Les Carnets d'Imelda

15 février 2012

Le lieu du printemps

Publié par carnetsdimelda dans Cinema, Philosophie, Psychologie

Conte de printemps, sorti en 1989, est le premier des Contes de quatre saisons d’Eric Rohmer. Le héraut de la Nouvelle Vague filme ici deux amies, Jeanne et Natacha, qui d’un lieu à l’autre se révèlent à elles-mêmes. Une délicieuse pensée cinémato-philosophique sur l’espace.

Jeanne (Anne Teyssedre) est une jeune professeure de philo. Elle est à la rue, et pourtant a la clef de deux appartements : le sien, qu’elle a prêté à sa cousine, et celui de son ami Matthieu, absent. Lorsque Natacha (Florence Darel) lui propose de venir et d’habiter la chambre que son père elle a laissée, elle accepte. Dans la cuisine trônent quatre colonnes inutiles ; elles délimitent un espace.

Dès lors, le ton est donné. De dialogues, parfois un peu récités mais jamais ennuyeux, tissent des liens entre Natacha et Jeanne, toujours prompte à se demander où en est sa pensée. Mais aussi avec le père de Natacha, et Eve son amie. Y aller, ne pas y aller, rester, partir, aimer un lieu, le dédaigner… Paris, la campagne. Chez moi, chez elle, chez lui, chez vous.

La mise en scène de Rohmer toujours sobre et intimiste appuie une réflexion épurée sur l’espace et la liberté, faculté déjà évoquée dans ses précédents films comme Ma nuit chez Maud. Une histoire qui de confidences en chants d’oiseaux parle du printemps.

 

Le lieu du printemps dans Cinema kinopoisk.ru-Conte-de-printemps-1321172--o--

 

10 février 2012

Faire entrer le soleil

Publié par carnetsdimelda dans Cinema, Musique, Psychologie

Sorti en 2011, le film de Philippe Claudel Tous le soleils évoque avec finesse un homme veuf qui peine à se remettre en question, alors que sa fille découvre les émois amoureux. Une jolie peinture familiale et sociale.

Alessandro (Stefano Accorsi) est Italien et professeur de musique à l’université de Strasbourg. Ses relations avec sa fille Irina deviennent peu à peu conflictuelles. Quant à son frère qui vit avec eux, il est anarchiste et vit en robe de chambre, affirmant que l’Italie de Berlusconi n’est plus une démocratie. Ayant perdu sa femme il y a quinze ans, Alessandro peine à faire son deuil et à reconstruire sa vie amoureuse.

La comédie de Philippe Claudel parle avec légèreté de sujets graves. Comment laisser ses enfants grandir, tout en veillant sur eux ? Comment laisser entrer quelqu’un dans sa vie, sans se protéger avec son passé et ses habitudes ? On perçoitl’héritage des films français, avec l’apparition fugitive des défunts enfin à leur place, comme dans Ponette de Jacques Doillon (1996). Et toujours ce côté minimaliste. Strasbourg y est filmé en été, ce qui lui donne des airs quasi méditerranéens. Une touchante histoire.

Faire entrer le soleil dans Cinema

30 janvier 2012

La Colline aux coquelicots

Publié par carnetsdimelda dans Cinema, Histoire, Psychologie

La gagnante du concours d’articles a écrit la critique suivante, sur le joli film actuellement en salles La Colline aux coquelicots. Bravo à elle !

La Colline aux coquelicots dans Cinema avant-premiere-colline-aux-coquelicots-nov-2011-211x300

Japon, années 1960. Des drapeaux s’élèvent dans le ciel matinal, claquent en haut du mât, sous l’oeil attentif d’Umi. En face, sans qu’elle le sache, une jeune  garçon lève avec la même ardeur les pavillons en haut de son navire. Modèles d’obéissance et de studiosité, Umi et Shun se retrouvent au lycée et au vieux foyer dénommé « Quartier Latin » qui fourmillent d’élèves adonnés à divers travaux, dont la réalisation d’un journal.

Umi est orpheline de père, Shun ne sait quels sont ses vrais parents : une forte amitié naît entre eux, guère démonstrative, tout en grands yeux étonnés et en gestes d’attention, mais qui se resserera au fil du scénario.

Rien d’imprévisible dans ce dessin animé des studios Ghibi réalisé par Gor Miyazaki, le fils du célèbre réalisateur et scénariste Hayao Miyazaki. Peu d’action et de rebondissements, mais beaucoup de finesse, d’émotion et même d’humour. On ne regarde pas, on contemple les dessins qui sont une vraie merveille, tout en coloris et détails. A travers cette histoire assez simple qui réjouira petits et grands se dessinent une réflexion en filigrane sur l’importance de la filiation, la connaissance de ses racines pour construire son avenir.

Les jeunes héros plaident pour le maintien du vieux foyer, promouvant le respect et l’assimilation de ce qui les a précédés et se heurtent de plein fouet au vent alléchant de la modernité qui emportent d’autres élèves. Un film rétro et charmant.

Maritro de Lyrvehc

30 novembre 2011

Le mathématicien en quête de réel

Publié par carnetsdimelda dans Cinema, Histoire, Psychologie

Un homme d’exception, un film de Ron Howard, 2001.

Le mathématicien en quête de réel dans Cinema abeautifulmind

 

Qu’est-ce que le réel ? John Nash (Russell Crowe), étudiant en mathématiques, semble bien placé pour le savoir. Vers 1950, élève à l’université de Princeton, il rend par des équations les mouvements des pigeons du parc. Au jeu de go, tous ses coups sont parfaits. Sa théorie économique des jeux va être mondialement reconnue. Mais il n’envisage les relations humaines qu’en termes scientifiques…

Il pense que les gens ne l’aiment pas. Sauf Charles, son colocataire. Et Alicia (Jennifer Connelly), qui devient sa femme. Un jour, un représentant du département de la Défense, William Parcher (Ed Harris), lui demande de décoder des messages soviétiques censés évoquer une attaque nucléaire.

John souffre de schizophrénie. Charles et William ne sont que des hallucinations, des créations de son esprit en mal de reconnaissance et d’amitié. Il lui est très difficile de l’accepter. Après une hospitalisation, il ne prend pas ses médicaments, et rechute. Son épouse Alicia est tentée de partir, mais elle continue. « Je le regarde, je me force presque à voir l’homme que j’ai épousé. Il est comme transformé en la personne que j’aime, comme je suis transformée en une personne qui l’aime. » C’est cette fidélité incarnée qui est le centre de l’histoire ; John y puise l’effort avec lequel il va pouvoir faire le deuil de ses amis imaginaires. Si le cerveau trompe, le coeur lui, voit bien davantage.

John Forbes Nash a existé, et a reçu le Prix Nobel d’économie en 1994 ; il vit encore. Son histoire est filmée avec peut-être un peu trop d’intensité dramatique, mais toujours une grande finesse dans la composition de l’image et dans les dialogues. Ce film dit bien plus que son scénario : l’amour donne à voir la merveille de l’altérité.

10 novembre 2011

Le roman comme dialogue avec un écrivain – Entretien avec Nathalie Skowronek.

Publié par carnetsdimelda dans Ecrire, Les Entretiens d'Imelda, Litterature, Psychologie

Karen et moi, déjà évoqué ici, est le premier roman de l’écrivain belge Nathalie Skowronek. Elle y raconte une parenté spirituelle entre la narratrice, et l’aventurière du siècle dernier Karen Blixen. La création du roman, qui lie fiction littéraire et réalité historique, s’est faite par couches successives. Rencontre avec une femme que la littérature a construite.

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Karen et moi : d’où vient ce titre énigmatique ?

Il est arrivé en fin de projet. Il s’est imposé naturellement, puisque c’est un livre avec deux personnages qui avancent conjointement - d’où le « et ». Karen évoque le prénom de Karen Blixen ; il ne s’agit pas de la figure biographique de l’écrivain, mais de la femme qui va le devenir. Le « moi » représente le « je » de la narratrice.

Je voulais d’abord écrire un livre sur le pouvoir de la littérature dans nos vies. J’ai choisi Karen Blixen qui est pour moi un auteur phare, et qui m’accompagne depuis longtemps. De plus, sa Correspondance, où elle parle de son désir d’écriture et de sa vie avant de devenir écrivain, a permis une zone de proximité où j’ai pu avancer avec elle.

Comment vous êtes-vous documentée sur la vie de Karen Blixen avant qu’elle devienne écrivain ?

Je me suis appuyée sur la biographie de Judith Thurman, et sur des éditions critiques de son œuvre. J’ai eu à ma disposition sa Correspondance, et son roman autobiographique La Ferme africaine, où elle réinvente en partie sa propre histoire. Cependant, je n’ai pas fait un travail de chercheur ni un travail biographique au sens strict. Karen Blixen est plutôt devenue pour moi un double poétique, à partir duquel j’ai vu la possibilité d’un livre, et une sorte de construction romanesque entre elle et moi. J’ai veillé à être exacte et à ne pas manipuler les faits, et en même temps à tirer les éléments biographiques dans le sens de mon propre récit.

J’ai travaillé par périodes successives, pendant un an et demi ou deux ans. J’ai laissé dormir une première version plusieurs mois. Après une deuxième version, j’ai vu un but possible. J’ai alors écrit de manière très intensive. En fait, c’est à partir du moment où je me suis autorisée à tutoyer la Karen du livre, que le livre m’a échappé. Avant cela, je cherchais la juste place.

J’ai travaillé par couches successives. A chaque nouvelle version j’ai essayé d’aller le plus loin, pour que le livre évolue en fonction mon idée.

A un moment du roman, on ne sait plus très bien qui parle, de la narratrice ou de Karen. Est-ce volontaire ou non ?

Le livre évoque deux femmes à deux époques différentes, dans des lieux et des milieux différents, qui s’interrogent sur le sens à donner à leur vie. Au départ, la narratrice se cache derrière Karen Blixen parce qu’elle ne parvient pas à s’émanciper. Puis elle s’aide de la littérature et de la figure emblématique de Karen. Quand les choses sont trop difficiles à dire pour la narratrice, elle va rechercher Blixen et faire parler sa vie, qui reflète la sienne propre. Ce jeu de miroir fait partie de la construction du livre.

Un livre peut changer une vie : le cas du livre est-il un cas extrême, où est-ce vraiment possible ?

Le lieu du livre permet des sentiments plus intenses que dans la vie quotidienne. De la même manière que la narratrice montre son côté le plus âpre, et que Karen Blixen est décrite dans ce qu’elle a de plus fragile, le récit pousse les émotions au plus loin. Mais dans la vraie vie, les se passent un peu différemment. En ce qui me concerne, je me suis construite à travers mes lectures, c’est ma façon d’avancer et de regarder le monde.

Nathalie Skowronek, Karen et moi, Editions Arléa, 124 pages, 15 euros.

 

13 octobre 2011

Mères au foyer : qui sont-elles aujourd’hui ?

Publié par carnetsdimelda dans Actualité, Psychologie

On le sait : les femmes ont toujours travaillé, aux champs ou à l’usine. Ce n’est qu’au tournant du XXe siècle que dans les familles aisées, la femme est souvent restée à la maison. Au début du XXIe siècle, les mères au foyer sont considérées de manière négative. On les regarde soit comme des femmes mutilées, coincées entre fourneaux et biberons ; soit comme des « parasites » qui jouissent d’une vie tranquille. Elle sont 2,5 millions en France ; en comptant le conjoint et les enfants, cette organisation familiale concerne donc environ 10 millions de personnes. Un vrai phénomène de société donc, dont on parle peu.

Dans son essai paru en 2001, Marie-Pascale Delplancq-Nobécourt, journaliste, brise quelques idées reçues sur la mère au foyer. Au fil des témoignages, on s’aperçoit qu’aujourd’hui, les mères qui ont arrêté de travailler pour s’occuper de leurs enfants sont diplômées, ont déjà exercé une activité professionnelle pendant 5 à 15 ans environ, et continuent de mener de nombreuses activités. Certaines font du bénévolat, sont parents d’élèves ou dirigent des associations culturelles qui représentent parfois un mi-temps, voire un temps complet.

L’auteur explique comment les mères au foyer échappent à la logique économique, selon laquelle une personne qui n’est pas salariée n’existe pas socialement. Elle est « sans activité professionnelle », la case du néant. Or, les mères au foyer contribuent à créer du lien social par leurs activités bénévoles, lorsqu’elles vont chercher les enfants de leur voisine par exemple. Sans elles, beaucoup de cités resteraient des villes-dortoir. De plus, une femme qui élève ses enfants en fait aussi de futurs citoyens et consommateurs ; c’est donc un investissement durable.

L’opinion montre les tâches domestiques et d’éducation comme ingrates et dévalorisantes. S’il paraît évident que la part des hommes dans celles-ci reste trop faible (et c’est le mode de travail des hommes qu’il faut aussi réviser), on oublie souvent que lorsqu’on change un enfant, ce n’est pas qu’un geste technique. La relation parentale passe aussi dans l’émotion et l’affection des gestes quotidiens. On admire le père au foyer, ou la puéricultrice, dont on ne considère pas les tâches comme dévalorisantes. A l’inverse, une femme salariée n’est pas forcément « libérée » par son travail.

On pense aux droits des femmes, mais pense-t-on aux droits des enfants ? C’est un lieu commun médical et psychologique que d’affirmer que l’enfant a besoin de sa mère et d’une affection personnalisée – et même après les premiers mois. Dans ce livre, les mères au foyer disent s’être rendues compte que même au sortir de l’enfance, les jeunes avaient besoin d’être entourés et accompagnés, quand l’échec scolaire ou les tentations de la drogue les guettent. Un adolescent qui rentre seul le soir, clé à la main, a souvent plus de mal à se discipliner, que si quelqu’un était là pour l’accueillir.

L’auteur ne dit pas que le travail salarié de la femme est condamnable, ni que toutes les femmes devraient être mères au foyer (déjà parce que certaines ne peuvent se le permettre financièrement). Elle n’affirme pas non plus que la vie de mère au foyer est une existence de rêve. En effet, lorsque l’enfant est encore petit et que la mère au foyer ne peut guère sortir, il est difficile pour elle de ne pas avoir de « terrain de repli » où se changer les idées et se reposer du travail quotidien.

Cet essai soutient que les femmes qui choisissent d’arrêter leur activité professionnelle pour se consacrer à leurs enfants devraient être davantage respectées dans leur choix. Si celui-ci inclut des sacrifices (personnels et financiers), c’est pour le bien des jeunes et de la société entière. Un ouvrage intéressant et iconoclaste.

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Marie-Pascale Delplancq-Nobécourt, Oser être mère au foyer, Albin Michel, 2001

 

27 septembre 2011

Dostoïevski, quitte ou double

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Psychologie, Roman

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Depuis Romulus et Rémus, la figure du double ne cesse de hanter la littérature. Le premier homme veut toujours éliminer le second – logique. Avec Le Double en 1846, Dostoïevski signe son second roman, bien avant Crime et châtiment, Les Frères Karamazov et autres plaisants récits, pleins de douce légèreté.

Monsieur Goliadkine est un modeste fonctionnaire pétersbourgeois. C’est un anti-héros, toujours en échec, essayant vainement d’aller de l’avant, pour courir droit au mur. Il balbutie, il est balloté par des vents contraires. Un jour, il rencontre rien moins qu’un autre Monsieur Goliadkine (-cadet), son sosie, qui le suit, vient habiter chez lui, prendre sa place au bureau, et agir de manière plus déshonorante. La réputation de « notre héros » – comme le nomme le narrateur – est peu à peu détruite.

L’(anti-)héros est de plus en plus isolé, oublié et malheureux – similitude avec le roman Hors champ (2009) de Sylvie Germain, avec cette disparition progressive, cette marginalisation, solitude radicale au milieu de la société. Mais le lecteur, qui suit les pensées tumultueuses de Goliadkine, se sent aussi perdu que lui : quelle est cette Allemande ? Le sosie existe-t-il vraiment ? Pourquoi les proches de Goliadkine ne sont-ils pas gênés par la présence du double ? Le héros nie « l’affaire » à chaque instant, éperdu.

Cette confusion des sentiments épouse et déforme le langage, avec toute une série de petits mots inutiles, presque phatiques, ce langage cabossé, haché, répétitif jusqu’au délire : « Bon, c’est bien… mais si, l’autre… Mais, eux, l’autre, ils… ils confondaient ! Allez savoir, avec lui ! Ah non, mais Seigneur Dieu ! … Il va vous le substituer, le bonhomme, il va vous le substituer, canaille – comme une serpillère, il va vous le substituer, et il ne se dira pas, lui, que, l’homme, ce n’est pas une serpillière. » Heureusement, le comique de répétition et celui de la situation rompt le rythme infernal, atténue la tragédie. Remarqué.

 

Fédor Dostoïevski, Le Double, traduction d’André Marcowicz, Coll. Babel, Actes Sud

 

5 septembre 2011

Si, l’amour rend lucide

Publié par carnetsdimelda dans Citations, Psychologie

Malgré les litres d’encre qu’on a pu écrire sur l’amour et ses mirages (merci Stendhal, Girard, et tous nos psychanalystes bien-aimés), il est intéressant de lire ce propos convaincant de Louis Evely (1910-1985), écrivain belge :

« L’amour est lucide, il voit ce que les autres ne voient pas, il voit les possibilités de quelqu’un. Vous avez probablement eu l’expérience dans votre famille : lorsque le frère ou la soeur se fiance, et qu’on voit l’admiration éperdue du fiancé ou de la fiancée, eh bien on se dit : « Ah ! il ne la connaît pas, il ne mettra pas longtemps à se réveiller ! Nous, on la connaît, hein, on connaît son sale caractère ! » Ça, c’est croire qu’on connaît quelqu’un. On le constate.

Mais le fiancé ou la fiancée, il recrée l’être aimé, il le transforme, il l’appelle, il le découvre, il l’invente ! C’est un émerveillement… L’amour véritable est lucidité totale. Il tient compte de cette dimension en l’autre qu’on n’aura jamais fini d’épuiser, et à laquelle on s’adressera infiniment pour qu’il puisse grandir et vivre. »

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4 juillet 2011

« Une si douce fureur », confidences paradoxales

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Psychologie, Roman

« Parfois, je me prends à imaginer que Valentine n’a pas existé, que son épaisseur pelliculaire, entre la présence et l’absence, ne fut qu’un songe, une création que mon esprit aurait conçue à partir de morceaux de vie passée, de fantasmes, d’un jeu de miroirs projetant mes désirs les plus enfouis. Un roman. Un roman blond et bleu. » En quelques mots extraits de la fin de l’ouvrage, Christian Authier, écrivain quadragénaire contemporain, résume la relation que le narrateur a partagée avec une fragile jeune femme aux yeux bleus.

Authier parle avec délicatesse de la passion amoureuse, à travers cette histoire si banale qu’on s’ennuierait presque. Ce sont des touches, des souvenirs, des photos, des chuchotements. Il réussit, surtout dans la seconde moitié de ce court roman, à montrer l’extrême singularité de leur relation, esquissée autour de verres dans des bars ou de discussions atypiques. Le temps passé lui donne la lucidité : « Moi qui me voyais en Prince charmant sauvant Cendrillon des marâtres, je n’avais été qu’un passant. » On sent la culpabilité sourdre de ces lignes où il tente de « renouer les liens ». Trop épris, il n’avait pas vu venir la rupture : « Moi qui faisais profession d’observer les faits et les êtres, j’ai raté les signes. Ma focale trop rapprochée m’empêchait de percevoir les détails. »

Si cet amour a duré quelques mois, il l’a extrêmement marqué : « Il est de certains être comme de certains pays, on n’en revient pas. Longtemps après les avoir quittés, leurs paysages et leur langue nous habitent encore. » Christian Authier, qui dans son roman paru en 2008, Une Belle époque, décline la nostalgie de sa jeunesse politique, garde ce ton intimiste et cette langue sobre et élégante qui comble le lecteur.

Christian Authier, Une si douce fureur, Stock, 2006

 

5 avril 2011

Etre parent : répéter et se soucier

Publié par carnetsdimelda dans Petites reflexions, Psychologie

Dans l’éducation des enfants s’observent des constantes. Dans le fait d’être parent aussi. Même si je ne le suis pas (encore), j’ai cru observer certains de ces invariants. Deux d’entre eux notamment.

Etre parent, c’est redire. Dire « Viens prendre le bain », mais aussi le redire une, deux, trois, quatre, dix fois. On passe à table, fais tes devoirs, range ta chambre. Et avant d’aller chez des amis : « Soyez polis et pas gloutons »… Etre parent, c’est non seulement donner des ordres (faire régner l’ordre, remettre en ordre) pour le bien de l’enfant, son confort et son développement intellectuel ; mais aussi les redire. Accepter de n’être pas obéi la première fois ; ou plutôt de persévérer jusqu’à ce que l’enfant consente, de gré ou de force. Accepter de répéter, parce que la répétition est la meilleure forme pour retenir. Accepter d’être perçu pour autoritaire alors que l’autorité n’est qu’un moyen. Accepter l’aspect fastidieux et pénible, – voire humiliant dans sa caricature - de la répétition, pour qu’un jour l’enfant intègre le repère donné et le fasse définitivement sien.

Rien de très gai, me direz-vous. Eh bien, dans la deuxième constante évoquée, l’inquiétude pour les enfants, il n’y rien de vraiment joyeux non plus. Etre parent, s’est s’inquiéter que l’enfant ne fasse pas de mort subite du nourrisson, ne se noie pas dans la piscine, ne traverse pas la rue en courant. Qu’il ne soit pas inquiété par ses camarades, que son voyage se passe bien, et surtout qu’il ne rentre pas trop tard à la maison, qu’il n’ait pas été kidnappé. Sentiment pesant et angoissant que l’inquiétude. Elle mord l’estomac, alors qu’on doit sourire aux autres. Et pourtant, quoi de plus beau dans l’ordre de l’amour que de cesser de vivre quand le fils qu’on aime n’est pas assuré de vivre – au moins dans l’esprit parental ?

Ces deux exemples montrent bien, il me semble, combien l’amour n’exclut pas une forme de souffrance. Non pas but en soi, mais biais nécessaire dans notre contingence humaine et fragile. Et cela est une sagesse plus grande que tout angélisme. Sans compter le bonheur qu’apporte la singularité de l’enfant et la joie de le voir grandir, dépassant le reste.

PS : Comme toujours, j’attends avec impatience vos commentaires, remarques et contestations…

Etre parent : répéter et se soucier dans Petites reflexions yoga-bebe-maman

 

 

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