Les Carnets d'Imelda

10 novembre 2011

Mon journal de khâgne

Publié par carnetsdimelda dans Impressions, Mots, Petites reflexions

Avec la nouvelle présentation du blog, les pages « billets de la khâgneuse » que j’avais écrits pendant mon année de khâgne en 2010 apparaissent mal. C’est pourquoi vous le trouverez sous la forme d’un journal dans l’article ci-dessous. Bonne lecture !

Mon journal de khâgne dans Impressions 3603751086_053fe72afe

Déformations khâgnales – 6 janvier 2010

Etre en khâgne, c’est plus qu’un investissement. C’est un engagement de soi-même. En effet, nos idées, nos références, notre être même s’en trouve modifié. Et même notre réflexes, notre vision, nos sensations. La schizophrénie est proche.
Vous ne me croyez pas ? Quelques exemples.
Je demande à ma soeur ce qu’elle désire pour Noël. Elle me répond « un gros peigne magique » (vous savez, ces barettes à multiples fonctions). Et moi, qu’entends-je ?
- Le Groupé et le Magique
Sans doute un essai philosophique de la même veine que Le Normal et le Pathologique, de Georges Canguilhem (que nous avions étudié auparavant en philo)…
Un jour, je souhaite imprimer un document. Dans les différentes qualités d’impression, il y a : « Brouillon », « Normale », et « Supérieure ». Et que vois-je immédiatement ?
« Normale Supérieure ». L’ENS, quoi.
Du même style, sur une boîte de compresses stériles, je vois le nom « Stérilux ES »… L’ES ?
L’Education sentimentale, de Flaubert. Nous sommes en train de l’étudier.

Aujourd’hui, c’était le début des soldes. Quelqu’un nous demande si nous y allons. Nous répondons que nous sommes bien au-dessus de cela, dans des sphères intellectuelles dépassant la matérialité de… bref, vous voyez. L’esprit de l’escalier m’a fait songer que nous aurions pu dire : « Les soldes ? Qu’est-ce donc ? Ah, vous voulez dire la solde, la rémunération donnée au légionnaires romains ! »
Nous étions présentemment l’administration de l’Empire romain, en latin…
Et bien d’autres encore !

Impostures – 7 janvier 2010

Un professeur a écrit en commentant une de mes dissertations vraisemblablement trop formelle que mes qualités de plume risquaient de devenir le cache-misère d’une absence de pensée réelle et personnelle. Il y a quelques mois, un autre professeur avait déclaré qu’une finesse d’écriture ne correspond pas forcément à une finesse de pensée.
Me voilà aigrie, mois qui déteste particulièrement, d’un point de vue théorique, l’illusion des mots, l’imposture esthético-littéraire qui donne l’impression d’enfermer le monde dans la gangue étroite des mots. Ou simplement celle de dire des choses alors que tout n’est que séduisante vitrine, songe creux.

Comment penser, finalement ? Ce qui m’agace, c’est que tout semble contre nous. Depuis la méthode semi-globale d’apprentissage de la lecture, jusqu’au système schématique d’analyse littéraire du secondaire qui passe les textes les plus variés au crible de critères binaires… La prépa est censée affiner notre sensibilité et notre jugement notamment en élargissant notre culture, et c’est bien. Mais comment en quelques mois rénover l’édifice bâti de notre société dont personne n’ignore qu’elle est imbibée de stéréotypes, de manichéisme et parfois d’idéologie ?
Cette injustice que je ressens n’est certes pas dépassionnée. L’utime salut sera sans doute de lire, de lire, de parler et de lire, avec ce pinceau textuel qui nuancera vraiment ce noir et ce blanc de mille couleurs, demi-teintes nouvelles voire idiosycrasiques. De quoi non pas repeindre le mur du monde, mais le voir sans oeillère et y ajouter, discrètement, quelques petites fleurs de pensée.

(Lire la suite…)

5 septembre 2011

Internet, remplaçant hors pair

Publié par carnetsdimelda dans Petites reflexions, Toile

Il ne s’agit pas d’attaquer une énième fois Internet, qui s’avère dans bien des cas un outil pratique et rapide. Nous avions souligné ici ou les limites de la Toile et son potentiel de dépendance. Ce qui attise cette fois notre esprit critique, c’est la capacité d’Internet à remplacer certains de nos gestes habituels, voire ancestraux, sous couvert de gain de temps ou d’argent…

Téléphoner à ma maman pour la recette du gâteau au chocolat ? Non, aller sur Marmiton.org.

M’inscrire à un club littéraire dans ma  ville ? Non, à un forum Internet sur ce même sujet.

Aller au cinéma avec une bande d’amis voir le dernier film ? Non, le regarder, seul avec son assiette de pâtes, en streaming.

Acheter un beau magazine chez mon marchand de journeaux ? Non, lire les (débuts d’) articles sur le site.

Aller à la réunion de famille pour avoir des nouvelles de chacun des cousins ? Non, au fond, on les a déjà sur Facebook. (Note sur ce « réseau social » : sur Facebook, tout est beau, tout est lisse : photos souriantes, clics « J’aime » et jamais de « J’aime pas », échanges avec des gens qui n’ont pas de mauvaise haleine, et avec qui on n’a pas de disputes !).

Militer pour un parti ? Non, désormais signer des pétitions en ligne et adhérer au groupe Facebook.

Flâner dans une librairie ou un magasin de vêtements ? Non, errer dans l’arborescence de PriceMinister ou Zara.fr

Ecrire à une amie italienne pour lui demander la signification d’un mot ? Non, Reverso.net sait mieux le faire.

Une question sur ma grossesse ou l’eczéma de mon bébé ? Maman, ma voisine, mon médecin ? Non, Doctissimo.fr, quand ce n’est pas Yahoo! Questions

Envie de convoler ? Site de rencontres…

Internet devient notre mère, notre frère, notre ami. Finalement, on peut rester solitaire, puisque la Toile subvient à nos besoins !

J’exagère un peu ? Certes, mais forcer le trait aide à faire tomber les masques. Rien ne remplace la chaleur d’une amitié ou le prix d’une promenade automnale… sur le sol ! Bonne rentrée !

Internet, remplaçant hors pair dans Petites reflexions photos-automne-g

 

9 avril 2011

Les Prodiges de la vie

Publié par carnetsdimelda dans Histoire, Litterature, Petites reflexions

Avant d’écrire Lettre d’une inconnue (1922) et Le Joueur d’Echecs (1941) évoqués sur ce blog, l’écrivain autrichien Stefan Zweig publia en 1904, c’est-à-dire à l’âge de 23 ans seulement, une nouvelle nommée Les Prodiges de la vie. Elle raconte le destin d’un vieux peintre à Anvers au milieu du XVIe siècle, qui réalise une Madone qu’on lui a demandée. Son modèle est une jeune Juive orpheline d’une grande beauté. Une relation d’affection filiale s’établit entre les deux protagonistes ; elle est bientôt remplacée par l’amour que la jeune fille assoiffée porte au bébé modèle pour l’Enfant Jésus, alors même qu’il l’agacait au début. Alors le peintre « se sentit à nouveau proche d’un de ces éternels prodiges de la vie qui se renouvellent sans cesse : les enfants provoquent d’un seul coup le dévouement des femmes, qui de nouveau se dirige vers les enfants, de génération en génération, et ainsi ne perd jamais de sa jeunesse, mais vit au contraire deux fois, par lui-même et dans ceux qui en bénéficient. »

Mais c’est surtout l’image qui est l’objet de cette histoire, soulignant le pouvoir d’attraction qu’un tableau peut exercer et la force avec laquelle il peut rendre présent la représentation. Si bien qu’au moment du saccage iconoclaste par les calvinistes de la cathédrale d’Anvers, à la fin de l’oeuvre, la jeune Juive qui se trouvait près du tableau pour le défendre semble être sortie du tableau : les protestants croyant à une apparition commencent même à prier ! La symbolique profonde de la nouvelle est servie par une langue classique, riche et abondante. « Le lourd manteau de brume qui recouvrait la ville en cette matinée de début de printemps s’était transformé en un voile pâle, argenté, qui restait accroché comme une dentelle aux pignons des toits. » Pour un peu, un croirait voir La vue de Delft de Vermeer.

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NB : Ce blog sera au repos dans les deux prochaines semaines, pour cause de vacances… Joyeuses Pâques à tous !

 

 

5 avril 2011

Etre parent : répéter et se soucier

Publié par carnetsdimelda dans Petites reflexions, Psychologie

Dans l’éducation des enfants s’observent des constantes. Dans le fait d’être parent aussi. Même si je ne le suis pas (encore), j’ai cru observer certains de ces invariants. Deux d’entre eux notamment.

Etre parent, c’est redire. Dire « Viens prendre le bain », mais aussi le redire une, deux, trois, quatre, dix fois. On passe à table, fais tes devoirs, range ta chambre. Et avant d’aller chez des amis : « Soyez polis et pas gloutons »… Etre parent, c’est non seulement donner des ordres (faire régner l’ordre, remettre en ordre) pour le bien de l’enfant, son confort et son développement intellectuel ; mais aussi les redire. Accepter de n’être pas obéi la première fois ; ou plutôt de persévérer jusqu’à ce que l’enfant consente, de gré ou de force. Accepter de répéter, parce que la répétition est la meilleure forme pour retenir. Accepter d’être perçu pour autoritaire alors que l’autorité n’est qu’un moyen. Accepter l’aspect fastidieux et pénible, – voire humiliant dans sa caricature - de la répétition, pour qu’un jour l’enfant intègre le repère donné et le fasse définitivement sien.

Rien de très gai, me direz-vous. Eh bien, dans la deuxième constante évoquée, l’inquiétude pour les enfants, il n’y rien de vraiment joyeux non plus. Etre parent, s’est s’inquiéter que l’enfant ne fasse pas de mort subite du nourrisson, ne se noie pas dans la piscine, ne traverse pas la rue en courant. Qu’il ne soit pas inquiété par ses camarades, que son voyage se passe bien, et surtout qu’il ne rentre pas trop tard à la maison, qu’il n’ait pas été kidnappé. Sentiment pesant et angoissant que l’inquiétude. Elle mord l’estomac, alors qu’on doit sourire aux autres. Et pourtant, quoi de plus beau dans l’ordre de l’amour que de cesser de vivre quand le fils qu’on aime n’est pas assuré de vivre – au moins dans l’esprit parental ?

Ces deux exemples montrent bien, il me semble, combien l’amour n’exclut pas une forme de souffrance. Non pas but en soi, mais biais nécessaire dans notre contingence humaine et fragile. Et cela est une sagesse plus grande que tout angélisme. Sans compter le bonheur qu’apporte la singularité de l’enfant et la joie de le voir grandir, dépassant le reste.

PS : Comme toujours, j’attends avec impatience vos commentaires, remarques et contestations…

Etre parent : répéter et se soucier dans Petites reflexions yoga-bebe-maman

 

 

4 avril 2011

Donner la note – ou plutôt la recevoir

Publié par carnetsdimelda dans Mots, Petites reflexions

Lorsqu’on peine pendant des heures à rédiger une dissertation, il est tentant de se dire : « Après tout, ce ne sera qu’un petit chiffre sur un bulletin… »

Il existe en effet une sorte de disproportion entre les efforts mis en oeuvre pour obtenir une bonne note – révisions intensives, efforts pour gérer son temps, stimulation de l’intelligence – et le sentiment éprouvé un peu plus tard face à ladite note. « C’est pas mal », « mouais, pas génial »… Et on essaie d’oublier. Plus rares sont les sursauts de bonheur ou les désespoirs profonds. Tous ces efforts… pour ça ? Des semaines, des mois pour préparer un concours… pour voir quelques notes sur un écran d’ordinateur d’un oeil indifférent si l’on n’a pas été reçu…

Mais, me direz-vous, on ne travaille pas uniquement pour les notes ! Si celles-ci présentent un enjeu pour accéder à la classe supérieure ou être reçu dans un établissement, le travail ne sert-il pas surtout à acquérir des connaissances, des outils et une manière de penser ?

Cela est vrai. Et pourtant, la note n’est pas un luxe. Pour les esprits collégiens ou universitaires, elle est un repère, un thermomètre, un baromètre même. Même si elle est le fruit d’un esprit singulier, celui du professeur ou du jury, avec la marge de « subjectivité » (mot mis à toutes les sauces) qu’elle comprend intrinsèquement, la note reflète une copie. Aussi est-elle souvent désirée en amont, comme la récompenses de toute cette ardeur. Mais lorsqu’elle arrive enfin, l’effort est terminé depuis longtemps, on sait que le couperet est tombé, l’esprit est peut-être passé à autre chose. Alors il tombe avec le bruit que seules font les choses silencieuses.

Donner la note - ou plutôt la recevoir dans Mots encrier1

 

25 mars 2011

Penser la boulangerie

Publié par carnetsdimelda dans Gastronomie, Petites reflexions

Après Penser la peluche, c’est au tour des petits et grands pains de passer sous le coup de la pensée (à ne pas confondre avec la pesée). Car la boulangerie est l’incarnation vivante d’une conception du temps. Avez-vous remarqué ? Une baguette cuite le matin passe rarement le cap de la nuit suivante au magasin. Chaque jour, de nouveaux pains de campagne, croissants et flûtes Gana naissent, vivent et meurent. C’est-à-dire : meurent à la vie publique, la vie de la vente, la vie qui vaut la peine d’être vécue. Invendus, ils végètent probablement dans le sac à pain de la famille du boulanger, ou, destinée plus louable, dans des associations caritatives.

Mais le vrai pain vit une journée. La boulangerie est le lieu d’un renouvellement constant, sans répit, sans indulgence pour la vieillesse. C’est le lieu du présent, de l’instant, de l’éphémère. Le pain de seigle rend heureux un ou deux jours, puis est sacrifié sur l’autel de la nécessaire manducation. Le pain, c’est le temps croqué, avalé, dévoré.

La mort de la boulangerie, c’est la machine à pain domestique. Pourtant, celle-ci est aussi le microcosme de la reconduction éternelle du temps panifié.

 

Penser la boulangerie dans Gastronomie Boulangerie-Posters

 

23 mars 2011

Les médias, asservis ?

Publié par carnetsdimelda dans Actualité, Journalisme, Petites reflexions

Le problème des médias, c’est qu’ils doivent vendre. Outre la question de leur financement par la publicité et les grands groupes industriels, il y a la nécessaire attraction qu’ils doivent exercer face aux lecteurs. Sans elle, personne n’achèterait les journaux ! Sinon pourquoi les crieurs de journaux, annonceurs des titres croustillants, existaient-ils il y a quelques décennies ?

Un exemple simple : un grand titre de magazine sur « Les secrets de la franc-maçonnerie » fait toujours plus vendre que « La composition de l’ANSES » (l’Agence nationale de sécurité sanitaire). Comme dit certain professeur d’histoire contemporaine, « La guerre des polices » en première page d’un magazine d’histoire attire toujours plus que « Gendarmerie et société sous le Second Empire ».

Cette attraction ou non-attraction pourrait alors diviser le réel de l’actualité, avec d’une part les sujets qui vendent et d’autre part ceux qui ne vendent pas. Parmi ceux qui attirent le chaland, il y a les portraits d’hommes politiques ; les détails sur les séismes ravageurs ; les affaires de meurtres, disparitions, viols ;  les révélations sur la diplomatie américaine ; les petites phrases controversées ; toute une politique-spectacle qui empêche d’aller plus loin dans l’analyse… Le cas extrême de cette chasse au spectacle et au scandale se trouve évidemment dans la presse people.

Les médias, asservis ? dans Actualité couriere_petitjournal

De l’autre côté, on parle rarement du fonctionnement de l’administration des ministères, et du travail de fourmi qu’ils réalisent pour préparer les lois. Moins souvent viennent les détails des réformes, bien plus capitaux que les effets d’annonce. Question société, on trouvera peut-être davantage dans les journaux locaux le quotidien des entreprises ou les initiatives des associations.

Le problème réside aussi dans le fait que certains événements arrivent jusqu’aux médias, et d’autres non. Certains doivent rester confidentiels. Ainsi, les piratages informatique à Bercy avaient en fait lieu depuis trois mois.

Quoiqu’il en soit, les médias ont le défaut intrinsèque de donner des informations qui vont susciter une attirance instinctive chez le lecteur, et non ce qu’on pourrait appeler une attirance « raisonnée ». Ces remarques concernent toutefois plus la presse à grand tirage que la presse spécialisée. Une revue juridique sera sans doute moins excitante que Gala

 

12 janvier 2011

L’histoire contre le divertissement

Publié par carnetsdimelda dans Histoire, Petites reflexions

Après avoir odieusement, dans un  « billet de la fâkheuse » du 12 novembre dernier, abaissé l’histoire à une matière par défaut, je m’apprête à lui rendre justice.

Car l’histoire est indispensable. On ne peut s’en passer. Vous ouvrez un Balzac ? Qui vous dira ce qu’étaient les provinciaux du XIXe ? L’histoire. Vous cherchez à comprendre la crise ? Qui vous expliquera l’ampleur de celle de 1929 ? L’histoire. Vous entrez dans l’église Saint-Jacques-du-Haut-Pas dans le 5e arrondissement ? (comme moi cet après-midi) Qui vous expliquera que ce nom vient des frères toscans d’Alto-pascio ? Les indications historiques à l’entrée de l’église. Vous ouvrez la Constitution de la Ve République ? Qui vous dira pourquoi les constituants ont rendue difficile la chute du gouvernement ? L’histoire des IIIe et IVe Républiques.

Vous écoutez une sonate de Mozart ? Qui vous fera comprendre pourquoi il fut un génie absolu ? L’histoire. Vous ne savez pas d’où viennent les croissants du matin ? Qui vous parlera du siège de Vienne ? L’histoire. Vous voyagez à Perpignan ? Qui vous expliquera ce que fait là le Palais des rois de Majorque ? L’histoire. Vous ouvrez les journaux et ne comprenez rien des relations israélo-palestiennes ? Qui vous éclairera ? … Oui oui, c’est ça. L’histoire.

Elle est partout.

 

L’histoire contre le divertissement dans Histoire 838

Où n’est-elle pas, alors ?

J’ai essayé de lister quelques lieux où elle brille par son absence. J’ai trouvé : Internet, les nouvelles technologies, les jeux vidéos, l’argent, des émotions, certains sports, MacDo… What else ? Sûrement d’autres choses.

Ce qu’il y a de commun à ces non-lieux de l’histoire, c’est peut-être qu’ils sont des lieux de divertissement. Au sens où l’entendait Pascal dans ses Pensées, bien sûr : « Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent, dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. »

Et que peut-on faire seul dans une chambre, hormis songer à notre condition mortelle ?

Certains s’écrieront : « Vous voulez dire que l’histoire nous éloigne du mouvement incessant des hommes et des passions ? Que nenni ! L’histoire en est pétrie. »

Les événements, oui. Mais l’étude des événements ? Ne nous fait-elle pas justement songer à la rapidité du temps, à la fugacité des plaisirs et des gloires, à la fin des civilisations ?

L’histoire nous éloigne de la course au futur.

 

8 janvier 2011

En politique, comparaison n’est pas raison

Publié par carnetsdimelda dans Mots, Petites reflexions, Politique

Il y a quelques jours, des publicités défilaient devant mes yeux. Tout en reconnaissant la maîtrise et la beauté de certaines, je ne pouvais m’empêcher de penser au coût d’un tel travail pour quelques minutes de projection vantant le dernier jus de fruits chic ! (sic) Alors que de telles sommes pourraient être consacrées à nourrir et soigner des peuples entiers… Puis je me suis reprise : à chacun son domaine. Ce n’est pas parce qu’il y a des problèmes, réels, de malnutrition et de santé dans certains pays, qu’il faut supprimer la publicité ! Il n’y a pas de lien logique. Ce n’est pas parce que des gens souffrent que tout le monde doit en souffrir, ou tout au moins être privé de ceci ou cela. Ce sont des catégories différentes. Si l’une disfonctionne, l’autre n’est pas condamnée à disparaître !

En politique, comparaison n'est pas raison dans Mots publicite

Ce type de comparaison est fréquemment utilisé dans le discours politique. On pourrait prêter la thématique évoquée plus haut plutôt à la gauche. Par exemple le politologue anti-mondialiste et militant de la décroissance Paul Ariès affirmait dans une émission télévisée de septembre 2010 : « Prenez ce que nous dit Diouf, le patron de la FAO : pour que plus personne ne crève de faim à l’échelle planétaire, il suffirait de 30 milliards de dollars par an. Ces 30 milliards de dollars, on ne les trouve pas. En revanche, budget officiel de l’armement : 1200 milliards de dollars. Budget de la publicité : 800 milliards de dolllars. Marché des stupéfiants : 700 milliards de dollars. »

Mais cette logique comparative se trouve également dans la rhétorique de droite. Je me souviens par exemple de médias de droite qui, au moment de la législation anti-tabac de 2006, affirmaient qu’on enlève aux Français les dernières marges de liberté. Que ce soit en interdisant de fumer dans les lieux publics ou en sanctionnant le conducteur routier au moindre excès de vitesse, on accable le citoyen, alors que pendant ce temps, la police n’intervient plus dans certains quartiers des banlieues, laissant des bandes faire la loi. Toutefois, ce n’est pas parce que la politique de sécurité échoue par endroits, qu’il ne faut plus lutter contre les accidents de la route ou le tabagisme passif ! Un problème, même beaucoup plus grave, n’annule pas tous les autres.

C’est la question de la priorité qui est posée. Mais une des caractéristiques d’un Etat de droit n’est-elle pas de réguler les rapports de l’individu à l’Etat sans en négliger aucun ? Aussi les comparaisons entre différents champs d’action d’un ou plusieurs Etats n’est bien souvent qu’un sophisme, qui ne fait passer qu’un état de langage à un autre état de langage.

 

4 janvier 2011

L’actualité est-elle déprimante ?

Publié par carnetsdimelda dans Actualité, Journalisme, Petites reflexions, Politique

Ce mot vient souvent dans la bouche de nos contemporains. Ainsi, dans un commentaire laissé suite à ma précédente revue de presse. Inondations, crimes et délits, méfaits de dictatures, disfonctionnements des services publics, grèves, crises politiques, pauvreté, crises économico-financières, médisances et calomnies, peste et choléra… La liste des horreurs actuelles est longue ! Ecouter les infos en se levant ou attraper un 20 minutes à l’entrée du métro répugne certains, craignant d’être déprimés pour la journée. Face aux malheurs, faut-il se tirer une balle ? Non. Pourtant, on se sent impuissant. Les médias ne servent-ils qu’à exacerber un sentiment de révolte et d’impuissance ? En marge de la nécessité de s’intéresser à notre monde, la question mérite d’être posée.

 

L'actualité est-elle déprimante ? dans Actualité journaux

Notons d’abord une chose. « On ne parle que de ce qui ne va pas. » Il y a du vrai dans cette phrase. On n’entend jamais : « Aujourd’hui, il n’y a pas eu d’incident diplomatique entre la France et la Russie » ou encore « Pas de tuberculose déclarée au Sri Lanka », ni « Pas de grèves en France depuis trois semaines, du jamais vu. » L’actualité tend à montrer ce qui pose problème, dans tous les sens du terme. Tel cas judiciaire pose des questions de droit ou de légitimité. Tel accident montre qu’il y a peut-être un problème de sécurité routière, ou d’alcoolisme. Tel nouveau bijou technologique laisse à penser sur sa bonne utilisation. L’actualité met en garde.

Elle invite aussi à la compassion et à l’aide : pour les populations souffrant de malnutrition, la solitude des personnes âgées, ou encore la personne disparue pour laquelle on lance un appel à témoins. L’actualité enseigne les nouvelles réglementations sur le tabac ou le permis de conduire. Elle pointe donc ce qui ne va pas, mais pour des réactions et des résultats positifs, dans la mesure du possible.

Et puis, il faut bien lire et écouter. De nombreuses nouvelles sont de bonnes nouvelles ! D’abord, tout ce qui est culturel. La sortie d’un livre, d’un film, une réédition, un concert, les journées du patrimoine, l’expo Monet, le salon du chocolat ont rarement fait couler des larmes. Pour le sport, c’est différent : tout dépend si vous soutenez le PSG ou l’OM… (Même problème si vous donnez vos suffrages à l’UMP ou au PS, en fait…) Mais les glissades d’un skieur olympique forcent plutôt l’admiration ! Même en politique, il y a de bonnes nouvelles : le mariage du prince William, le vote de réformes sur lesquelles tout le monde est à peu près d’accord (je n’ai pas dit de nom !), des unions politiques fécondes. En rubrique société aussi : moins d’accidents de la route cette année, des avancées en recherche médicale sur le cerveau… Reprise de la croissance et baisse des prix de l’éléctroménager pour l’actualité économique.

La rubrique « insolite » de certains médias montre aussi de belles choses (78 ans de mariage, un enfant sauvé par un adolescent…), ou, à défaut, amusantes. Certains sites, comme celui de Planet Positive, se sont même lancés dans l’ « info positive ». En réaction  à la morosité des informations habituelles, me direz-vous. Il est vrai. Il y a à mon avis une tare congénitale de l’actualité. C’est qu’elle évoque l’histoire des Etats, de la société, de l’économie… Mais pas la vie privée des hommes.

De fait, le bonheur fait partie de l’histoire privée des gens. Qui annoncerait à la presse qu’il a rencontré la femme de sa vie ? Qu’il a trouvé un emploi ? Que son neveu lui a souri, ce matin ? Le bonheur public : un concept difficile assurément, malgré de possibles réjouissances nationales ou internationales.

Aussi peut-on recommander de lire l’actualité avec mesure, d’en tirer des questions à débattre, et de ne pas oublier que la vraie actualité, c’est la vôtre et celle des personnes qui vous entourent. Dérive de l’hypermédiatisation (aussi bien la presse qu’Internet et les réseaux sociaux), que laisser des medias, des éléments qui se mettent au milieu, barrent le passage entre vous et le monde. Tout est dans la mesure.

 

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