Les Carnets d'Imelda

12 mars 2010

Le maître d’etudes

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Poesie

Un autre poème de Monsieur Hugo que j’ai apprécié dans ses longues Contemplations. Le maître d’études est le surveillant en collège ou lycée. Voici un petit extrait qui souligne avec sensibilité et lyrisme les difficultés que le maître d’études a à se concentrer dans le tumulte des élèves, si bien qu’on lui rogne les ailes…

Aux heures du travail votre ennui le dévore,
Aux heures du plaisir vous le rongez encore;
Sa pensée, arrachée et froissée, est à vous,
Et, pareille au papier qu’on distribue à tous,
Page blanche d’abord, devient lentement noire.
Vous feuilletez son coeur, vous videz sa mémoire;
Vos mains, jetant chacune un bruit, un trouble, un mot,
Et raturant l’idée en lui dès qu’elle éclôt,
Toutes en même temps dans son esprit écrivent.
Si des rêves, parfois, jusqu’à son front arrivent,
Vous répandez votre encre à flots sur cet azur;
Vos plumes, tas d’oiseaux hideux au vol obscur,
De leurs mille becs noirs lui fouillent la cervelle.
Le nuage d’ennui passe et se renouvelle.
Dormir, il ne le peut; penser, il ne le peut.
Chaque enfant est un fil dont son coeur sent le noeud.
Oui, s’il veut songer, fuir, oublier, franchir l’ombre,
Laisser voler son âme aux chimères sans nombre,
Ces écoliers joueurs, vifs, légers et doux, aimants,
Pèsent sur lui, de l’aube au soir, à tous moments,
Et le font retomber des voûtes immortelles;
Et tous ces papillons sont le plomb de ses ailes.

9 mars 2010

Appétit de vivre

Publié par carnetsdimelda dans Impressions, Petites reflexions, Psychologie

Je me suis aperçue que certaines personnes profitent de la vie avec plus ou moins d’appétit, d’intérêt, d’investissement, de curiosité, de petits plaisirs, de joie. C’est un certain état d’esprit qui se rapproche de la joie d’exister et d’en tirer le plus de bonheur, à la mesure de notre propre vie. Certains plaisirs sont payants, d’autres gratuits. Je me suis amusée à en recenser quelques-uns.

Parmi les plaisirs un peu coûteux, nous trouvons aller à un concert (de baroque bien sûr), manger une glace chocolat-pistache sur une terrasse de café, offrir des cadeaux inutiles (liés à des souvenirs communs par exemple), faire du canoë sur un lac en Haute-Loire, faire de la broderie ou du tennis, jouer de la harpe celtique, organiser des anniversaires-surprise, aller en soirée dansante, voyager en Espagne, faire de l’enluminure, faire une charmante déco pour son séjour, préparer des crèmes brûlées pour ses amis, faire les magasins, fonder une revue spécialisée, manger des bonbons le soir.

D’autres, plus gratuits, peuvent être ceux d’aller regarder la Voie lactée les nuits d’été, être curieux de tout, de l’actualité, faire des jeux de société (les échecs, bien sûr), manger dehors le plus souvent possible et dès que le printemps pointe son nez, discuter avec la caissière, chanter en faisant la vaisselle, se baigner dans des rivières, prendre l’apéritif même en semaine, sourire au chauffeur de bus, donner des prénoms aux objets de la maison (Hugo le frigo, Estelle la pelle…), etc, etc.
Si vous avez d’autres idées, je suis preneuse !

L’appétit de vivre peut consister en une certaine jeunesse d’esprit, prête à s’amuser de riens et à s’émerveiller de tout. A saisir chaque occasion de se faire plaisir mais également de faire plaisir aux autres. Et non seulement en période de vacances, mais aussi dans les tâches quotidiennes et routinières.
La question serait : pourquoi certaines personnes sont-elles plus blasées que d’autres ?
Et jusqu’où peut aller cet appétit de vivre ?
Voilà. Graves questions, n’est-ce pas ?

Post Scriptum : je voulais ajouter que ces activités ont pour carcatéristique commune de n’avoir souvent d’autre but qu’elles-mêmes, ou tout au moins d’échapper à une perspective utilitaire et technique. Par ailleurs, elles s’arrêtent là où ce plaisir devient pur hédonisme, et peut mener l’homme à négliger ses autres devoirs.

5 mars 2010

Chanson française

Publié par carnetsdimelda dans Chanson, Musique

Quittons les hautes sphère de la musique classique (ou « cultivée », comme l’appelle Alessandro Baricco), pour errer au pays de la chanson française. Vous trouverez ci-dessous une liste relativement arbitraire de certaines de mes chansons préférées. Ce n’est pas une anthologie, mais vraiment un choix subjectif, inégal, éclectique. A découvrir ou redécouvrir !

- Douce France de Charles Trenet. (1943) ici
- Auprès de mon arbre de Georges Brassens. (1955) ici
- Quand on n’a que l’amour de Jacques Brel. (1957) ici
- Göttingen, de Barbara. (1964) ici
- Que serais-je sans toi de Jean Ferrat. (1965) ici
- L’étrange concert des Frères Jacques. (1967) ici
- Je suis malade de Serge Lama. (1973) ici
- Les fées de Yves Duteil. (1979) ici
- Elle est d’ailleurs de Pierre Bachelet (1980) ici
- Vivre ou survivre de Daniel Balavoine. (1982) ici
- Les valses de Vienne de François Feldman. (1989) ici
- Savoir aimer de Florent Pagny (1997) ici
- Tournent les violons de Jean-Jacques Goldman. (2001) ici
- La fille d’avril de Laurent Voulzy. (2002) ici
- Fanny Ardent et moi de Vincent Delerm. (2003) ici
- Midi 20 de Grand Corps malade. (2006) ici

4 mars 2010

De l’ombre à la lumière

Publié par carnetsdimelda dans Cinema

Un film de Ron Howard (2005)

L’Amérique des années 30, juste après la crise boursière. Jim Braddock (Russell Crowe), autrefois boxeur prometteur, a dû abandonner la compétition après une série de défaites. Il travaille sur les quais – quand on l’accepte -, afin de faire vivre sa femme Mae (Renée Zellweger) et ses enfants, qu’il aime tendrement.
Un jour, son ancien entraîneur lui propose dans l’urgence de combattre le deuxième champion mondial. A la surprise générale, Jim Braddock gagne au troisième round… En dépit de son poids moindre que celui de ses adversaires, de son âge et et de ses blessures récurentes à la main, il accumule les victoires. Ses proches et les plus démunis croient en lui, notamment lorsqu’il s’apprête à combattre Max Baer, le champion du monde qui a déjà tué deux hommes au combat…

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C’est bien sûr un certain hymne au rêve américain, à la « seconde chance », que Ron Howard met ici en scène avec l’histoire du véritable James J. Braddock, champion mondial de boxe professionnelle de 1935 à 1937.
On trouve alors une teinte légèrement idéalisée au film, soulignant le caractère « conte de fées » de l’histoire de celui qu’on appelle « Cinderella man » – le Cendrillon de la boxe, c’est le nom du titre original. La très belle photographie, la mise en scène soignée du contexte historique et la sobriété participent à cette dimension, tout autant que l’aspect mélodramatique assez intense – personnellement j’ai eu plusieurs fois les larmes aux yeux, alors que je ne pleure quasiment jamais en regardant des films.

En effet, l’alternance entre les scènes de boxe et celles où Braddock retrouve sa femme et ses charmants enfants en fait quelqu’un de très humain. Surtout avec l’interprétation de Russell Crowe qui véritablement crève l’écran, et de Renée Zellweger (j’ai été déçue de comprendre que c’était la même actrice que celle du trivial Journal de Bridget Jones !) Le rôle d’épouse n’est pas pour autant idéalisé, puisque la jeune femme accepte bien difficilement que son époux combatte un « tueur de ring ».

L’ensemble reste très équilibré, notamment le rythme qui ne laisse pas de place au longueurs grâce à son intensité. L’aspect mélo est en particulier tempéré par des répliques pleines d’humour – comme celles de l’entraîneur (Paul Giamatti).
Au-delà de l’espoir idéal mis en scène par les différents personnages, l’ensemble reste touchant de vérité, par exemple lors de la scène où Braddock, endetté et sans le sou, vient mendier avec simplicité auprès de ses anciens promoteurs.
Un long-métrage à ne pas concevoir comme un énième film sur la boxe – après Million Dollar Baby – mais comme une ode à la joie du courage et de l’humilité, en temps de crise. Superbe.

4 mars 2010

Laudate pueri

Publié par carnetsdimelda dans Musique

Comme Google nous rappelle obligeamment que Vivaldi (son portrait vous sourit ci-dessous) est né il y a 332 ans (il est vrai que c’est un chiffre rond !), vous trouverez infra en cadeau une très belle oeuvre de mon compositeur préféré.
Laudate pueri Dominum a été composé à partir des paroles du psaume 112.
Je ne suis pas capable de vous faire de commentaire détaillé, mais certains airs sont vraiment sublimes.
A écoutez ici, une belle interprétation avec la soprano Patrizia Ciofi, l’ensemble Europea Galante et le violoniste Fabio Biondi.

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3 mars 2010

Arrière-plans

Publié par carnetsdimelda dans Cinema

Aujourd’hui, juste quelques éléments techniques d’analyse cinématographique. Rien que du basique, bien sûr. Par exemple, l’échelle des plans.
La prochaine fois que vous regarderez un film (déjà vu, c’est mieux !), faites attention aux plans utilisés. Ils le sont toujours dans une visée précise, une intention de mettre en évidence telle ou telle dimension de la scène, de l’événement, du personnage… Et rechercher un effet déterminé.
De plus, la transition entre différents degrés de l’échelle des plans est révélatrice de l’intention du metteur en scène. Les mouvements de caméra sont en effet importants.
Un plan est déterminé par un cadrage.

Voici l’échelle des principaux plans :
- Plan général : situe l’action et les personnages dans leur contexte topologique (paysage).
- Plan d’ensemble : prend la totalité du décor et des personnages qui s’y trouvent. On le trouve souvent en début et fin de film, ainsi qu’une introduction part du général et qu’une conclusion revient au général.
- Plan moyen : jusqu’au pied. Il souligne la présence du personnage, éventuellement dans l’espace dans lequel il se situe.
- Plan américain : jusqu’à mi-cuisse. Ainsi dénommé car c’est le plan typique des films américains des années 30 et 40. Il permet de mettre en place les personnages lors d’un dialogue sans modifier la position de la caméra.
- Plan rapproché : jusqu’à la taille ou la poitrine. Ce plan montre ce que les personnages disent et font. Il accentue leur intimité.

Ci-dessous, un plan rapproché poitrine (PRP), dans le film A beautiful mind de Ron Howard (2001), avec Russel Crowe (mon film préféré !) On remarque que la prise de vue est en plongée.
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- Gros plan : jusqu’au cou. Il permet de lire les émotions, la vie intérieure, la psychologie d’un personnage.
- Très gros plan : une partie du visage. Il attire l’attention sur un détail dramatiquement frappant.

Voilà quelques rudiments. Si cela vous intéresse, je pourrai développer ces techniques (les manières de composer un plan, de bouger la caméra, de situer l’angle de prise de vue…), que je découvre moi-même également, dans de prochains articles.

28 février 2010

Savoir ou ne pas savoir

Publié par carnetsdimelda dans Citations, Philosophie

« Il est devenu malaisé à notre époque scientifique d’être sage à la manière de Socrate, parce qu’aujourd’hui il faut en savoir beaucoup plus pour en arriver à savoir qu’on ne sait rien. »

Max Thürkauf, scientifique et philosophe (1925-1993)

Explicite.

28 février 2010

Secrets de beauté

Publié par carnetsdimelda dans Citations, Petites reflexions

Je vous fais partager ce texte, dont l’authenticité étouffe toute mièvrerie (ou presque).

Lorsqu’on demandait à Audrey Hepburn ce qu’elle faisait pour être aussi belle, elle répondait en citant ces propos de Sam Levenson :

Pour avoir des lèvres attirantes, prononcez des paroles de bonté.

Pour avoir de beaux yeux, regardez ce que les gens ont de beau en eux.

Pour rester mince, partagez vos repas avec ceux qui ont faim.

Pour avoir de beaux cheveux, faites qu’un enfant y passe sa main chaque jour.

Pour avoir un beau maintien, marchez en sachant que vous n’êtes jamais seule.

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Vous le faites pour les choses, mais les gens en ont eux aussi besoin : réparez-les, bichonnez-les, redonnez-leur vie, sauvez-les; ne les jetez jamais.

La beauté d’une femme n’est pas dans les vêtements qu’elle porte, ni dans son maquillage, son visage ou sa façon d’arranger ses cheveux, mais dans la vraie beauté de son âme. Ce sont les attentions qu’elle donne avec amour, la passion qu’elle exprime. La beauté d’une femme se voit dans ses yeux, car c’est la porte ouverte sur son coeur, la source de son amour.

Vous êtes belles, cultivez cette beauté intérieure au jour le jour.

La beauté d’une femme grandit avec les années.

26 février 2010

Qu’est-ce que la littérature ?

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Petites reflexions, Roman

De façon esquissée, je vais essayer de vous donner ma propre définition de la littérature, forgée à mesure de mes lectures, de ma formation khâgnalistique et de mes petites expériences d’écriture.

Nous avons vu récemment en cours une réflexion qui m’a bien plu, de Paul Valéry. Il distingue deux « pôles » : la prose, et la poésie. C’est entre ces deux pôles que se situent les textes. Un critère permet de comprendre : dans la prose, le langage est un outil pour exprimer. Dans la poésie, le langage un matériau.
Plus on se rapproche du pôle « prose », plus on est de l’ordre de l’importance du sens, de l’utilitaire, par exemple, la recette du gâteau aux fraises des bois.
Plus on est du côté de la « poésie », plus le texte va être littéraire, jusqu’à s’apparenter à l’art pour l’art, c’est-à-dire à l’importance donnée à la forme, jusqu’à ce qu’elle devienne forme pure, s’il est possible.
Le texte sera d’autant plus littéraire qu’il sera propice à la question non pas du contenu « Que dit ce texte ? » mais « Comment le dit-il ? »

En effet, le texte littéraire a pour caractéristique d’être orienté selon un point de vue, un axe, qui met en lumière certains éléments et ménage des zones d’ombre (cf. les précédents articles sur le clair-obscur). Tout sera organisé autour de cet axe (ou de deux voire trois) : l’organisation de l’espace et du temps, la focalisation, les personnages, l’action, les moindres détails, souvent symboliques. Des figures de style seront donc utilisées, plus ou moins consciemment, pour mettre en évidence ces axes, pour souligner ce jeu de lumière.
Exemple au hasard : dans un passage de Brighton Rock de Graham Greene (grand auteur anglais, à lire !), plusieurs « axes » se superposent : une scène de combat physique, une lutte psychologique également, et une tension spirituelle. Le texte reflète donc, idéalement jusqu’au moindre mot, ces tensions.

Tout cela montre donc ce qui fait la force de la littérature : la puissance du langage, la magie du verbe, à évoquer le réel mais aussi et surtout à le créer, à créer un monde autonome, une oeuvre d’art.

Oui, mais dans tout cela me direz-vous, comment écrire de la littérature ? Faut-il peser chacun des mots, presque artificiellement ?
Je crois qu’il vaut mieux avoir « l’axe » en tête (par exemple, je veux que cet événement soit décrit avec distance, ironie et satire), et je me laisse guider dans mon écriture qui en prendra tout naturellement l’influence, et sera donc plus à même d’exprimer textuellement l’objet évoqué.
Et puis, ne négligeons pas le contenu, ou le sens. Car la forme dépourvue de sens ou presque, soyons clairs en dépit des Mallarmé et autres art-pour-l’artistes, cela fait de jolies expériences littéraires, mais n’éclaire pas beaucoup le lecteur.
C’est en fait tout un équilibre à trouver, propre à chaque écrivain, pour que la forme ne phagocyte pas tout sens, et que le sens ne réduise pas la forme à une visée utilitaire non plus. En bref, un équilibre entre les deux pôles cités plus haut.
A suivre…

26 février 2010

Dixit Dominus

Publié par carnetsdimelda dans Musique

Non pas celui de Vivaldi, mais celui de Haendel, composé en 1707, alors que le compositeur n’a encore que 22 ans. Cette oeuvre est la mise en musique du psaume 109 (ou 110), en latin. Elle est composée de huit parties, et alterne les choeurs et les arias pour solistes pour mettre en relief l’émotion qui sous-tend le psaume. J’aime en particulier le premier (Dixit dominus Domino meo) et le dernier mouvement (Gloria Patri et Filio).
A écouter ici, dans une superbe interprétation de John Eliot Gardiner avec le Monterverdi Orchestra.

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