Les Carnets d'Imelda

7 décembre 2011

Chapôs, le style

Publié par carnetsdimelda dans Journalisme, Mots, Petits ecrits imeldiens

Chapôs, le style dans Journalisme chapeau%20mode

Le « chapeau » (ou chapô) précède un article de presse, et le résume. Plusieurs sortes de couvre-chefs existent.

Le casque d’abord, de vinking ou de pompier. C’est le chapeau conquérant, glorieux, salvateur. Il annonce les déclarations de guerre, les réformes économiques, les sommets du G8. Coup d’éclat ou dernière chance, c’est l’honneur qui scande les mots, claquants, ronflants. Les phrases nominales sont légion. Le panache ne se cache pas.

Il y a le chapeau melon, un rien bourgeois ou suranné. C’est celui des marronniers, ces sujets qui reviennent régulièrement. Les colonies de vacances, la rentrée des classes, les cadeaux de Noël. Il est rond, docile, sans prestige. Il répète le « comme chaque année », sans s’en offenser.

Certains chapôs sont des feutres, sombres et élégants. Le revolver n’est pas loin, la traque policière non plus. Les mots de « garde à vue » et d’ »enquête » continuent se susciter l’intérêt.

Il y a la coiffe bigoudène, Bretagne traditionnelle et triomphante. Sa dentelle fleure sans complexe les processions et le granit. Mais la grâce des hortensias embaume toujours ces mots, régionaux jusqu’à la Breizhitude militante. La coiffe auvergnate n’a rien à lui envier.

On aperçoit parfois la chapka, bonnet russe en fourrure avec oreilles rabattables. Poutine n’est jamais loin, ses neiges et la glace de son regard post-FSB. Gazprom, Medvedev ou Anna Politovskia hantent ses phrases.

Il y a la mitre, celle de l’évêque. Le chapô retrace les voyages du pape, les polémiques, les phénomènes. Elle garde le mythe de la puissance indéboulonnable alors que les catholiques ne sont plus qu’une minorité.

La kippa, ou le kieffieh posent leurs revendications propres, leur héritage, leur diplomatie complexe. Fini le parfum exotique, seul demeure la mondialisation, les migrations, les cultures.

Certains chapôs sont des perruques. Ils trompent ou montrent la tromperie, les révélations, les flatteries et l’obséquiosité, la démagogie. Les clichés abondent.

Ici, un sombrero. Ce chapô incarne l’hispanité solaire, la castagnette que la crise va bientôt phagocyter.

Là, le képi militaire, l’Afghanistan discuté, les Opex, les attaques, les défilés, le 11-novembre, le budget Défense. Ses mots claquent comme des ordres, on dirait.

Enfin le casque-antibruit, celui du citoyen qui en a assez d’entendre le flot-flux d’informations envahir sa vue, sa vie. A chacun son résumé, son chapeau.

23 juillet 2011

Dictionnaire amoureux de l’hypokhâgne

Publié par carnetsdimelda dans Humour, Impressions, Petits ecrits imeldiens

Si vous avez aimé les Billets de la khâgneuse (voir colonne de gauche de ce blog), vous apprécierez sans doute le Dictionnaire amoureux de l’hypokhâgne (ci-dessous) que j’avais écrit à la fin de ma première année de prépa, il y a deux ans. A relire ces notes, c’est un monde désormais révolu qui s’offre à ma lecture. Je rentre en effet en septembre au Celsa, école de journalisme de la Sorbonne. Autre ambiance, qui ne me fera pas oublier ma dette envers la prépa ! Heureusement, d’autres perpétuent la tradition. Bonne découverte de ce monde particulier !

 Dictionnaire amoureux de l'hypokhâgne dans Humour 1712083

Ci-dessus, en langage hypokhâgneux = l’eldorado.

Reprenant le nom de l’excellente collection des « Dictionnaires amoureux » de chez Plon, en voici un beaucoup plus bref. Il reprend quelques pétales tombés de la pâle fleur de notre vie en hypokhâgne. Tout amoureux étant subjectif, ces pages le seront d’autant plus, que j’ai principalement interrogé le spécimen d’hypokhâgneux que je connais le plus, à savoir mon humble personne. Il ne s’agit donc pas, comme vous le pensiez sans aucun doute, d’une manifestation d’un narcissisme égocentrique et nombriliste démesuré. Sur le mode humoristique, ironique voire – ô horreur ! – cynique, vous découvrirez le mystérieux pays qui prépare les élites* françaises !

PS : Pour les noms suivis d’une étoile, se reporter à l’article homonyme. Quant au sigle [PJ], il fait référence à la très en vogue expression « private joke », (blague privée, connue de quelques-uns seulement), également connue sous le nom de « trip ». Ces micro-anecdotes humoristiques ont l’avantage de symboliser de manière particulièrement heureuse nos petits plaisirs hypokhâgneux. Triste paradoxe de l’affaire : ce ne seront plus des private jokes… Par ailleurs, étant à l’internat de ma prépa, j’inclus cet honorable privilège dans l’évocation de la prépa.

Écrit en mai 2009.

Amis

Heureux hasard que ce mot inaugure une liste de calamités. Les amis ? Précieux. Irremplaçables. Ceux qui partagent la même galère que nous bien sûr, avec qui on révise le vocabulaire latin au petit-déjeuner et on va contempler les ifs du parc du château entre deux épreuves de concours blanc, mais aussi devant qui on craque les soirs de cafard, et qui trouvent les bons mots pour nous réconforter. Il y a aussi ceux de l’extérieur, les amis pour qui on est pas toujours là, et qui nous aiment quand même. Ceux avec qui on prend un peu de recul, quand on se rend compte qu’en médecine ou en prépa scientifique, ils en bavent encore plus. Ceux qui sont en fac et surtout ceux qui n’ont pas cours depuis deux mois pour cause de grève… Et devant lesquels on saisit également notre chance de travailler. Sans vouloir plagier Bernanos : un ami, rien qu’un ami, c’est aussi précieux qu’une vie. Plus encore ; car la prépa, ce n’est pas une vie…

Antanaclase

Avec l’anacoluthe, la parataxe, l’hypotypose et l’homéotéleute, elle figure dans l’olympe des sublimes figures de style qui émaillent joyeusement nos cours de littérature ou de langues. Le plus triste, c’est qu’à la fin de l’année nous les mélangeons encore. Au moins, retenons celle-ci : l’antanaclase repose sur la répétition d’un mot en jouant sur sa polysémie : « Les étudiants c’est comme le linge, quand il fait beau ça sèche. » Cette antanaclase était elliptique.

(Lire la suite…)

5 mars 2011

Eloge de la littérature

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Mots, Petits ecrits imeldiens

Voici deux extraits d’un roman que j’écris depuis un an et demi, bien que j’en sois à peine au tiers… Notons qu’il s’agit plutôt d’excursus que du corps de l’ouvrage.

[Ce livre-]ci, elle l’avait acheté et non emprunté en bibliothèque. Avec sa couverture non encore écornée par les lectures ouvertes, les pages tournées, les positions renversées sur un fauteuil, il avait cette odeur de papier, cette orthogonalité des pages et des lignes qui en faisait un objet précieux, prêt à délivrer mille promesses. Elle se souvint non de ses lectures d’enfants sous la couette ou dans un hamac, mais de celles de sa première année de lettres à la fac, tard, dans ses draps semés de marguerites, les veilles de partiels. Il y avait cette étrange émotion de vivre au creux de la nuit, d’entendre des bruits suspects qu’endormie elle n’aurait pas ouï, d’éprouver un moment privilégié. Loi privée qui donnait à elle seule le droit d’être éveillée dans le grand appartement, au corps à corps avec ces pages secrètes.

 

Eloge de la littérature dans Litterature auteurs7

Après avoir lu un roman de Jane Austen :

C’est ainsi qu’elle retrouva le bureau tapissé d’affiches de film, les yeux perdus dans les allées de parcs anglais, leurs fières statues et leurs étangs limpides, dans ces innombrables bals où tout était jeu de regards et de répliques, de présence et d’absents. Les mots ! Mots de colère, mots de joie. La magie du verbe plongeait Clarisse dans une sorte d’océan infiniment agréable, aussi doux qu’une promenade un matin d’été scintillant de rosée. Le ballet des sons, des syllabes âpres, une formule lancée au bon moment, les phrases qui arrachent des larmes et celles qui font mal ou font rire. Un jeu éternel et renouvelé. Aussi un livre, avec sa tranche épaisse et ses fines pages couvertes d’écriture, était-il un trésor. Pas tous. Mais ceux de Jane Austen fai­saient partie de ceux que l’on achèterait, et que l’on dégusterait, page après page. Comme ceux de Saint-Exupéry. De Claudel. Ou de tout écrivain qui a su faire couler au fil de sa plume un peu de son hu­manité.

 

13 décembre 2010

Pastiche de Montesquieu – « Lettres imeldiennes »

Publié par carnetsdimelda dans Humour, Litterature, Petits ecrits imeldiens

D’Imelda à Blogo

            Je vis hier une chose assez singulière, quoiqu’elle se passe tous les jours à Paris.

        Dans les rues, les hommes et les femmes parlent dans une petite machine noire qu’ils portent à leur oreille. On dirait parfois qu’ils discourent seuls ; ils appellent cela « dans une oreillette ». Ici, un homme fait mille reproches à une personne invisible. Là, une femme parle très fort du prochain souper composé de poisson et de fenouil, choses de première importance. Dans le métropolitain, on est brusquement réveillé par une sonnerie stridente. Qui pourrait le croire ? Sur le quai d’une gare, on voit deux individus crier l’un à l’autre « Je suis là » dans leur « téléphone portable » (c’est ainsi que l’on nomme la singulière machine), alors qu’ils s’aperçoivent déjà.

        Quand ils se trouvent à court d’occupation, les hommes de Paris sortent le petit objet de leur poche et appuient sur les touches. Certains disent qu’il a fait baisser la prise de tabac : on a changé de moyen de se donner une contenance. Me croirais-tu si je te disais que j’aperçois parfois un attroupement, dans lequel nul ne parle à son voisin, mais communique avec d’autres personnes invisibles ? Je ne suis peut-être pas loin de la vérité si je dis qu’en une journée entière, ils parlent plus avec leur téléphone qu’avec leurs voisins. J’ai même lu dans une gazette que les hommes souffrent plus de se séparer de leur téléphone que de leurs parents et relations. Ils consacrent pour lui des sommes vertigineuses. D’autant qu’apparaît chaque jour un modèle nouveau, plus parfait que celui de la veille. Avec cette machine, on peut prendre des images, écouter des motets, capturer des conversations. J’attends avec impatience le jour où il fournira le déjeuner. Quant aux petits enfants, on fabrique tout exprès pour eux de ces machines, avec deux boutons seulement. J’ignore toute l’opprobre qui peut déferler sur l’individu qui ne possède pas l’un de ces petits objets. S’il est roué de coups, le châtiment sera encore trop magnanime.

De Paris, le 13 de la lune de Décembre.

 

10 juin 2010

Aux portes du temps

Publié par carnetsdimelda dans Petits ecrits imeldiens

L’ombre de l’entrée jouait avec la clarté du petit jardin vert envahi de lierre, d’iris sauvages, de papillons blancs et d’un grand noisetier. La négligence discrète entretenue par cette végétation avait un charme abolissant le présent, mettant en évidence le flou du temps, la vague qui avait emporté toute pelouse tondue sur son passage. Le mur de brique pâli entourait une porte basse et vitrée. Sitôt pénétré dans la pièce, une odeur de fruits mûrs, de lavande et de poussière frappait les narines décontenancées. La vaisselle de faïence ça et là ébréchée apparaissait à travers le buffet haut, à peine éclipsée par le linge brodé plié en piles.

Les volets poussés, une lumière saupoudrée de nuages de poussière tombait sur le parquet aux lattes disjointes. La vieille bibliothèque croulait sous des rangées de livres : certaines pages se détachaient de leur brochure en fil, d’autres continuaient à étaler distinctement leurs lettres, petites filles d’oeuvres de Shakespeare ou d’un illustre inconnu de la troisième République.

L’un de ces volumes était rempli de contes insolites. Une fillette y visitait une comtesse fleurie de dentelles qui lui racontait des histoires tirées du Moyen-Age. Là, fées et châtelaines ne manquaient pas de lire l’épopée homérique, où face à un Ulysse mouillé, l’aède ne cessait de revenir à des temps anciens, si anciens.

10-VI-2010

17 mars 2010

Contre Epinalos

Publié par carnetsdimelda dans Impressions, Petits ecrits imeldiens

Une bâtisse baroque s’assombrissait par touches, comme si une mantille se posait lentement sur ses pinacles sculptés. Un parfum d’eucalyptus se distillait le long des murets où le granit se disputait à l’argile. Rien n’était pauvre ou riche, gai ou triste, mais une étrange et exaltée conjonction des deux se dessinait aussi imperceptible que vive.
Point de robe rouge ni de guitare, seuls des gens vivant paisibles et soucieux, loin des clichés, proches du temps. Les portes des maisons aux rues étroites s’ouvraient et se fermaient. Un bus passa. L’éphémère touchait à l’éternel, sans se réduire aux contours géographiques, à la péninsule multiséculaire, aux cartes postales folkloriques. « Le lyrisme de la tradition se mêlait indistinctement à la post-modernité. »
Mélange espagnol où le claquement des castagnettes accompagnait de plus en plus discrets des éveils, sous un éblouissant soleil.

17-III-2010

2 février 2010

Microcosmes

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Petits ecrits imeldiens

Un espace pas plus grand qu’un doigt de couturière, pas plus fin que son aiguille, pas plus doux que la piqûre dans l’étoffe, pas plus beau que ce fer sur ce velours.
Dans les infimes fils s’irisaient mille reflets en pointillés, diaprures anciennes, nouveaux scintillements. Mille mondes y vivaient et y mouraient, éphémères existences dans l’infini de l’instant.
Vertigineux microcosmes où les grandes idées reculaient dans leur brume, où la compréhension du monde se glissait dans un champ d’investigation plus étroit et plus dilaté.
La jeune fille, peut-être une adolescente, ourlait une robe dans le refoncement de la fenêtre. Des caresses lumineuses coloraient les détails de son visage, ménageant des zones d’ombre, soulignant l’arrondi de ses pommettes et l’ombre de ses cils.
Ses doigts, aussi effilés que ceux dont on peut rêver, palpitaient délicatement ; son poignet étroit sortait d’une manche boutonnée jusqu’au coude, comme un rang de spectateurs. Le ballet de ses mains se développait alentour, régulier dans son mouvement, inopiné dans sa spontanéité. Comme ceux d’un pianiste, ses doigts révélaient une pluie musicale étrange, une gamme inhabituelle, variant indéfiniment, presque tendrement, comme ce contact velouté au monde minuscule qu’elle éveillait.

2-II-2010

Une amie s’est amusée à faire un commentaire de ce petit texte que j’ai écrit. Le pire, c’est que cela se tenait. Je proposerais pour ma part ce commentaire en trois parties :
I. Un tableau paradoxal de l’espace (le petit est infini)
II. Un éloge de l’art (dimension picturale, clair-obscur, références à Vermeer et à Flaubert, dimension musicale…)
III. Un texte faussement littéraire : la littérature, c’est du pipô.

Conclusion : Qu’est-ce que la littérature ? Si l’on peut définir des caractéristiques littéraires à un texte qu’on a écrit au fil de la plume et sans peser chaque mot, comment y croire ?
Bien sûr, le débat est plus complexe, notamment avec, grossièrement, deux écoles : le texte est-il soumis à l’intention de l’auteur et l’interprétation du lecteur ? Un peu des deux sans doute. Equilibre à trouver, à ajuster.

28 janvier 2010

Pourpre

Publié par carnetsdimelda dans Petits ecrits imeldiens

Tropisme imeldien (Pastiche « revisité » de Sarraute)

Un fil s’étirait le long de son corps, vision hallucinée. Les poètes se pressaient dans sa tête, ces voyants, ces fous, ces pleurants heureux de mettre des mots sur leur douleur aigüe, comme une lame invisible qui trace les contours de la plaie sans même les toucher.
A ces maîtres de leur plume et non de leur vie se mêlaient indistinctement les images, les topoï, les fleurs, les roses bonbon, les photos perpétuelles, le figé, le conforme, l’idée. Elles se glissaient insidieusement, entre les poètes souffrants, menaçant sans cesse leur singularité, pleines de séduction avec leurs sourires fats, leurs airs d’une vanité béate, la mort qui les attendait et s’apprêtait à les défigurer.
Elles allaient imploser de leur vacuité même, de leur vieillesse croulante, comme une courtisane agée, comme un objet usé jusqu’à la corde.
Et pourtant parmi elles subsistait un vieux mot, le plus éculé, le plus déformé, le plus vaste, le plus précieux, le mot amour. Cependant, ces lettres brillaient d’un éclat particulier, comme si un souffle revisitait les pauvres amours humaines, comme si le plus grand des topoï ne correspondait pas, comme tous ses frères peut-être, à une vérité originelle et originale, et celle-ci trouvait son souffle en l’Origine même.

26-I-2010

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