, par petites touches (île (de France), nuages, lilas, roses, odeurs, hirondelles)… J’avais écrit ces premières phrases un peu intuitivement. La magie consiste alors à filer non pas la métaphore, mais le motif, plutôt impressionniste, en touches éparses, vives et picturales : écrire, par exemple « Elle monta les marches de l’escalier, une à une« , ou encore « Le passage des voitures brisait à peine une sérénité familière », qui permet d’associer ces perceptions sensorielles diverses avec une idée de délicatesse et de quiétude. La description étant orientée par le regard du personnage (focalisation interne), cela permet d’associer l’environnement au personnage, dans les mêmes sentiments. Pour être franche, je lis cela a posteriori. Comme quoi, un texte est aussi soumis à ses interprétations ultérieures.

La question collatérale à cette dynamique qui consiste à se laisser entraîner par ses propres mots est : comment écrire de la littérature ? Sait-on quand on en fait ? Et… qu’est-ce que c’est ?
Voilà donc les grands trips (au sens propre) de ceux qui essaient de manier le stylo. C’est plutôt sympa, non ? A vos plumes !

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19 février 2010

Dialogues des Carmélites

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Theatre

Les carmélites de Compiègne sous la Terreur. Cette belle pièce de Georges Bernanos, publiée en 1949, met en relief quelques intéressantes figures de religieuses vivant sous la menace de la guillotine, leurs réactions, leurs craintes, leur foi.
En particulier celle de Blanche de la Force, jeune fille extrêmemement peureuse. Elle entre au Carmel pour offrir sa faiblesse même à Dieu, et prend le nom de Soeur Blanche de la Sainte Agonie. A l’inverse, Mère Marie de l’Incarnation est une mystique avide du martyre. Lorsque les soeurs sont chassées du couvent et condamnées à la guillotine, Soeur Blanche s’enfuit. Elle sera cependant « la dernière à l’échafaud » (c’est le nom de la nouvelle de Gertrud von Lefort dont s’est inspiré Bernanos). En effet, la première Mère supérieure a offert sa mort pour elle. Quant à Mère Marie, absente au moment de l’arrestation, elle ne connaîtra pas cette mort pour le Christ auquel son honneur d’aristocrate et de chrétienne lui faisait aspirer.

On trouve cette belle dimension spirituelle, selon laquelle « Dieu se glorifie dans ses pauvres », et c’est dans la faiblesse même que l’on est fort de Dieu – paradoxe du Christ crucifié.
Littérairement, on trouve des répliques magnifiques, des personnages finement dessinés (Soeur Constance, l’autre novice ; la seconde mère supérieure ; l’aumônier du couvent…), des jeux de scène habilement menés.
J’ai pu voir l’interprétation cinématographique de Pierre Cardinal (1984) mais la mise en scène m’a un peu déçue (certains plans en contre-plongée notamment, certes volontairement ménagés, mais un peu déstabilisants). Une autre interprétation de Philippe Agostini (1960) comporte, m’a-t-on dit, plus de dynamisme. Par ailleurs, Francis Poulenc en a tiré en 1957 un très bel opéra.

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Quelques citations de la pièce .

« Il faut savoir risquer la peur comme on risque la mort, le vrai courage est dans ce risque. »

« Il est très difficile de se mépriser sans offenser Dieu en nous. »

« Quand les sages sont au bout de leur sagesse, il convient d’écouter les enfants. »

17 février 2010

Microcosmes (2)

Publié par carnetsdimelda dans Humour, Impressions, Petites reflexions

Dans la série « la khâgne rend fou » (n’hésitez pas à consulter à cet effet l’onglet « Les billets de la khâgneuse » ci-dessus), bien qu’on puisse aussi comprendre en ce terme de folie la capacité à voir ce qu’on ne verrait pas avec un esprit sain (illuminations rimbaldiennes, surréalisme, pouvoir de la poésie à ce qui est étrange donc étranger, et tutti quanti…), donc, hem, la folie me fait aujourd’hui entrer dans la période « Microcosmes ».
Rien à voir avec un quelconque film sur les insectes (quoique). Je fais ma période Microcosmes, comme certains ont leur période Pokémon, Barbie, Lego, aquarelle, barbecue, films d’horreur, match de rugby, musique retro, raton laveur…
Venons-en aux faits. Au sujet, donc.
Il me semble que le microcosme puisse vraiment s’identifier au macrocosme. Un petit monde est tout le monde. Quelques exemples pour éclaircir ces phrases absconses :
-Une petite famille reflète les questions essentielles de l’homme (au hasard : vivre, aimer, mourir, manger, dormir, choisir, rire et pleurer).
- Une vie, dès lors qu’elle touche à l’amour (sens large) et à la mort, est la vie.
- Dans la littérature, l’art, se trouvent de nombreux exemples de cette relation. Je ne parle pas que de Vermeer et de Proust (voir infra). Mais bien souvent, dans l’espace d’un motif, d’un cadre spatio-temporel restreint, d’un ou deux personnages (plutôt deux) se trouvent quelques grandes questions humaines. C’est justement le génie de l’artiste de les mettre en évidence.
- Je ne parle même pas de la biologie, avec le fonctionnement de la cellule vivante, ni de l’économie, où la micro-économie, eh bien, reflète sans doute la macro (hem, là je marche sur des oeufs, voire sur rien).
- Dans la vie spirituelle, des riens peuvent contenir tout. « Ramasser une aiguille pour l’amour de Dieu est aussi grand que faire un pélerinage à Jérusalem avec la même mesure d’amour », disait sainte Thérèse de Lisieux.
L’exemple est l’idée, alors ? Non pas. Mais le singulier peut parfois prétendre à l’universel, bien qu’en ayant conscience de ses limites. Et c’est plutôt sympathique, comme idée.

Microcosmes (2) dans Humour Microcosmos

16 février 2010

Concerto pour violon

Publié par carnetsdimelda dans Musique

De Tchaïkovski, celui qui était dans le film Le Concert et que Radio Classique, il me semble, passe sans se lasser. Je ne vois donc pas pourquoi vous y échapperiez. Bien sûr, les images du film peuvent m’influencer dans l’appréciation de ce magnifique concerto, le seul pour violon que Tchaïkovski composa, en 1878. Il n’en demeure pas moins que le premier mouvement Allegro molto, qui fait déjà 19 minutes est d’une beauté tout à fait frappante.

A écouter ici.

11 février 2010

Pureté glacée

Publié par carnetsdimelda dans Architecture, Impressions

Aujourd’hui plus que jamais, c’est il me semble par ces deux mots, ce substantif glacé et cet épithète pur, que j’aimerais qualifier cette noble ville d’adoption qu’est pour moi Versailles.
Bien sûr, il y a en ce moment cette neige qui saupoudre les trottoirs, ourle les branches, couvre les toits de ce sucre glace. Unifie tout en un même manteau. Et puis, ce froid qui pique les yeux, mord les joues, pétrifie les lèvres.
Pourtant, même en été, il y a dans ce ciel dont le pans se mesurent à la largeur des rues, dans ces avenues au dessin homogène, dans cette hauteur de vue, cette orthogonalité générale, ces couleurs claires, une candeur qui n’égale que sa froide beauté. A neuf heures du soir, il n’y a plus personne dans les rues. Et même, passant du macrocosme au microcosme, lorsque l’on franchit la porte de la Chapelle royale, le temps d’un concert de Charpentier, il n’y a que la splendeur mêlée du classique et du baroque pour refléter infiniment cette rectitude royale.
Cliché ? Et pourtant, lorsque vous longez le Grand Canal au soir tombant, silhouette infime, vous pensez que Versailles est une ville non pas à taille humaine mais plutôt pré-divine.

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8 février 2010

Limites

Publié par carnetsdimelda dans Petites reflexions

Il est facile de rejeter. Des idées, des modèles. De trouver des limites. Normal : il y en a toujours, l’humain étant limité.
Il est facile de déclarer dépassé, inadapté, restreint, offrant plus d’inconvénients que d’avantages.
Sans jouer au rebelle – le conformisme de l’anticonformisme -, on peut être aisément tenté par l’opposition systématique. Pas forcément pour s’affirmer, tel un adolescent boutonneux, mais pouvoir se sentir un esprit critique, ou même réellement en avoir un.
Aussi pensé-je qu’il est plus facile de rejeter que d’adhérer, même et surtout si l’adhésion est un rejet.

8 février 2010

Vacuité

Publié par carnetsdimelda dans Chanson, Humour

Le chanteur Vincent Delerm me fait parfois beaucoup rire. Par exemple, les paroles du « Monologue shakespearien », à écouter ici.

Evoquant une pièce du festival d’Avignon (manifestement Henri V de Shakespeare) :

Pourtant la mise en scène était pas mal trouvée
Pas de décors, pas de costumes, c’était une p – d’idée
Aucune intonation et aucun déplacement
On s’est dit : Pourquoi pas
Aucun public finalement ? …

5 février 2010

Glenn Gould joue Bach

Publié par carnetsdimelda dans Musique

Le jeu bien particulier de Gould se déploie talentueusement, à mon goût, dans cette Partita en Sol Majeur de Jean-Sébastien Bach – à écouter ici. Mais ce n’est qu’un exemple du génie du grand pianiste canadien (1932-1982) qui chantonnait en jouant. C’est par l’enregistrement de son interprétation des Variations Goldberg de Bach qu’il devint célèbre, en mettant en valeur la vivacité et l’articulation logique de ces pièces.

Glenn Gould joue Bach dans Musique glenngouldgould04

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