Les Carnets d'Imelda

27 janvier 2011

La musique, monde en soi – Entretien avec Rémi Escalle (1/3)

Publié par carnetsdimelda dans Les Entretiens d'Imelda, Musique, Psychologie

Etudiant en ethnomusicologie, diplômé du conservatoire, flûtiste à bec mais ayant aussi touché au violon, au piano, au clavecin et à la viole de gambe, Rémi Escalle nous parle de sa passion pour la musique. Les thèmes évoqués sont très variés : dans cette première partie de l’entretien, il évoque l’intérêt du solfège, l’importance d’une transmission dans l’apprentissage, les musiques des peuples du monde et la perception singulière de la musique.

La musique, monde en soi - Entretien avec Rémi Escalle (1/3) dans Les Entretiens d'Imelda clavecin_apres_restor

  • Comment a commencé votre amour pour la musique ?

Comme beaucoup d’enfants, mes parents m’ont inscrit au conservatoire. C’était une des activités disponibles au forum des associations municipal : un peu de judo, un peu de tennis, et un peu de conservatoire, pourquoi pas ? Une amie de mes parents jouait du violon, ils m’ont donc inscrit dans le même cours qu’elle pour faire un « lot ». J’ai fait du violon de 7 à 11 ans, sans trop de conviction ; je ne travaillais guère. Concernant la musique, j’écoutais en fait les groupes à la mode. Cela ne signifiait rien de particulier pour moi, c’était juste une forme de divertissement, « baladeur dans les oreilles ».

Ensuite, c’est assez étrange, car j’ai un souvenir précis du moment où mon rapport à la musique a été complètement bouleversé. J’étais en cours de solfège, et on nous avait fait écouter le Concerto brandebourgeois n°4 de Bach. Nous avions un remplaçant dans ce cours : c’était donc un autre cadre que celui que nous avions d’habitude, et nous avons écouté cela au premier cours de l’année, je crois. Je me suis aperçu que je n’avais jusque là aucune idée de ce que le terme « musique classique » recouvrait. Le morceau m’a complètement stupéfié. Ce qui me semble étonnant quand j’y repense, c’est que ce qui m’a frappé dans la musique, c’était avant tout le sentiment de quelque chose avec lequel j’étais en lien depuis très longtemps, mais qui pourtant était radicalement nouveau par rapport à tout ce que j’avais expérimenté auparavant. Cela nécessitait des éclaircissements, attisait ma curiosité. Sans pourtant comprendre quoi que ce soit à la forme du morceau, il y a vraiment eu un déclic. Je pense que suivant les personnes, ce genre d’expérience, qui au niveau individuel est extrêmement rare mais concerne à mon avis beaucoup d’individus, peut se produire à l’occasion de n’importe quel morceau, ou bien par imprégnation, en écoutant plusieurs morceaux de suite.

Je me suis alors lancé dans l’apprentissage des deux principaux instruments qui m’avait marqué dans cet extrait musical, même si je pense que ce choix était tout d’abord moins conscient que ce que je veux bien me représenter à présent. Pour le violon, qu’on trouve également dans le concerto de Bach, je sentais par ailleurs que je n’avançais pas, et même si j’ai réessayé après, je n’étais pas à l’aise. J’ai donc abandonné cet instrument pour commencer la flûte à bec et le clavecin, simultanément, et c’est vraiment là que ma passion pour la musique a commencé. Au début, j’étais complètement obsédé par l’empreinte musicale que ce premier morceau avait laissé en moi, je l’écoutais même en faisant du ski ! Je n’avais pas conscience à l’époque de la différence entre musique classique et musique baroque, c’était du pareil au même, je me lançais dans la « vraie musique », du moins c’était comme cela qu’enfant, je me représentais les choses.

  • En lien avec cette pratique instrumentale, vous avez fait du solfège, de la composition, des choses plus théoriques. Est-ce aussi stimulant ?

J »ai commencé la flûte à bec et le clavecin très tard par rapport à beaucoup d’élèves que j’ai côtoyés, et j’ai eu toujours l’impression d’être un peu en dehors du cursus-type que l’on m’invitait pourtant à emprunter. En fait, en musique classique, la question de la transmission est très importante. Au conservatoire, quand on entretient avec la musique un rapport autre que celui du pur divertissement ou de la contrainte parentale (ce qui arrive malheureusement très souvent, comme dans le cas des clubs de sport), se joue quelque chose de très important, la transmission entre maître et élève. Ce processus a été institutionnalisé par la structure « conservatoire », ce qui a créé un type particulier de relation avec les professeurs et un rapport spécifique à la culture. Il y a des gens qui rentrent plus facilement dans cette relation telle que la présente l’institution « conservatoire », soit parce qu’ils y sont habitués de par leur environnement culturel, soit parce qu’ils y trouvent quelque chose qui très tôt convient à leur personnalité – les deux sont possibles.

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14 janvier 2011

Le Renard et l’enfant

Publié par carnetsdimelda dans Cinema, Psychologie

Le Renard et l’enfant (2007) de Luc Jacquet est à la croisée des chemins entre le roman, le conte philosphique et le documentaire animalier. L’histoire d’un renard et d’une enfant qui  s’apprivoisent, cela fait penser au Petit Prince de Saint-Exupéry : « Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près. » (ch. XXI)

Ce film est simple comme la vie : on regarde le monde que nous entoure et on apprend connaître les autres. Ceux-ci nous apprennent à tendre l’oreille et à ne pas avoir peur des torrents et des grottes. Mais l’histoire est compliquée comme l’est la vie : « Est-ce qu’il voit avec les mêmes couleurs que moi ? » se demande la petite fille. Est-ce qu’elle va réussir à le laisser libre ? A ne pas prendre possession de lui ? A ne pas vouloir qu’il lui ressemble ?

Ces lignes de réflexion dessinent la beauté de ce film, avec pour tout acteurs le renard (euh, plusieurs en fait) et l’enfant (la délicieuse Bertille Noël-Bruneau). Magnifique.

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6 janvier 2011

Les Emotifs anonymes

Publié par carnetsdimelda dans Cinema, Humour, Psychologie

Le film Les Emotifs anonymes (actuellement au cinéma) de Jean-Pierre Améris, c’est deux hyper-émotifs (Jean-René et Angélique) chocolatiers, qui apprennent à se connaître ; une comédie prévisible mais émaillée d’un humour à toute épreuve, des comiques de situation réussis, deux acteurs excellents (Isabelle Carré et Benoît Poelvoorde), une bande-son charmante (comme ici), une atmosphère en rouge et vert un peu rétro à la Amélie Poulain qui fonctionne parfaitement, de la finesse, de l’émotion et de la fraîcheur. Hormis les reprises des chansons de La Mélodie du bonheur un peu manquées pour qui connaît l’original, et des rôles secondaires surfaits, tout invite à courir voir ce joli film français, qui donne envie d’acheter du chocolat et d’exprimer ses émotions !

Les Emotifs anonymes dans Cinema Les-emotifs-anonymes-agoravox

 

11 décembre 2010

Lady Susan

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Psychologie, Roman

De ce court roman épistolaire de Jane Austen, nous ne retiendrons qu’une chose : l’incroyable élégance du style. La romancière britannique n’avait alors que 18 ou 19 ans lorsqu’elle l’écrivit, en 1793 ou 1794. C’est l’un de ses tout premiers romans, et déjà elle savait composer des phrases telles que celle-ci, exquises même en traduction française : « Après pareille découverte, vous aurez peine à feindre davantage l’étonnement devant mon intention de vous dire adieu. J’ai enfin retrouvé l’usage de mon entendement, et il m’enseigne non moins la détestation des artifices qui ont pu me subjuguer que le mépris de moi-même pour une faiblesse qui a servi à fonder leur pouvoir. » (lettre XXXVI) Cette phrase, quoique longue, ne semble pas lourde, mais bien riche et équilibrée.

Quant au contenu (intimement lié aux mots, certes), il semble rappeler les histoires sentimentales de l’ordre des Liaisons dangereuses… De fait, Lady Susan a été écrit qu’une douzaine d’années après le roman de Choderlos de Laclos, dont il a également la forme épisolaire en vogue au XVIIIe siècle. Ils possèdent quelques éléments en commun : la séductrice hypocrite (Lady Susan), la naïve victime (Reginald de Courcy), la confidente (Mrs Johnson)… Et la multiplicité des points de vue, qui donne un grand dynamisme à l’oeuvre. On objectera que contrairement au roman de Laclos, la plupart des lettres de Lady Susan ne sont pas action romanesque, elles ne participent pas en elles-mêmes à l’intrigue. Ce qui ne m’empêche pas d’oser dire que Lady Susan peut constituer une version british moins perverse et presque aussi élégante (et plus brève) des Liaisons dangereuses françaises.

Lady Susan dans Litterature Lady-Susan

 

10 décembre 2010

Savoir se déconnecter

Publié par carnetsdimelda dans Petites reflexions, Psychologie, Toile

Controversé, le « réseau social » Facebook a investi jusque l’actualité médiatique. Rarement pour annoncer ce bonnes nouvelles ! Ainsi il y a quelques jours, Le Figaro a annoncé qu’ « un internaute, qui a créé un compte au nom de l’humoriste Omar Sy, devra payer 1500 euros pour atteinte à la vie privée et violation du droit à l’image. »

Reposons la question : faut-il être sur Facebook ? Ou encore : faut-il quitter Facebook ? Ou plutôt : comment utiliser intelligemment Facebook ?

Il est certain que Facebook reste un monde virtuel avec les limites que cela implique. Les raisons pour le quitter sont nombreuses :

Savoir se déconnecter dans Petites reflexions facebook

1) Comme il offre toujours de nouvelles informations, il provoque une dépendance facile, et il est difficile de s’en déconnecter. Beaucoup disent songer à quitter Facebook parce qu’ils y perdent beaucoup de temps, alors qu’ils auraient pu passer ces heures à avancer leur travail, à rendre service, ou même à voir dans le réel les personnes avec qui ils sont « en contact »!

En effet, sur Facebook, les photos, paroles et messages concentrent en un lieu des années d’espace et de temps. L’internaute fait ce qu’il veut, mais il est paradoxalement enchaîné. Alain Finkielkraut explique très bien cette dynamique en évoquant Internet. L’aliénation provoquée par Facebook vient de ce qu’il appelle la « fatale liberté » engendrée par Internet. « Livré à la satisfaction immédiate de ses envies ou de ses impatiences, prisonnier du zéro délai, l’homme à la télécommande n’est pas condamné à être libre, il est condamné à lui-même par sa fatale liberté. » (1)

2) Le monde qui s’y offre est déformé : les amis ne montrent que ce qu’ils souhaitent, et les « informations personnelles » réduisent certains à leurs »films préférés » et autres caractéristiques de détail. Facebook peut également susciter un certain narcisssime, grâce à des « photos de profil » choisies, une identité que l’on construit artificiellement.

3) Le monde est non seulement déformé mais peut susciter un certain voyeurisme : les message que vous écrivez sur le « mur » de vos amis, votre camarade de primaire qui figure dans vos contacts s’en serait passé ! certes on peut régler « qui voit quoi », mais qui le fait ? Il en est de même pour les photos de vos enfants (qui seront peut-être mécontents de savoir qu’ils sont sur Internet depuis leurs moins six mois) ou les détails de votre vie affective. Facebook peut développer une curiosité un peu malsaine. A un niveau social, votre employeur, si vous ne réglez pas vos « paramètres de confidentialité », pourra apprendre des choses de votre vie privée.

4) Facebook est un espace assez superficiel, qui permet rarement des échanges sur des sujets profonds et complexes, que ce soit par « chat en ligne » ou « commentaires de statut ». Sauf éventuellement sur des sujets d’actualité ; mais la taille maximale du « commentaire » empêche des analyses poussées.

5)  « Facebook favorise le sentiment d’être intégré socialement, constate Fanny Georges, chercheuse au CNRS. L’idée est d’être toujours en lien avec autrui, même hors connexion ».  Il permet à certaines personnes, plus fragiles, de combler un artificiellement un vide intérieur. Il peut leur donner le sentiment d’exister socialement, à la mesure du nombre de commentaires ajoutés au « statut ».

6) Vos vrais amis restent les mêmes, sur Facebook ou non !

7) Il faut compter également les publicités (comme enjeux financiers ), le fichage des données (car ce qui est écrit sur Facebook devient la propriété de Facebook), les jeux stupides sur Facebook… Autant d’inconvénients.

Alors ? Faut-il quitter Facebook ? Quelques raisons de ne pas le faire :

1) Il permet d’avoir des nouvelles de personnes à qui on écrirait pas forcément, soit par timidité, soit parce que concrètement, les journées ne font que 24 heures et l’on ne peut contacter plus de n personnes par jour ; humainement, il faut bien choisir de développer telle ou telle amitié.

2) Facebook permet d’avoir quelques informations que l’on n’aurait pu avoir autrement : des adresses mail, des dates d’anniversaire, des événements, des petites annonces… Certains n’envoient même leurs invitations (à des pendaisons de crémaillère par exemple) uniquement par Facebook.

3) Facebook est devenu un phénomène social, intéressant pour qui souhaite étudier la société de manière un peu critique. Les groupes qui se créent (soutien à tel ou tel par exemple) et les sujets qu’on y rencontre sont un reflet, déformé certes, de la France en 2010.

4) Et puis c’est gratuit, contrairement aux formules téléphoniques…

Mais qu’importe ! Vous l’avez constaté, il y a plus d’inconvénients que d’avantages à rester sur Facebook.

On peut alors se demander si l’on arrive à se déconnecter assez facilement du site. Pour cela, il faut savoir que plus on « intervient » sur Facebook, en postant des statuts et des commentaires, plus on est amené à y aller, pour voir quelles réactions ils ont suscité… Mais si l’on arrive à ne pas devenir dépendant (ce qui est difficile !), il est possible de rester sur Facebook en profitant des avantages qu’il présente. Sinon, il vaut mieux se désinscrire. Et voir ses amis « en vrai », discuter, sortir, et faire partager une information ou une découverte personnelle non pas à « tous vos contacts » mais à un ami auquel vous enverrez un petit mail. Il se sentira plus aimé que s’il prend connaissance de la chose en même temps que tous, anonymement.

En conclusion, on peut penser à Paul Soriano qui imagine un monde où le réseau prime totalement et où les hommes hyper-évolués « s’engagent à décourager les comportements antisociaux requérant une forme quelconque d’isolement individuel (méditation, prière, lecture…) ou collectif (salon, concert, théâtre, messe). » (1)

Vous avez donc le contre-exemple… à suivre !

(1) Internet, l’inquiétante extase, textes de conférences d’Alain Finkielkraut et Paul Soriano, tenues en 2001.

 

13 septembre 2010

Féminité et universalité

Publié par carnetsdimelda dans Citations, Litterature, Psychologie

Ou, plus simplement, voici une réponse possible au fait que les femmes ont, moins que les hommes, diffusé leur génie, science ou art personnels au cours de siècles. Un facteur psychologique plus que social à cette différence, donc. Je l’ai découvert dans le journal d’Etty Hillesum, Une vie bouleversée (chez Points Seuil). Cette jeune femme néerlandaise juive y raconte sa vie dans les camps de transit de 1941 à 1943. Elle évoque au début de l’ouvrage, avant d’entrer dans ces camps, sa fascination pour un psychologue quinquagénaire, Julius Spier, avec qui elle eut des relations complexes.

« Je dois oser vivre la vie avec toute la richesse de sens qu’elle exige, sans devenir à mes propres yeux prétentieuse, sentimentale ou artificielle. Quant à lui [Spier], je ne dois pas le prendre pour but, mais pour instrument de mon évolution et de ma maturation. Je ne dois pas vouloir le posséder. La femme, il est vrai, recherche la matérialité du corps et non l’abstraction de l’esprit. Le centre de gravité de la femme se trouve dans tel homme particulier, celui de l’homme se situe dans le monde. »

Discutable, mais intéressant.

Féminité et universalité dans Citations HillesumE

 

6 juillet 2010

Choisir la qualité

Publié par carnetsdimelda dans Petites reflexions, Psychologie

Pas de lancement d’association de consommateurs aujourd’hui. Mais plutôt une ébauche de réflexion à partir de deux élucubrations récentes.

D’une part, qu’est-ce qui conditionne la richesse d’une relation humaine ? L’amour-l’échange-la joie-la confiance-le don et blablabla. Soit. What else ?

Il me semble que cette relation sera plus riche non des connaissances échangées, des sujets abordés, des cadeaux, des fleurs, des lapins en plastique (et pourquoi pas ?), d’une masse de choses plus ou moins quantifiables. Mais bien donc de la qualité d’écoute. Qu’importe si on n’est pas d’accord sur tout. Si on ne parle pas de tout. Si on n’essaie pas toutes les sorties-shopping ou visites-de-monument. Toutes les cartes-musicales. Tous-les-restaurants-de-la-ville. Tant pis si les discussions téléphoniques ne font pas exploser votre forfait. (Notons au passage que je parle de toute relation, amicale, amoureuse ou filiale.) Qu’importe ! Une vraie discussion où l’attention est entière, le sourire large, le regard attentionné, même si elle dure une minute, sera bien meilleure que mille palabres philosophiques ou scientifiques où l’intérêt est plutôt égocentré.

La richesse viendra surtout  de la qualité formelle de la relation et non de son contenu, donc.

Autre remarque, qui se rapproche de la première. On se dit parfois : « Pourquoi parler de la pluie et du beau temps ? Il est absurde de discuter du climat. Souvent on s’en fiche complètement… C’est creux. » Outre le fait que la météo est importante pour certaines professions (et pour notre moral !), la température de l’air a pour avantage de constituer une accroche dans n’importe quelle conversation, lancée au-dessus de la barrière du jardin ou en arrivant au travail. Et en cela, le mercure conditionne aussi la qualité d’une relation. La masse de nuages évoquée permet d’établir un lien entre les hommes, alors même qu’un manque d’inspiration réduirait à néant la volonté de discuter.

Alors, fini le contenu ? Ne reste plus que la forme ? Fini le fond, l’épaisseur des conversations ? Non, certes. Mais il ne semble pas superflu de rendre justice à la qualité (au sens où nous l’entendons ici), souvent réduite à des politesses de circonstance ou à des habitudes négligeables.

3 juin 2010

Les langages de l’amour

Publié par carnetsdimelda dans Psychologie

Drôle de titre, non ? Va-t-on vous servir la recette efficace et définitive pour réussir vos relations, du style Comment se faire des amis, le best-seller de Dale Carnegie ?

En fait, non. Il s’agit pourtant ici d’évoquer le contenu d’un livre écrit par un Américain, Gary Chapman, dont le titre est celui de cet article. Cet ouvrage (qui en soi n’invente rien…) m’a vraiment convaincue, aussi pensé-je qu’il pourra vous éclairer également. Cet ouvrage à l’intérêt de montrer que chaque individu a un langage d’amour différent, et que la dégradation de beaucoup de relations, conjugales mais aussi amicales ou filiales, tient au fait que chacun parle son propre langage d’amour en croyant que l’autre possède le même ; cela résulate alors sur une baisse voire une disparition du sentiment d’être aimé, et donc une mésentente. En effet, les recherches montrent que le sentiment d’être aimé est le besoin le plus fondamental en l’homme, celui qui le rend le plus heureux.

Prenons un exemple. Jacqueline se plaint que son époux Jacques ne l’aime pas, puisqu’il ne prend jamais le temps de s’arrêter et de discuter avec elle au calme. Jacques hallucine : elle ne voit donc pas tout ce qu’il fait pour elle, par son activité professionnelle afin qu’elle ait assez d’argent, mais aussi tous les travaux et services qu’il réalise à la maison… Le problème est qu’ils ne parlent pas le même langage d’amour : Jacqueline possède celui des moments de qualité, et Jacques, celui des services rendus. Tous deux veulent montrer leur amour et se sentir aimés, mais ne parlent pas la même langue.

Mais cela vaut également pour les enfants. Si un enfant a besoin de passer beaucoup de temps avec ses parents pour se sentir aimé et qu’il n’en est pas ainsi, cela pourra nuire à son épanouissement.

Ainsi existent cinq langages d’amour :

- Les paroles valorisantes. Celles qui encouragent. Celles qui disent qu’on aime l’autre. Celles qui sont humbles, admiratives ou reconnaissantes. « Ta robe te va très bien. » « J’apprécie beaucoup que tu aies lavé la vaisselle ce soir. » « Peux-tu faire la tarte que tu réussis si bien ? » « Tu es un ami précieux. » (Et à votre fils qui a fait un dessin horrible) : « Oh ! Comme c’est joli ! »

- Les moments de qualité. Le fait d’être ensemble et de prêter une pleine attention à l’autre. Pas regarder de la télévision sur le même canapé ! Mais aller au restaurant. Se promener au bord d’une rivière en cueillant des marguerites. Jouer à la poupée avec votre fille. Partir en week-end à la montagne ensemble. Faire une activité commune. Passer juste dix minutes à discuter. Ne pas oublier de prêter attention aux sentiments de l’autre (déception, colère, inquiétude…).

- Les cadeaux. Onéreux ou ne coûtant rien, l’important est la charge affective qu’ils portent. Un bouquet de fleur à votre maman, une carte à un euro à votre meilleur ami, une photo à un autre, des bonbons à votre fille, suffisent. Certaines personnes sont très sensibles aux cadeaux, d’autres pas du tout – il en est ainsi pour chaque langage d’amour.

- Les services rendus. Proposer de faire les courses à votre épouse, aider une amie à transporter ses bagages jusqu’à la gare, tondre la pelouse de la propriété familiale, se demander ce que en quoi votre papa aimerait être aidé…

- Le toucher physique. Faire un gros câlin à sa petite soeur. Faire la bise à une amie alors qu’on n’aime pas le faire. Poser la main sur l’épaule d’un ami déprimé.

Bien sûr, certaines personnes qui parlent le même langage d’amour ne parleront pas le même dialecte. Ainsi, pour deux conjoints pour qui le langage principal consiste dans les services rendus, chacun n’attendra pas forcément la même chose de l’autre : Marc se sentira aimé par Marie uniquement si elle fait les lits et donne le bain au bébé, et Marie se sentira aimée par Marc uniquement s’il lave la voiture et passe l’aspirateur. C’est exactement comme cela qu’ils se sentiront soutenus et entourés.

Question finale : comment découvrir son langage d’amour ? Posez-vous ces question : qu’attendez-vous des autres ? Qu’est-ce qui vous donne le plus le sentiment d’être aimé ? Les compliments ou les accolades ? Qu’est-ce qui au contraire vous blesse le plus profondément ? Qu’on vous laisse tout faire, ou qu’on oublie votre cadeau d’anniversaire ?

Bien sûr, chacun n’a souvent pas un seul langage d’amour, mais plusieurs qui le touchent davantage. Il suffit de hiérarchiser les langages par lesquels on se sent aimé.

Et pour connaître le langage d’amour d’autrui ? Observez l’occasion il est le plus ému par le langage d’amour que vous lui prodiguez. Par ailleurs, on parle souvent le langage d’amour qu’on aimerait recevoir. La personne en face réclame-t-elle des paroles d’encouragements ? C’est que c’est important pour elle. Rend-elle sans cesse service ? C’est sans doute qu’elle attend la même chose de votre part.

Voilà, tout cela est à prendre, comme tout schéma de psychologie, avec le recul que nécessite la singularité de chaque personne humaine ! Pourtant cela peut, je pense, réellement nous éclairer.

29 mars 2010

Le Temps d’un week-end

Publié par carnetsdimelda dans Cinema, Psychologie

Un film de Martin Brest (1992)

Le temps d’un week-end, Charlie, étudiant désargenté, accepte de s’occuper d’un homme aveugle. Le lieutenant-colonel Frank Slade, autrefois brillant et aujourd’hui fort aigri, est cependant un homme imprévisible : il décide de partir avec son jeune compagnon passer les trois jours à New York. En réalité, il veut se fare une ultime tournée de plaisirs avant de se donner la mort…

Ce personnage, joué par un très brillant Al Pacino (qui reçut l’Oscar du meilleur acteur pour cette prestation), est bien paradoxal : la force de sa volonté cache une faiblesse profonde due à son dégoût de la vie. Ni les excellents dîners, ni les plaisirs charnels, ni la course en Ferrari, ne lui procureront une joie durable. Seul moment de grâce : un tango avec une timide jeune fille inconnue (la ravissante Gabrielle Anwar) qu’il a choisie pour la délicatesse de son parfum ; c’est ainsi en effet qu’il repère les femmes, d’où le nom du titre original : Scent of a Woman. Ce film est d’ailleurs le remake du film italien Parfum de femme de Dino Risi (1975), qui reste le meilleur paraît-il.

Quant au jeune Charlie (Chris O’Donnel, un peu trop amorphe à mon goût), il va s’attacher à l’aveugle en même temps qu’il est en proie à un délicat cas de conscience dans une affaire de discipline dans sa prépa. Tout en trouvant dans le vétéran bourru une attention paternelle, c’est lui qui va redonner à ce dernier une ou deux raisons de vivre, à la fois dérisoires et sincères.

La mise en scène, le rythme et les dialogues sont soignés, tandis que la musique de Thomas Newman – qui a également composé celle de The Horse Whisperer par exemple – contribue à créer une ambiance prenante.
Malgré une fin assez consensuelle et quelques propos un peu indiscrets, c’est une oeuvre intelligente et fine, à voir absolument !

Le Temps d'un week-end dans Cinema scentofawoman

24 mars 2010

Penser la peluche

Publié par carnetsdimelda dans Humour, Impressions, Petites reflexions, Psychologie

Ou comment se recontrèrent le monde des nounours et celui de la philosophie spéculative.

Qu’elles soient ours ou lapins, les peluches n’ont cessé de susciter des questions existentielles. En effet, ces animaux recouverts de peluche (une étoffe à longs poils soyeux et brillants) sont souvent très étranges. Qui peut avoir l’idée d’un éléphant rose ? D’un lapin habillé d’une salopette orange ? D’un souris plus grande que nature ? D’un ours qui semble non seulement inoffensif, mais gentil ? Voilà qui laisse plus que perplexe.
Plus encore, qu’est-ce qui fait qu’une peluche semble presque obligatoirement mignonne, sinon « craquante » ? (exemple ci-dessous)
Penser la peluche dans Humour oayo70uq

Qui, quand, où, pourquoi, comment, chez qui et jusqu’où la peluche ?
Nous nous bornerons à essayer de répondre au problème suivant : à quoi servent les peluches ?

Le mot vient du verbe en ancien français peluchier (« éplucher », « nettoyer des poils embrouillés »). On retrouve alors dans cet objet le désir de lisser un monde embrouillé, de faire de réalités âpres des mondes doux et caressants.
Nous avons remarqué que les animaux en peluche sont différents de ceux qui dans la réalité vivent, sauvages et cruels, consommateurs de chair fraîche. Comparez la photo ci-dessus avec celle-ci :

ours dans Impressions

La peluche est une sorte de représentation stylisée, qui simplifie et bonifie l’animal jusqu’à le rendre sétérotypairement câlin et velouté. Les formes s’arrondissent, le corps raccourcit jusqu’à ce que que le tronc reste surtout symbolique (rappelez-vous les peluches « Diddle »). Bien sûr, le poil est plus ouaté. Et surtout, dans bien des cas, l’ours qui pèse 100 à 300 kilos dans la réalité ne fait plus que quelques centaines de grammes. Il est tout petit. Et ce qui est petit est bien souvent plus mignon. En témoigne le fait que lorsqu’on dit « ma petite maman », par exemple, le mot « petit » perd son sens propre et devient un terme hypocoristique (c’est-à-dire, en linguistique : qui exprime l’affection).

Ainsi, plus petit, l’animal fait moins peur. L’éléphant rose aussi. Le monde étranger et effrayant est apprivoisé, adapté à la taille de l’enfant qui en fait son doudou et joue avec lui. Les autres fonctions de la peluche étant, à ma connaissance, celui d’être une mascotte porte-bonheur (sportive par exemple), ou de servir de décoration. Sa valeur est donc essentiellement symbolique – et si possible esthétique.

En guise de cerise sur le gâteau, ou de doublure en velours sur l’oreille du lapin, nous vous proposons quelques images de peluches tout simplement délicieuses.

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PS : Cette idée d’article m’est venue après être tombée en extase hier devant un petit nounours tombé sous le lit d’une fillette de 5 ans. Que la vie est belle, si on en prend un tout petit peu la peine (et si on le peut).

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