Les Carnets d'Imelda

10 décembre 2010

Savoir se déconnecter

Publié par carnetsdimelda dans Petites reflexions, Psychologie, Toile

Controversé, le « réseau social » Facebook a investi jusque l’actualité médiatique. Rarement pour annoncer ce bonnes nouvelles ! Ainsi il y a quelques jours, Le Figaro a annoncé qu’ « un internaute, qui a créé un compte au nom de l’humoriste Omar Sy, devra payer 1500 euros pour atteinte à la vie privée et violation du droit à l’image. »

Reposons la question : faut-il être sur Facebook ? Ou encore : faut-il quitter Facebook ? Ou plutôt : comment utiliser intelligemment Facebook ?

Il est certain que Facebook reste un monde virtuel avec les limites que cela implique. Les raisons pour le quitter sont nombreuses :

Savoir se déconnecter dans Petites reflexions facebook

1) Comme il offre toujours de nouvelles informations, il provoque une dépendance facile, et il est difficile de s’en déconnecter. Beaucoup disent songer à quitter Facebook parce qu’ils y perdent beaucoup de temps, alors qu’ils auraient pu passer ces heures à avancer leur travail, à rendre service, ou même à voir dans le réel les personnes avec qui ils sont « en contact »!

En effet, sur Facebook, les photos, paroles et messages concentrent en un lieu des années d’espace et de temps. L’internaute fait ce qu’il veut, mais il est paradoxalement enchaîné. Alain Finkielkraut explique très bien cette dynamique en évoquant Internet. L’aliénation provoquée par Facebook vient de ce qu’il appelle la « fatale liberté » engendrée par Internet. « Livré à la satisfaction immédiate de ses envies ou de ses impatiences, prisonnier du zéro délai, l’homme à la télécommande n’est pas condamné à être libre, il est condamné à lui-même par sa fatale liberté. » (1)

2) Le monde qui s’y offre est déformé : les amis ne montrent que ce qu’ils souhaitent, et les « informations personnelles » réduisent certains à leurs »films préférés » et autres caractéristiques de détail. Facebook peut également susciter un certain narcisssime, grâce à des « photos de profil » choisies, une identité que l’on construit artificiellement.

3) Le monde est non seulement déformé mais peut susciter un certain voyeurisme : les message que vous écrivez sur le « mur » de vos amis, votre camarade de primaire qui figure dans vos contacts s’en serait passé ! certes on peut régler « qui voit quoi », mais qui le fait ? Il en est de même pour les photos de vos enfants (qui seront peut-être mécontents de savoir qu’ils sont sur Internet depuis leurs moins six mois) ou les détails de votre vie affective. Facebook peut développer une curiosité un peu malsaine. A un niveau social, votre employeur, si vous ne réglez pas vos « paramètres de confidentialité », pourra apprendre des choses de votre vie privée.

4) Facebook est un espace assez superficiel, qui permet rarement des échanges sur des sujets profonds et complexes, que ce soit par « chat en ligne » ou « commentaires de statut ». Sauf éventuellement sur des sujets d’actualité ; mais la taille maximale du « commentaire » empêche des analyses poussées.

5)  « Facebook favorise le sentiment d’être intégré socialement, constate Fanny Georges, chercheuse au CNRS. L’idée est d’être toujours en lien avec autrui, même hors connexion ».  Il permet à certaines personnes, plus fragiles, de combler un artificiellement un vide intérieur. Il peut leur donner le sentiment d’exister socialement, à la mesure du nombre de commentaires ajoutés au « statut ».

6) Vos vrais amis restent les mêmes, sur Facebook ou non !

7) Il faut compter également les publicités (comme enjeux financiers ), le fichage des données (car ce qui est écrit sur Facebook devient la propriété de Facebook), les jeux stupides sur Facebook… Autant d’inconvénients.

Alors ? Faut-il quitter Facebook ? Quelques raisons de ne pas le faire :

1) Il permet d’avoir des nouvelles de personnes à qui on écrirait pas forcément, soit par timidité, soit parce que concrètement, les journées ne font que 24 heures et l’on ne peut contacter plus de n personnes par jour ; humainement, il faut bien choisir de développer telle ou telle amitié.

2) Facebook permet d’avoir quelques informations que l’on n’aurait pu avoir autrement : des adresses mail, des dates d’anniversaire, des événements, des petites annonces… Certains n’envoient même leurs invitations (à des pendaisons de crémaillère par exemple) uniquement par Facebook.

3) Facebook est devenu un phénomène social, intéressant pour qui souhaite étudier la société de manière un peu critique. Les groupes qui se créent (soutien à tel ou tel par exemple) et les sujets qu’on y rencontre sont un reflet, déformé certes, de la France en 2010.

4) Et puis c’est gratuit, contrairement aux formules téléphoniques…

Mais qu’importe ! Vous l’avez constaté, il y a plus d’inconvénients que d’avantages à rester sur Facebook.

On peut alors se demander si l’on arrive à se déconnecter assez facilement du site. Pour cela, il faut savoir que plus on « intervient » sur Facebook, en postant des statuts et des commentaires, plus on est amené à y aller, pour voir quelles réactions ils ont suscité… Mais si l’on arrive à ne pas devenir dépendant (ce qui est difficile !), il est possible de rester sur Facebook en profitant des avantages qu’il présente. Sinon, il vaut mieux se désinscrire. Et voir ses amis « en vrai », discuter, sortir, et faire partager une information ou une découverte personnelle non pas à « tous vos contacts » mais à un ami auquel vous enverrez un petit mail. Il se sentira plus aimé que s’il prend connaissance de la chose en même temps que tous, anonymement.

En conclusion, on peut penser à Paul Soriano qui imagine un monde où le réseau prime totalement et où les hommes hyper-évolués « s’engagent à décourager les comportements antisociaux requérant une forme quelconque d’isolement individuel (méditation, prière, lecture…) ou collectif (salon, concert, théâtre, messe). » (1)

Vous avez donc le contre-exemple… à suivre !

(1) Internet, l’inquiétante extase, textes de conférences d’Alain Finkielkraut et Paul Soriano, tenues en 2001.

 

3 décembre 2010

Internet : le parricide de l’auteur ?

Publié par carnetsdimelda dans Mots, Petites reflexions, Toile

Et autres élucubrations à propos la Toile où nous sommes empêtrés.

Réflexion intéressante sur le concept Internet dans Internet, l’inquiétante extase d’Alain Finkielkraut et Paul Soriano ; il s’agit d’une conférence-débat organisé en 2001 (il y a déjà dix ans donc) par la Fondation du 2 mars.

Finkilekraut cite l’extrait du livre Marchands et citoyens, la guerre de l’internet de la journaliste Mona Chollet : « [Sur Internet], l’auteur ne disparaît pas ; bien sûr, en revanche, il quitte son piédestal sur lequel la prédominance des supports statistiques – livres, disques – avait permis qu’on le place. Son propos peut être en permanence modifié, complété, voire, s’il ne s’agit pas de fiction, contesté, réfuté (…). La recombinaison permanente met en évidence la relativité et la précarité de tout savoir. Sur l’Internet, l’auteur se rapproche du simple quidam, et le simple quidam se rapproche de l’auteur. »

Internet : le parricide de l'auteur ?  dans Mots internet

Un peu avant, déclare Alain Finkielkraut : « Nul besoin d’Internet pour lire. [Mais] on a besoin d’Internet pour mettre les mots en mouvement, pour les faire voler, pour en finir avec le scripta manent ! On a besoin d’Internet pour passer de l’auteur et des égards qu’on lui doit, à la communication exubérante et au droit d’être auteur désormais reconnu à chacun. On a besoin d’Internet pour dissoudre toute sacralité, toute altérité, toute transcendance dans l’information et dans l’interaction. On a besoin d’Internet pour passer de l’oeuvre à ce qu’on appelait, avec une subversive majuscule, dans les années soixante-dix, le Texte. (…) Dans le monde de l’oeuvre, le lecteur a des comptes à rendre, dans le monde du Texte, le lecteur joue. (…) L’oeuvre oblige, le Texte est à disposition. »

C’est à cause de cet arbitraire de l’interprétation que Socrate avait privilégié la transmission orale. Son disciple Platon a exprimé dans Phèdre son inquiétude sur les textes soumis aux interprétations éloignées du sens voulu par l’auteur, de façon singulière.

Au-delà de ces questions de théorie esthétique et littéraire, soulignons surtout qu’Internet, en posant un écran entre les individus, réduit considérablement leur connaissance de l’autre, en tant que personne incarnée. Si son versant positif est sa dimension communicative, Internet empêche souvent des échanges qui auraient pu avoir lieu dans le réel. Préférez-vous un vrai débat autour d’un verre ou des clics sur un forum de discussion ? Un dialogue sur un canapé ou un tchatt sur Facebook ? Vous me direz que vos proches sont (paradoxalement) parfois loin, et que vous ne pourriez les voir aussi souvent si vous n’aviez pas Internet. Mais si vous n’aviez pas d’ordinateur, n’auriez-vous pas plus de temps pour aller les voir ? De plus, d’autres peut-être tout proches (votre voisin de palier, de banc de fac ou de bureau) auraient peut-être des discussions potentielles aussi passionnantes, ou simplement sincères ; mais le media vous projette dans des directions différentes.  

Des échanges incarnés sont plus vrais, puisqu’ils se font généralement entre deux personnes qui se connaissent, et seront donc plus à même de comprendre le propos de l’autre, évitant cette dérive dans l’interprétation. Si même dans le dialogue incarné, « entre ce que je veux dire, ce que tu veux comprendre, ce que je crois dire, etc. », la communcation est difficile, qu’en est-il sur Facebook, où l’on ne peut connaître les réactions et les pensées des autres que par d’uniformes « smileys » ? Symboles d’ailleurs appauvrissants et annulant la singularité de la personne dont le sourire n’est pas ceci « :-) » mais un mouvement irreproductible et idiosyncrasique.

Je ne nie pas que Facebook présente certains avantages. Un prochain billet vous fera part de quelques réflexions à cet endroit. D’ici là, passons moins de temps sur le net et plus autour des tables !

 

15 novembre 2010

Quand peut-on être père ?

Publié par carnetsdimelda dans Petites reflexions, Philosophie

Voilà ma plus récente réflexion, après un silence sur ce blog dont je m’excuse. Il s’agit ici de s’interroger sur les âges de la vie. On m’a dit récemment que lorsque OEdipe répond à l’énigme du Sphinx – « Qu’est-ce qui marche à quatre pattes le matin, à deux le midi et à trois le soir ? » – par : « c’est l’Homme qui au matin de sa vie se déplace à quatre pattes, qui au midi de sa vie marche avec ses deux jambes et qui au soir de sa vie s’aide d’une canne, marchant ainsi sur trois pattes », montrant la permanence de l’homme, OEdipe abolit en même temps le processus d’éducation. En effet, celui-ci permet seul de montrer qu’il y a deux temps dans la vie (sinon trois) : celui où l’on apprend, puis celui où l’on transmet - en continuant à apprendre ! L’homme a besoin de recevoir d’abord une formation (morale, intellectuelle, manuelle, théorique comme pratique !), et c’est cette étape que l’on tend à oublier, comme si l’enfant savait déjà ou devait inventer sa propre formation. C’est en partie l’idéologie des méthodes pédagogiques modernes - mais ceci est un autre vaste sujet.

Selon la tradition juive, la maturité est à quarante ans : ainsi Moïse quitte l’Egypte à 40 ans, reste 40 ans dans le pays de Madian, et vivra encore 40 ans. Aujourd’hui l’on vit plutôt 80 ans que 120 ans, me direz-vous. Ce chiffre symbolique nous mène cependant vers l’idée suivante : on est fils pendant quarante ans, puis père pendant quarante ans. (Pour une mère, cela fait un peu tard pour avoir des enfants d’ailleurs…). Au-delà du chiffre, il y a deux enseignements à retirer :

Quand peut-on être père ? dans Petites reflexions recherche-de-paternite-papa-fille

- Ne pas être père trop tôt. Il semble y avoir une contradiction entre le fait de recevoir une formation, et celui d’apprendre à penser par soi-même, critère de maturité. Il ne s’agit certes pas ici d’avoir une tête bien pleine d’une somme de savoir philosophique, littéraire et pratique par exemple. Mais une tête bien faite, avec des outils de raisonnement, des références culturelles et des repères éthiques. Alors seulement l’homme pourra montrer à son fils non seulement les étoiles dans le ciel, mais la raison pour laquelle taper son petit frère apporte plus de mal que le bien qu’il ressent aux dépens d’autrui.

- Ne pas être père trop tard. Certains diront que c’est le fait de notre époque d’avoir des enfants tard. Peut-être plus tard qu’au siècle dernier en effet, mais pas plus que sous la République romaine, où, si je ne m’abuse, l’adulescentia allait de 18 à 30 ans. La juvenis, où l’homme participait pleinement à la vie de la cité et fondait une famille, avec une femme d’ailleurs beaucoup plus jeune, allait de 30 à 46 ans. Quoiqu’il en soit, l’homme du XXIe siècle peut avoir tendance, avec la possibilité de longues études, l’importance donnée à la réussite professionnelle ou encore l’influence de l’individualisme (ou de l’égoïsme intemporel, soyons francs), à être père plus tard. Il peut songer à son développement personnel sans songer à transmettre. Ce qui peut-être au soir de sa vie, lui donnera l’impression d’avoir appris en vain, ou encore, s’il a pu donner dans sa profession, manqué quelque chose de plus intime à lui-même que lui-même, l’expérience de la paternité.

Cet équilibre de l’âge de la paternité (pas trop tôt, pas trop tard) que personnellement je situerais entre 25 et 35 ans aujourd’hui, selon la singularité des personnes, permet de répondre aux objections. En effet, dira l’avocat du diable (ou pas), pourquoi faudrait-il être père si tôt ? Ou même être père tout court ? L’important n’est-il pas de s’épanouir ? Eh bien, 40 ans (ou moins ; en clair : le temps qu’il vous faut) sont disponibles pour se former et devenir un homme, ce qui est suffisant ! Ensuite seulement, lorsque vous aurez pris la nette conscience que l’on vit aussi et surtout pour donner et recevoir (avec les sacrifices que cela implique), vous pourrez devenir un bon papa gâteux devant son bout de chou et prompt à s’en occuper. Mais on touche ici à un autre sujet, qui est celui de la définition de l’amour, tout simplement.

Autre objection, qui est très juste : on a beau apprendre, être un homme responsable et avoir une tête bien faite, seule l’expérience nous enseignera à savoir changer le bébé (si si), et surtout à réagir adéquatement en situation de crise (d’autorité par exemple). D’autant que les choses étant souvent bien faites, les soucis du jeune père sont moindres que celui du père d’adolescents ou de jeunes adultes, et la difficulté grandit à mesure de la maturité du père. En effet, le savoir n’est rien à côté de la sagesse, et la vie est le meilleur enseignement. Cette idée est d’ailleurs valable pour beaucoup de thèmes, de l’ordre de : « Quand est-on adulte ? », « Quand peut-on s’engager dans le mariage ? » etc.

Voilà quelques pistes de réflexion sur une pensée de la paternité, qui reste évidemment limitée. Mais n’ayant pas été père, je ne peux me servir que d’exemples de proches, pères de 22 à 80 ans, et de quelques repères culturels. Les commentaires sont bienvenus !

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12 octobre 2010

Littérature ou journalisme ?

Publié par carnetsdimelda dans Journalisme, Litterature, Mots, Petites reflexions

Certains articles écrits par des journalistes ont été publiés sous forme de recueil littéraire. On peut penser à ceux d’Albert Londres ou d’Albert Camus. Pourtant, on ne peut pas dire que tout journalisme est littéraire. Ce serait même, semble-t-il, le contraire. Mais alors, qu’est-ce qui distingue l’écriture journalistique de l’écriture littéraire ?

C’est une question que je continue de me poser, donc ces lignes ne sont une esquisse de réflexion.

Littérature ou journalisme ? dans Journalisme livres_222

Première distinction à faire : dans le journalisme, on peut séparer l’information factuelle, de l’analyse, et de l’opinion. La presse anglo-saxonne y tient encore plus qu’en France, semble-t-il. Dans le premier cas, l’article ou la brève répond aux questions qui, quoi, quand, où, et aussi souvent comment et pourquoi. Un adverbe exprime déjà un jugement (par exemple, « souligne-il pertinemment« . Le second cas, une analyse s’ajoute aux faits, tentant de montrer les causes, les conséquences, les hypothèses d’interprétation, les points de vues variés, bref, créant des liens nouveaux. Le dernier cas est celui de l’article d’opinion, l’éditorial par exemple, où un certain jugement entre en ligne de compte, de tous les degrés entre le positif et le négatif. A priori, ce jugement est mis en relief. Sinon, s’il infiltre les faits, il empêche l’objectivité.

Voyons pour la littérature maintenant. Dans un texte littéraire, comment l’opinion et le fait se partagent-ils le texte ? Je citerai le propos de Flannery O’Connor, écrivain américain du XXe siècle, qui donne des conseils aux jeunes auteurs de romans : « Tout ça ne veut pas dire que pour écrire un récit il faut oublier ou abandonner aucune de vos opinions morales. Vos convictions sont la lumière qui vous guide, mais elles ne sont pas ce que vous voyez, elles ne vous dispensent pas de voir. (…) Notre oeil englobe, avec tout ce qu’il peut percevoir du monde, notre personnalité tout entière. Il renferme le jugement. Le jugement a sa source dans l’acte de voir, et lorsqu’il ne l’a pas, ou s’il se dissocie de la vision, une confusion s’établit dans l’esprit, qui passe dans le récit. (…) Le débutant est habité par ses pensées et ses émotions, et non par l’action dramatique, et il est trop paresseux ou trop prétentieux pour descendre au niveau concret où opère la fiction. Il croit qu’il y a d’un côté le jugement, de l’autre les impressions des sens. »

Autrement dit, le « message » que l’auteur veut éventuellement faire passer ne doit pas venir dans la bouche où les pensées d’un personnage, mais de manière beaucoup plus implicite et diffuse, de telle sorte que le lecteur doive lui-même en tirer les conséquences. Dans l’écriture littéraire, les faits évoqués et l’opinion de l’auteur sont intimement liés par le regard même de l’auteur. On peut nuancer : l’auteur n’a pas forcément de message, la littérature n’est pas de la communication ; l’auteur n’est pas la même entité que la personne qui écrit mais celle qu’on déduit de la lecture ; un roman peut exprimer différents points de vue…

Ceci nous permet de dire que l’une des distinctions entre écriture journalistique et écriture littéraire vient du fait que les faits et le jugement sont, dans la première catégorie, séparés, et dans la seconde (ainsi que dans la presse d’opinion), mêlés. Cela ne signifie pas pour autant que la presse d’opinion soit de la littérature, puisque la littérature ne se réduit pas au caractère de de vision évoqué plus haut ; elle serait même, au contraire, le résultat d’une démarche excédant cette démarche. A méditer.

27 septembre 2010

Fak

Publié par carnetsdimelda dans Actualité, Petites reflexions

Après « Les billets de la khâgneuse », ceux de la « fâkheuse » (on ne se refait pas) sont arrivés ; un nouvel onglet se trouve en haut à droite. Ils tenteront d’esquisser quelques analyses sur un monde trop connu pour être raconté, trop peu connu pour ne pas être décortiqué : celui de la fac. L’histoire enseignée à la Sorbonne sera l’occasion pour moi de continuer à vous donner quelques nouvelles intra muros.

Le premier billet n’est un prélude évoquant la vie parisienne peut-être différente de celle d’Offenbach.

Bien à vous,

Imelda.

6 juillet 2010

Choisir la qualité

Publié par carnetsdimelda dans Petites reflexions, Psychologie

Pas de lancement d’association de consommateurs aujourd’hui. Mais plutôt une ébauche de réflexion à partir de deux élucubrations récentes.

D’une part, qu’est-ce qui conditionne la richesse d’une relation humaine ? L’amour-l’échange-la joie-la confiance-le don et blablabla. Soit. What else ?

Il me semble que cette relation sera plus riche non des connaissances échangées, des sujets abordés, des cadeaux, des fleurs, des lapins en plastique (et pourquoi pas ?), d’une masse de choses plus ou moins quantifiables. Mais bien donc de la qualité d’écoute. Qu’importe si on n’est pas d’accord sur tout. Si on ne parle pas de tout. Si on n’essaie pas toutes les sorties-shopping ou visites-de-monument. Toutes les cartes-musicales. Tous-les-restaurants-de-la-ville. Tant pis si les discussions téléphoniques ne font pas exploser votre forfait. (Notons au passage que je parle de toute relation, amicale, amoureuse ou filiale.) Qu’importe ! Une vraie discussion où l’attention est entière, le sourire large, le regard attentionné, même si elle dure une minute, sera bien meilleure que mille palabres philosophiques ou scientifiques où l’intérêt est plutôt égocentré.

La richesse viendra surtout  de la qualité formelle de la relation et non de son contenu, donc.

Autre remarque, qui se rapproche de la première. On se dit parfois : « Pourquoi parler de la pluie et du beau temps ? Il est absurde de discuter du climat. Souvent on s’en fiche complètement… C’est creux. » Outre le fait que la météo est importante pour certaines professions (et pour notre moral !), la température de l’air a pour avantage de constituer une accroche dans n’importe quelle conversation, lancée au-dessus de la barrière du jardin ou en arrivant au travail. Et en cela, le mercure conditionne aussi la qualité d’une relation. La masse de nuages évoquée permet d’établir un lien entre les hommes, alors même qu’un manque d’inspiration réduirait à néant la volonté de discuter.

Alors, fini le contenu ? Ne reste plus que la forme ? Fini le fond, l’épaisseur des conversations ? Non, certes. Mais il ne semble pas superflu de rendre justice à la qualité (au sens où nous l’entendons ici), souvent réduite à des politesses de circonstance ou à des habitudes négligeables.

26 avril 2010

Ecrire, est-ce écrire sur soi ?

Publié par carnetsdimelda dans Ecrire, Litterature, Petites reflexions, Roman

L’un de mes professeurs affirme que le fait que la littérature est affaire d’imagination, est une idée reçue. On n’invente rien : on évoque. Et souvent, on évoque sa vie, de manière directe ou non.

Cette question est intéressante, et en pose d’autres : l’écriture peut-elle se passer de l’expérience de vie de l’auteur ? Cette expérience lui permet-elle au contraire de fournir des sujets ou un contenu à l’oeuvre ? Ou davantage un style, en tant que « qualité de vision » ? Ou les deux ?

Dans ce cas, quel place est laissé à l’imagination ?

Nous ne ferons pas une dissertation structurée et rhétorique, en citant Flaubert et Barthes, mais nous nous contenterons de proposer quelques éléments de réponse.

Ecrire, est-ce écrire sur soi ? dans Ecrire

Une amie qui écrit (et publie), et à qui je demandais si elle s’inspirait de personnes réelles pour composer ses personnages romanesques, me répondit que l’auteur marche sur une corde : il doit éviter de tomber dans le racontage-de-vie tout en ne basculant pas non plus dans un irréalisme décrédibilisant.

Mais pourquoi ne pas écrire sa vie ? Dans ce cas, ne composez pas un roman, mais une autobiographie.

Pourquoi faut-il est être « réaliste » ? Pas forcément, en fait. Le propre de la littérature est, je crois, d’utiliser le matériau langage comme propre à établir de nouveux liens. Par exemple, la figure de la paronomase, qui est la juxtaposition de deux mots presque semblables (rayon et raison), montre que si ces deux mots se ressemblent, les réalités qu’ils désignent le sont également : la raison est un rayon… En ce sens, la littérature est création des rapports nouveaux, donc des mondes nouveaux, où les éléments sont symboles bien plus que réalités. Même dans le roman réaliste, la casquette du Père Goriot est très symbolique (bon, je ne sais plus de quoi) : tout est donc choisi et médité en vue d’une signification qui crée des liens inédits.

Cependant, la question du « réalisme » (à distinguer du mouvement éponyme du XIXe siècle) nous éloigne quelque peu du sujet initial : écrit-on forcément sur soi ? Je ne le pense pas. On peut parler de choses que l’on ne connaît pas au départ : se documenter sur les Mayas, par exemple, et en faire un roman. Bien sûr, l’évocation sera conditionnée par nos mots et nos clichés d’Occidentaux, mais c’est aussi la limite du langage lui-même, qui évoque des réalités infiniment singulières par des mots-étiquettes (c’est ce que soulève Bergson dans Le Rire), génériques, normatifs. En ce sens, tout ce que nous pourrons écrire sera limité par l’appréhension que nous en avons. Toute oeuvre littéraire est subjective. Toutefois, l’imagination prend le relais de l’égocentrisme, pour sortir de soi. Des propos d’Alain Finkielkraut sur son livre Un coeur intelligent éclairent cette idée, qui concernent aussi bien l’auteur que le lecteur :

« Le roman pratique et met en scène l’opposition entre l’imagination et le fantasme. La langue anglaise possède deux mots pour l’imagination : fancy et imagination. Le fantasme, c’est la littérature spontanée en chacun de nous. Nous fantasmons tout le temps. Il y a les fantasmes individuels, les fantasmes collectifs, et, pour faire appel de ces fantasmes, il y a l’imagination. La littérature est du côté de l’imagination. Le fantasme, nous dit Freud, est la réalisation d’un désir: dans le fantasme, je suis le héros, je suis au centre. L’imagination est, au contraire, cette forme de pensée qui me permettra de sortir de moi-même, de m’identifier à d’autres points de vue que les miens. Et le coeur intelligent, c’est cela : la mise en déroute du fantasme par l’imagination. »

Cependant, les choses ne sont pas aussi simples : le moi-scripteur (l’homme, quoi) est-il le même que le moi-auteur ? C’est ce que développe Proust (ah, il fallait bien un auteur classique, quand même) dans son Contre-Sainte-Beuve : il explique que contrairement à la tradition de la critique littéraire utilisée entre autres par Sainte-Beuve (1804-1869) qui explique souvent l’oeuvre par la vie de l’auteur, « le moi de l’écrivain ne coïncide pas avec le moi social tel qu’on peut l’appréhender de l’extérieur ; la création transcende la petite histoire et échappe aux contingences de l’actualité ».

Cela me fait penser à ce que j’avais lu sur Shakespeare, auteur qui a vécu assez tranquillement à Londres ou à Stratford, et, bien qu’ayant côtoyé Elisabeth Ière et Jacques Ier, a su dans ses pièces imaginer les sentiments intimes de Jules César, Henri VI ou autres personnages grands ou humbles. Il a su s’identifier à d’autres points de vue. Et pour cela, il faut du génie.

Génie qui peut toutefois se trouver davantage dans la capacité de l’auteur à rendre présents les mondes qu’il élabore. Mais ceci est une autre histoire…

PS : Je pense aussi, en termes de décentrement de soi par l’écriture, à Montesquieu et à ses Lettres persanes : se mettre dans la peau d’un Persan qui critique Parisiens et Occidentaux, n’est pas une expérience des plus évidentes.

21 avril 2010

L’amour en toutes lettres

Publié par carnetsdimelda dans Citations, Litterature, Petites reflexions, Roman

Etant en ce moment en période de révisions avant le grand Concours de la Sublime ENS (longue vie à elle !), je me propose de vous faire partager mes (re)découvertes de manière agréable et un peu ludique.

J’ai étudié cette année huit oeuvres complètes – cinq en cours de lettres, trois en cours d’option. Une façon de les évoquer sous un même angle de vue serait d’extraire en chacune une citation, selon un thème commun, qui sera l’amour (ou le sentiment amoureux), topos qui a pour avantage d’apparaître dans presque toutes les oeuvres de littérature… Cependant, même si pour La Princesse de Clèves (une nouvelle galante) ou L’Education sentimentale – titre cependant trompeur… – je n’ai pas eu trop de mal à trouver, j’avoue que le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes de Rousseau m’a paru moins propice à délivrer des épanchements amoureux. Mais ce sont justement ces différentes manières de traiter ce thème qui sont intéressantes…

- Les Regrets de Joachim Du Bellay (1558)

Dans le sonnet 177, Du Bellay s’adresse à son ami Vineus en évoquant Marguerite de France, la soeur du roi Henri II. A priori, il fait simplement l’éloge des Grands, c’est-à-dire de ses protecteurs. Par ailleurs, les vers qu’il adresse à Marguerite sont aussi l’occasion de jeux poétiques (il parle d’elle comme d’une « fleur »). Mais ses propos relèvent toutefois de l’esthétique de Pétrarque (l’image gravée dans le coeur de l’amant…), on peut donc parler de propos amoureux, même si j’ignore s’ils furent le réel reflet du coeur de Du Bellay.

« Si tant aimable donc serait cette vertu

A qui la pourrait voir : Vineus, t’ébahis-tu

Si j’ai de ma Princesse au coeur l’image empreinte ?

Si sa vertu j’adore, et si d’affection

Je parle si souvent de sa perfection,

Vu que la vertu même en son visage est peinte ? »

- La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette (1678)

« [Madame de Clèves] trouva qu’il était presque impossible qu’elle pût être contente de sa passion. Mais quand je le pourrais être, disait-elle, qu’en veux-je faire ? Veux-je la souffrir ? Veux-je y répondre ? Veux-je m’engager dans une galanterie ? Veux-je manquer à Monsieur de Clèves ? Veux-je me manquer à moi-même ? Et veux-je enfin m’exposer aux cruels repentirs et aux mortelles douleurs que donne l’amour ? Je suis vaincue et surmontée par une inclination qui m’entraîne malgré moi. » (Troisième partie)

Ici, l’amour n’est pas vraiment une romance dans les prés fleuris. Ces délibérations de la Princesse de Clèves concernant sa passion coupable envers le Duc de Nemours me font plutôt penser à l’infante du Cid (1637) affirmant « L’amour est tyran qui n’épargne personne » … Le roman montre en effet avec art que malgré tous les efforts de la Princesse pour échapper à sa passion, le destin la rappelle sans cesse à elle. Toutes les histoires d’amour qui émaillent l’oeuvre semblent démontrer que l’amour réciproque et dans le mariage est impossible. C’est d’ailleurs la thèse qu’explique Denis de Rougemont dans L’Amour et l’Occident (1939).

- La Vie de Marianne de Marivaux (1731-41)

Dans ce roman-mémoires volumineux et inachevé, une dénommée Marianne évoque sa jeunesse, et ici ses premiers émois face à un jeune homme :

« J’aimais à le voir, sans me douter du plaisir que j’y trouvais ; j’étais coquette pour les autres, et je ne l’étais pas pour lui ; j’oubliais à lui plaire, et ne songeais qu’à le regarder.

Apparemment que l’amour, la première fois qu’on n’en prend, commence avec cette bonne foi-là, et peut-être que la douceur d’aimer interrompt le soin d’être aimable. » (Seconde partie)

Ces mots sont à l’image du roman, lui-même plein de fraîcheur, de finesse et d’esprit. Rien à ajouter.

- Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes de Jean-Jacques Rousseau (1755)

« Commençons par distinguer le moral du physique dans le sentiment de l’amour. Le physique est ce désir général qui porte un sexe à s’unir à l’autre ; le moral est ce qui détermine ce désir et le fixe sur un seul objet exclusivement, ou qui du moins lui donne pour cet objet préféré un plus grand degré d’énergie. Or il est facile de voir que le moral de l’amour est un sentiment factice ; né de l’usage de la société, et célébré par les femmes avec beaucoup d’habileté et de soin pour établir leur empire, et rendre dominant le sexe qui devrait obéir. » (Première partie).

Je trouve cela assez plaisant en fait, cette prétention qu’a Rousseau à vouloir tout expliquer, et en particulier le sentiment amoureux comme utilisé par les femmes pour dominer les hommes… C’est cependant une question intéressante : n’est-ce pas la gente féminine qui entretient le mythe du Prince charmant ?

- Les Contemplations de Victor Hugo (1856)

Un certain nombre de très jolis poèmes de cet épais recueil évoquent l’amour et les femmes. Vous pouvez d’ailleurs en lire un sur ce blog, Vere novo (article du 22 février). Voici le début d’un autre, extrait du Livre III (Les luttes et les rêves) et nommé simplement Amour :

Amour ! « Loi », dit Jésus. « Mystère », dit Platon.
Sait-on quel fil nous lie au firmament ? Sait-on
Ce que les mains de Dieu dans l’immensité sèment ?
Est-on maître d’aimer ? pourquoi deux êtres s’aiment,
Demande à l’eau qui court, demande à l’air qui fuit,
Au moucheron qui vole à la flamme la nuit,
Au rayon d’or qui veut baiser la grappe mûre !
Demande à ce qui chante, appelle, attend, murmure !

Par la séduction de ces vers (le lexique, les jeux de sonorités, de ponctuation, etc.), Hugo évoque entre autres un amour présent dans la nature, voulu par Dieu, mais toujours mystérieux et énigmatique au coeur de l’homme.

- L’Education sentimentale de Gustave Flaubert (1869)

Au tout début du roman, le jeune Frédéric Moreau, âgé de dix-huit ans, tombe en extase devant une femme, Madame Arnoux. Extrait du passage ultra-connu, commencé par « ce fut comme une apparition. » :

« Jamais il n’avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. Il considérait son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu’elle avait portées, les gens qu’elle fréquentait ; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n’avait pas de limites. » (Première partie, Chapitre I)

Flaubert parodie ici l’esthétique romantique de la rencontre amoureuse, toujours hyperbolique et infinie, en exagérant nettement : vous avez déjà vu, vous, des doigts traversés par la lumière ?

En effet, Flaubert montre dans ce roman la désillusion d’une génération post-romantique dont les rêves d’égalité sont détruits devant la réalité de la société bourgeoise, et dont les passions sont passives, médiocres. Tout cela dans un style magnifique, fait d’impersonnalité et d’une pointe de désinvolture. Du grand art !

- Les Mains sales, de Jean-Paul Sartre (1948)

Cette pièce est intéressante du fait qu’elle pose le problème des moyens de l’action politique : tandis que le jeune Hugo, intellectuel bourgeois veut combattre au sein du Parti, fût-ce par les moyens les plus meurtriers, le chef Hoederer prône les concessions, les négociations, au risque d’avoir « les mains sales ». Pour ces raisons, Hugo est chargé d’assassiner Hoederer. Dans cet extrait, Hugo discute avec Jessica, sa femme. Ils jouent. No comment.

« Hugo : Dis le moi à présent.
Jessica : Quoi ?
Hugo : Que tu m’aimes.
Jessica : Je t’aime.
Hugo : Dis-le moi pour de vrai.
Jessica : Je t’aime.
Hugo : Ce n’est pas vrai.
Jessica : Mais qu’est-ce qui te prend ? Tu joues ?
Hugo : Non. Je ne joue pas.
Jessica : Pourquoi me demandes-tu ça ? Ce n’est pas dans tes habitudes.
Hugo : Je ne sais pas. J’ai envie de penser que tu m’aimes. C’est bien mon droit. Allons, dis-le
bien
.
Jessica : Je t’aime. Je t’aime. Non, je t’aime. Ah! va au diable. Comment le dis-tu toi ?
Hugo : Je t’aime.
Jessica : Tu vois : tu ne sais pas mieux que moi.
Hugo : Jessica, tu ne crois pas ce que je t’ai dit.
Jessica : Que tu m’aimais ?

Hugo : Que j’allais tuer Hoederer. »

- Tropismes, de Nathalie Sarraute (1957)

Dur, dur, ici aussi, de trouver quelques paroles tendres. L’univers de Sarraute est en effet assez desséché. Il a pour but de montrer les « tropismes » que subissent les hommes d’une société emprisonnée dans les convenances, les habitudes et les pressions.

J’ai seulement trouvé, dans le texte XVI, l’évocation d’un vieux couple :

« Par les soirs doux de printemps, ils allaient se promener ensemble, “maintenant que la jeunesse était passée, maintenant que les passions étaient finies”, ils allaient se promener tranquillement, “prendre un peu le frais avant d’aller se coucher”, s’asseoir dans un café, passer quelques instants en bavardant.
Ils choississaient avec beaucoup de précautions un coin bien abrité (“c’est dans le courrant d’air, ni là : juste à côté des lavabos”), ils s’asseyaient – “Ah! ces vieux os, on se fait vieux. Ah ! Ah !” – et ils faisaient entendre leur craquement. »

Pas gai, hein ? On est tous fichus, de toute façon. Bienvenue dans le monde de Sarraute…

19 avril 2010

Art et implicite

Publié par carnetsdimelda dans Cinema, Ecrire, Litterature, Petites reflexions, Theatre

Je crois avoir remarqué récemment que ce qui contribuait grandement à la qualité d’une oeuvre, c’est la part d’implicite.

En effet, en étudiant Les Mains sales de Sartre, nous avons vu que dans une des scènes (la première du quatrième tableau), Hugo et Jessica discutent, en présence d’un pistolet, de leur rôle dans la préparation d’un assassinat politique ; or, ils déclarent « jouer » (« On joue ou on ne joue pas ? », « Tu sais bien que ce n’est pas un jeu »,  »Pouce », etc.). C’est bien sûr une manière de dessiner un théâtre dans le théâtre et sans doute une réflexion sur la nature de ce dernier. Mon professeur a alors remarqué qu’il était dommage que Sartre ait écrit ce mot de « jouer » de manière répétitive et explicite : il dévoile alors ses cartes, montre les rouages, laisse moins de marge d’interprétation au lecteur…

Second exemple, noté en regardant le très beau film télévisé Guerre et paix de Robert Dornhelm, tiré du roman de Tolstoï et passé sur France 2 en 2007. Même s’il y a à mon goût un peu trop de renforts de violons, l’interprétation est soignée et en particulier les décors et costumes - sans oublier la prestation de Clémence Poésy et d’Alessio Boni. Cela dit, j’ai trouvé que justement l’actrice qui interprétait Helene Kuragin (tout comme celui qui jouait son père Vasilii) avait un jeu forcé, excessif, trop explicite. En effet, dans le livre, ces deux personnages sont « méchants » : machiavéliques, intéressés, et la jeune femme est une séductrice. Cependant, à rendre ceci trop évident, ils en perdent leur crédibilité, deviennent sétérotypés et même davantage. Les regards en coulisse et les sourires excessivement mielleux empiètent sur la finesse et la beauté de l’ensemble.

Il me semble justement que ce qui fait le prix d’une oeuvre, c’est la capacité qu’a l’auteur à rendre les enjeux suffisamment implicites, pour que non seulement l’histoire soit « crédible » (bien que ce terme de communication ne soit pas vraiment littéraire…), c’est-à-dire reflet de la complexité humaine, mais aussi pour que le lecteur puisse tirer ses propres conclusions et non pas se faire uniquement consommateur de savoir ou d’émotions.

PS : J’ai trouvé une réflexion de Maupassant sur L’Education sentimentale de Flaubert qui justement met en évidence ce génie que nécessite la mise en place de l’implicite : « Bien que ce [roman] lui ait demandé un travail de composition surhumain, il a l’air, tant il ressemble à la vie même, d’être exécuté sans plan et sans intentions. Il est l’image parfaite de ce qui se passe chaque jour ; il est le journal exact de l’existence : et la philosophie en demeure si complètement latente, si complètement cachée derrière les faits ; la psychologie est si parfaitement enfermée dans les actes, dans les attitudes, dans les paroles des personnages, que le gros public, accoutumé aux effets soulignés, aux enseignements apparents, n’a pas compris la valeur de ce roman incomparable. »

24 mars 2010

Penser la peluche

Publié par carnetsdimelda dans Humour, Impressions, Petites reflexions, Psychologie

Ou comment se recontrèrent le monde des nounours et celui de la philosophie spéculative.

Qu’elles soient ours ou lapins, les peluches n’ont cessé de susciter des questions existentielles. En effet, ces animaux recouverts de peluche (une étoffe à longs poils soyeux et brillants) sont souvent très étranges. Qui peut avoir l’idée d’un éléphant rose ? D’un lapin habillé d’une salopette orange ? D’un souris plus grande que nature ? D’un ours qui semble non seulement inoffensif, mais gentil ? Voilà qui laisse plus que perplexe.
Plus encore, qu’est-ce qui fait qu’une peluche semble presque obligatoirement mignonne, sinon « craquante » ? (exemple ci-dessous)
Penser la peluche dans Humour oayo70uq

Qui, quand, où, pourquoi, comment, chez qui et jusqu’où la peluche ?
Nous nous bornerons à essayer de répondre au problème suivant : à quoi servent les peluches ?

Le mot vient du verbe en ancien français peluchier (« éplucher », « nettoyer des poils embrouillés »). On retrouve alors dans cet objet le désir de lisser un monde embrouillé, de faire de réalités âpres des mondes doux et caressants.
Nous avons remarqué que les animaux en peluche sont différents de ceux qui dans la réalité vivent, sauvages et cruels, consommateurs de chair fraîche. Comparez la photo ci-dessus avec celle-ci :

ours dans Impressions

La peluche est une sorte de représentation stylisée, qui simplifie et bonifie l’animal jusqu’à le rendre sétérotypairement câlin et velouté. Les formes s’arrondissent, le corps raccourcit jusqu’à ce que que le tronc reste surtout symbolique (rappelez-vous les peluches « Diddle »). Bien sûr, le poil est plus ouaté. Et surtout, dans bien des cas, l’ours qui pèse 100 à 300 kilos dans la réalité ne fait plus que quelques centaines de grammes. Il est tout petit. Et ce qui est petit est bien souvent plus mignon. En témoigne le fait que lorsqu’on dit « ma petite maman », par exemple, le mot « petit » perd son sens propre et devient un terme hypocoristique (c’est-à-dire, en linguistique : qui exprime l’affection).

Ainsi, plus petit, l’animal fait moins peur. L’éléphant rose aussi. Le monde étranger et effrayant est apprivoisé, adapté à la taille de l’enfant qui en fait son doudou et joue avec lui. Les autres fonctions de la peluche étant, à ma connaissance, celui d’être une mascotte porte-bonheur (sportive par exemple), ou de servir de décoration. Sa valeur est donc essentiellement symbolique – et si possible esthétique.

En guise de cerise sur le gâteau, ou de doublure en velours sur l’oreille du lapin, nous vous proposons quelques images de peluches tout simplement délicieuses.

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PS : Cette idée d’article m’est venue après être tombée en extase hier devant un petit nounours tombé sous le lit d’une fillette de 5 ans. Que la vie est belle, si on en prend un tout petit peu la peine (et si on le peut).

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