Les Carnets d'Imelda

3 février 2011

La musique, monde en soi – Entretien avec Rémi Escalle (2/3)

Publié par carnetsdimelda dans Les Entretiens d'Imelda, Musique, Philosophie

Voici la suite de l’entretien avec Rémi Escalle, étudiant en ethnomusicologie. Il évoque ici la notion de phrasé, la question de l’interprétation et la musique contemporaine.

Ci-dessous : Daniel Berenboim, pianiste et chef d’orchestre.

La musique, monde en soi - Entretien avec Rémi Escalle (2/3) dans Les Entretiens d'Imelda ce7bccf4-ace4-11de-a6dc-b648764ea0a5

  • Faites-vous de la recherche cette année (en 3e année de licence) ?

Pas encore, c’est surtout de la préparation. Nous commençons à étudier la manière dont nous allons faire nos enquêtes de terrain. Je pense faire un master, si c’est possible, soit sur le chant long en général, soit sur la musique rituelle du Tibet qui m’intéresse également.

Nous parlions de la manière dont le savoir en musique se ramifie ; je pense que dans la musique le phrasé est une chose essentielle qui en est en quelque sorte l’indispensable complément. On pourrait relier cela à notre expérience de la société ; je dirais presque qu’on manque de phrasé dans certaines de nos relations sociales, c’est-à-dire qu’on vit par ensembles séparés, on est dans un monde où les activités fonctionnent sur le modèle de vases clos ne communiquant qu’en cas d’extrême nécessité, ou pour faire de l’argent.

Cela se retrouve aussi au niveau des institutions : le conservatoire est rigoureusement séparé de l’enseignement général. Les cours de musique au collège ne satisfont personne, ni les enseignants ni les élèves, trop courts, trop naïfs par rapport à l’étendue de ce qu’il faudrait transmettre, et qui vaut bien l’étendue d’autres domaines de connaissance. Le conservatoire comme un divertissement agrée par l’état à côté de la véritable éducation spécialisée dans le savoir technique : c’est le règne de la séparation généralisée. La musique nous apprend quelque chose d’essentiel là-dessus, à travers le phrasé.

  • Comment définissez-vous ce phrasé ?

Si je devais définir le phrasé, ce serait non pas une mélodie comme succession de notes, mais comme le souffle qui porte l’événement musical, l’incandescence de la musicalité qui vient habiter l’intériorité toute entière. Cela n’a rien à voir avec l’expression spectaculaire que certains mythes prêtent aux grands interprètes « inspirés ». La plupart de mes profs me disaient de ne pas bouger lorsque je jouais de tel ou tel instruments, et dans l’apprentissage Je ne déteste rien de plus que ces pianistes qui joue avec une mine apprêtée et passionnée pour doper les ventes de leurs CDs…

(Lire la suite…)

27 janvier 2011

La musique, monde en soi – Entretien avec Rémi Escalle (1/3)

Publié par carnetsdimelda dans Les Entretiens d'Imelda, Musique, Psychologie

Etudiant en ethnomusicologie, diplômé du conservatoire, flûtiste à bec mais ayant aussi touché au violon, au piano, au clavecin et à la viole de gambe, Rémi Escalle nous parle de sa passion pour la musique. Les thèmes évoqués sont très variés : dans cette première partie de l’entretien, il évoque l’intérêt du solfège, l’importance d’une transmission dans l’apprentissage, les musiques des peuples du monde et la perception singulière de la musique.

La musique, monde en soi - Entretien avec Rémi Escalle (1/3) dans Les Entretiens d'Imelda clavecin_apres_restor

  • Comment a commencé votre amour pour la musique ?

Comme beaucoup d’enfants, mes parents m’ont inscrit au conservatoire. C’était une des activités disponibles au forum des associations municipal : un peu de judo, un peu de tennis, et un peu de conservatoire, pourquoi pas ? Une amie de mes parents jouait du violon, ils m’ont donc inscrit dans le même cours qu’elle pour faire un « lot ». J’ai fait du violon de 7 à 11 ans, sans trop de conviction ; je ne travaillais guère. Concernant la musique, j’écoutais en fait les groupes à la mode. Cela ne signifiait rien de particulier pour moi, c’était juste une forme de divertissement, « baladeur dans les oreilles ».

Ensuite, c’est assez étrange, car j’ai un souvenir précis du moment où mon rapport à la musique a été complètement bouleversé. J’étais en cours de solfège, et on nous avait fait écouter le Concerto brandebourgeois n°4 de Bach. Nous avions un remplaçant dans ce cours : c’était donc un autre cadre que celui que nous avions d’habitude, et nous avons écouté cela au premier cours de l’année, je crois. Je me suis aperçu que je n’avais jusque là aucune idée de ce que le terme « musique classique » recouvrait. Le morceau m’a complètement stupéfié. Ce qui me semble étonnant quand j’y repense, c’est que ce qui m’a frappé dans la musique, c’était avant tout le sentiment de quelque chose avec lequel j’étais en lien depuis très longtemps, mais qui pourtant était radicalement nouveau par rapport à tout ce que j’avais expérimenté auparavant. Cela nécessitait des éclaircissements, attisait ma curiosité. Sans pourtant comprendre quoi que ce soit à la forme du morceau, il y a vraiment eu un déclic. Je pense que suivant les personnes, ce genre d’expérience, qui au niveau individuel est extrêmement rare mais concerne à mon avis beaucoup d’individus, peut se produire à l’occasion de n’importe quel morceau, ou bien par imprégnation, en écoutant plusieurs morceaux de suite.

Je me suis alors lancé dans l’apprentissage des deux principaux instruments qui m’avait marqué dans cet extrait musical, même si je pense que ce choix était tout d’abord moins conscient que ce que je veux bien me représenter à présent. Pour le violon, qu’on trouve également dans le concerto de Bach, je sentais par ailleurs que je n’avançais pas, et même si j’ai réessayé après, je n’étais pas à l’aise. J’ai donc abandonné cet instrument pour commencer la flûte à bec et le clavecin, simultanément, et c’est vraiment là que ma passion pour la musique a commencé. Au début, j’étais complètement obsédé par l’empreinte musicale que ce premier morceau avait laissé en moi, je l’écoutais même en faisant du ski ! Je n’avais pas conscience à l’époque de la différence entre musique classique et musique baroque, c’était du pareil au même, je me lançais dans la « vraie musique », du moins c’était comme cela qu’enfant, je me représentais les choses.

  • En lien avec cette pratique instrumentale, vous avez fait du solfège, de la composition, des choses plus théoriques. Est-ce aussi stimulant ?

J »ai commencé la flûte à bec et le clavecin très tard par rapport à beaucoup d’élèves que j’ai côtoyés, et j’ai eu toujours l’impression d’être un peu en dehors du cursus-type que l’on m’invitait pourtant à emprunter. En fait, en musique classique, la question de la transmission est très importante. Au conservatoire, quand on entretient avec la musique un rapport autre que celui du pur divertissement ou de la contrainte parentale (ce qui arrive malheureusement très souvent, comme dans le cas des clubs de sport), se joue quelque chose de très important, la transmission entre maître et élève. Ce processus a été institutionnalisé par la structure « conservatoire », ce qui a créé un type particulier de relation avec les professeurs et un rapport spécifique à la culture. Il y a des gens qui rentrent plus facilement dans cette relation telle que la présente l’institution « conservatoire », soit parce qu’ils y sont habitués de par leur environnement culturel, soit parce qu’ils y trouvent quelque chose qui très tôt convient à leur personnalité – les deux sont possibles.

(Lire la suite…)

18 décembre 2010

Toccata et fugue en ré mineur

Publié par carnetsdimelda dans Musique

Image de prévisualisation YouTube

Intriguant, hein ?

La fugue commence à 2 min 51 et la toccata reprend à 7 min 12. Il paraît qu’on appelle ce type de document un « bar-graph score » (une partition-graphique ?). Il permet en tout cas de visualiser les différents mouvements de la pièce.

 

 

10 décembre 2010

Paisiello et Bonaparte – Musique italienne

Publié par carnetsdimelda dans Musique, Opéra, Voyages

Saviez-vous que Napoléon Bonaparte, comme premier consul, avait une chapelle privée ? Et un compositeur à cet effet ? Pour ma part, non, jusqu’à ce que je le lise il y a un instant. Giovanni Paisiello (1740-1816) est d’abord un compositeur italien, dans la suite de ceux que nous découvrons sur ce blog depuis quelque mois. Avec lui, nous grignotons sur le XIXe siècle, assez riche en bouleversements musicaux.

C’est justement le chevauchement troublé entre deux siècles qui fait de lui un homme chevauchant au gré des régimes. Il commença comme compositeur de musique religieuse, puis d’opéra dans le royaume de Naples. Puis la grande Catherine, soucieuse d’occidentaliser sa cour, l’appela à la rescousse, et il finit par devenir son maître de chapelle. Il y écrivit Il barbiere di Siviglia en 1782 ; vous l’aurez compris, à partir du même Barbier de Beaumarchais écrit sept ans plus tôt, en 1775. Rossini lui fit d’ailleurs une post-concurrence avec son propre Barbier en 1816.

Laissant les deux barbus se quereller, revenons à notre Giovanni, qui, sorti des neiges slaves, passa à Vienne en y composant moult symphonies et un opéra. Revenu à Naples, fut nommé maître de la chapelle du roi, et même musicien de la nation. Fort de ce CV inégalable, après deux ans de chômage, il fut embauché par Napoléon Bonaparte en 1801. C’est ici le moment d’écouter le Tantum ergo qu’il composa pour la chapelle du premier consul. Il écrivit également un Te Deum et une messe pour le sacre de Napoléon. Remarquons qu’il aimait sans doute beaucoup sa femme : c’est parce que celle-ci ne supportait pas le climat français (quelle idée !) qu’ils quittèrent Napo et ses fastes. Enfin, il ne survécut que peu de temps à son décès.

Pour quelque chose de plus gai, on peut écouter ici un air d’un de ses opéras, Nina O Sia la Pazza per Amore : Nina, la Folle par amour ; ça commence bien. Mais je n’en sais pas plus sur l’intrigue…

Ci-dessous, Paisiello peint par Elisabeth Vigée-Lebrun en 1791.

Paisiello et Bonaparte - Musique italienne dans Musique 250px-PaiselloVigeeLeBrun

 

20 octobre 2010

Pergolèse, ou « la valeur n’attend pas ».

Publié par carnetsdimelda dans Musique

Dans notre petit voyage à travers la musique italienne, nous arrivons à Pergolèse, de son vrai nom Giovanni Battista Pergolesi. Ce jeune homme originaire d’Italie centrale (et non vénitien, pour une fois) eut une courte vie : naissance en 1710, mort en 1736. Comptez les années…

De Pergolèse, on connaît essentiellement son très beau Stabat Mater. C’est sa Serva padrona provoqua à Paris en 1752 la « querelle des Bouffons », qui opposa les partisans de l’opéra français à ceux de l’opéra italien. Plus d’informations ici.

Je vous propose donc d’écouter plutôt quelques-unes de oeuvres profanes, des Sinfonia interprétées ici par l’Orchestre de chambre de Santa Cecilia dirigée par Alessio Vlad. Il me semble que le style, d’un baroque italien gai et généreux, se rapproche beaucoup de celui de Vivaldi, qui fut contemporain de Pergolèse.

 

Pergolèse, ou

 

14 octobre 2010

Le chant comme art de vivre – Entretien avec Cécile Grellstein

Publié par carnetsdimelda dans Les Entretiens d'Imelda, Musique, Opéra

Jeune cantatrice talentueuse, Cécile Grellstein est soprano grand lyrique et se produit en France et en Allemagne. Elle nous parle de sa passion du chant.

Le chant comme art de vivre - Entretien avec Cécile Grellstein dans Les Entretiens d'Imelda 84839081

Depuis quand chantez-vous ?

Depuis toujours ! Disons que j’ai eu un éveil à la musique dès mon plus jeune âge. A 9 ou 10 ans, je suis rentrée dans la maîtrise du Conservatoire d’Orléans, dirigée par feu Toni Ramon. C’est de là qu’est né mon désir d’être chanteuse. Ensuite, j’ai pris des cours de chant lyrique à l’âge de 20 ans. Mais c’est seulement à l’âge de 23 ans que ma voix « lyrique » s’est confirmée.

C’est en année Erasmus à Berlin que vous avez poursuivi votre formation… Qu’y avez-vous appris ?

C’est là que j’ai rencontré un professeur qui m’a aidé à sortir cette voix lyrique. En fait, comme j’ai chanté longtemps en maîtrise, j’avais trops de “restes” de ma voix à cette époque. Or, passé 16 ans, après la mue la voix peut se développer davantage, prendre davantage de corps. C’est un long travail d’écoute, de maturation et de prise de conscience. C’est donc à Berlin que ce déclic a eu lieu.

Comment en êtes-vous arrivée à faire de cette passion votre profession ?

Il y a des moments dans la vie où il faut faire des choix pour avancer. J’avais, même en faisant mes études d’architecture, ce grand désir de faire du chant, mon métier, et cela à travers le monde de la scène – l’opéra. J’y trouve une joie, une pêche de vivre que je ne trouve nulle part ailleurs. Ce sont les raisons qui m’ont poussée à faire ce choix radical. Cela dit, la réalité de la vie nous rattrape aussi, et arriver à faire carrière prend du temps. Il suffit parfois d’une rencontre et la chance vous sourit !

Aujourd’hui, vous travaillez au sein d’un groupe particulier, ou « à la demande » ?

Je travaille à la demande.

Chantez-vous uniquement des opéras, ou également des airs sacrés ?

Je chante aussi bien le répertoire sacré, que l’opéra, le lied et la mélodie, du baroque à aujourd’hui.

Parmi les oeuvres que vous avez travaillées, lesquelles avez-vous préféré ?

Ce que je peux dire, c’est que j’aime interpréter des rôles forts, engagés.

Quels compositeurs abordez-vous?

Mozart,Verdi, Strauss, Wagner dans quelques années. Les compositeurs russes, comme Tchaïkovski. Berg, Puccini, tous les lied… Wolf, Schumann, Schubert, Schoenberg, Berlioz, Ravel, Poulenc – c’est splendide…. Britten. La liste est beaucoup trop longue pour tous les énumérer ! Bach, Gounod, Massenet…

Quelles cantatrices avez-vous pour modèle ?

La Callas, Julia Varady, Edda Moser, Leontyne Price, Renée Fleming, Karen Wierzba, Nathalie Dessay, Renata Tebaldi, Sena Jurinac, Régine Crespin, Anja Silja… « . Là encore, la liste est longue…

Avez-vous une oreille critique en écoutant les interprétations de ces cantatrices ? Cela vous permet-il de construire votre propre interprétation ?

Bien sûr. Parfois je m’en inspire aussi.

Avez-vous eu vous-même envie de composer des airs ? Ou, plus modestement, des chansons ?

Non, je n’ai pas ce talent. C’est un autre métier, complémentaire certes, mais je n’ai ni le génie ni la formation adéquate; ni l’intérêt. Je préfère travailler avec le compositeur et interpréter ses compositions.

Y a-t-il une réelle prédisposition à avoir une voix aussi « ample », ou est-ce uniquement le résultat d’un travail ?

Les deux ! Il y a différents types de voix : des voix légères, des voix lourdes, des voix souples, des voix avec une aisance à vocaliser, des voix longues, etc. Des voix graves, aïgues. D’où les appellations : soprane, mezzo, alti, contre alti… La voix se travaille : les cordes vocales sont des « muscles ». Donc on les travaille, on les assouplit. Tout cela se fait sur le souffle, et avec l’âge, les expériences de vie de chacun, leur personnalité, la voix évolue, s’ancre d’avantage dans le corps, s’étoffe, prend une pâte sonore etc. Ou alors, reste toujours pareille mais cela est rare.

Vous êtes soprano ?

Oui, soprano grand lyrique. Dans quelques années, je serais spinto ou dramatique. On verra comment évoluent les choses. En fonction de la nature de la voix, on aborde certains répertoires.

Quelle est la différence entre « grand lyrique » et « dramatique » ? Est-ce la nature du répertoire que l’on est plus apte à chanter ?

D’une part, mais aussi la couleur du timbre. Une voix dramatique a un timbre très sombre, beaucoup plus qu’un grand lyrique.

Comment trouver l’attitude physique adéquate à chaque interprétation vocale, dans les gestes, les expressions du visage ?

Tout d’abord, il y a la technique du chant qui doit être solide pour que l’interprète puisse concentrer son attention sur l’interprétation. Celle-ci se travaille, mes professeurs m’ont transmis certains conseils ou astuces notamment pour la musique du XIXe. A cela s’ajoute le style et le talent du chanteur.

Le plus difficile et le plus fantastique est, je pense, d’arriver à transmettre les émotions. Les gestes suivent, sauf si le metteur en scène impose des choses. Je ne crois pas qu’il faille trouver une attitude physique, mais plutôt l’émotion – ce que je veux transmettre, donner. La musique et le texte aident énormément à cela. L’attitude vient d’elle-même, et ne mettra pas la voix en danger. Bien sûr on peut aussi se servir de l’attitude physique comme aide à l’interprétation, mais le plus gros travail à faire est à l’intérieur de l’être, dans ses tripes.

Est-il difficile de régler la « pudeur » que l’on a dans son interprétation ?

On est impudique sur scène. Après, tout est une question d’équilibre.

Combien d’heures quotidiennes travaillez-vous le chant ?

Au strict minimum, une heure et demie bien souvent la matinée pour ce qui est du travail “vocal”. Mais travailler le chant n’est pas seulement chanter. C’est, par exemple, une lecture approfondie de la partition, un travail sur le texte, les émotions. Aller voir une expo, un concert, lire ; nourrir l’âme, l’intelligence, l’être. Et du coup embellir le chant, l’interprétation. Bref, c’est une vie, un art de vivre.

Comment êtes-vous parvenue à maîtriser le stress de la scène ?

C’est un apprentissage. Et c’est en ayant d’avantage confiance en ce que je fais. Mieux je suis préparée, moins je suis, a priori, stressée ; mais je fais comme si je ne le suis pas, je trompe mon monde. Cependant, le stress demeure et parfois apparaît dans la voix.

Où peut-on vous écouter prochainement ?

Fin 2010, à Berlin, j’ai un récital de prévu.

En juillet 2011, à Bourg-en-Bresse, dans une création de Jean-Claude Hemmerlin, Problème de Taille. C’est un défoulement lyrique.

Y a-t-il un endroit sur Internet où l’on peut vous entendre ?

Pas encore, bientôt. D’ici la mi-novembre, on pourra le faire sur mon site : www.cecilegrellstein.com

Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions.

 

14 octobre 2010

La littérature et ses enjeux – Entretien avec François Magné

Publié par carnetsdimelda dans Ecrire, Les Entretiens d'Imelda, Litterature, Musique, Philosophie

Normalien, agrégé de lettres classiques et auteur d’une thèse sur Paul Valéry, François Magné enseigne les langues anciennes et la littérature en prépa littéraire. Il nous parle de la littérature et de ses enjeux, mais aussi de l’écriture, de l’édition, de la musique et de questions philosophiques.

La littérature et ses enjeux - Entretien avec François Magné dans Ecrire vilda

Qu’est-ce qui vous a amené à enseigner la littérature ? D’où vous vient cet amour des lettres ?

Au départ, je n’avais aucun amour des lettres, mais au contraire une haine viscérale de la littérature. J’ai d’abord eu l’intention d’enseigner le grec ; c’était la langue qui m’intéressait. Comme il n’y a pas de filière d’enseignement du grec seul, j’ai fait la filière « lettres classiques ». Mais la littérature était au début un pensum que je me suis infligé pendant des années. J’ai fait mes études littéraires en m’ennuyant les trois quarts du temps. La plupart des oeuvres classiques m’ennuyaient terriblement et portaient sur des questions que je ne me posais pas, soulevaient des enjeux qui n’étaient pas les miens. Je baillais vertigineusement en lisant Balzac ou Flaubert. Mon rapport à la littérature est donc très curieux au départ. Avec le temps, je m’y suis fait, et tout simplement j’ai grandi.

En entrant en prépa, vous vouliez donc faire du grec… Quel a été le choc esthétique qui vous a fait changer ?

Il n’y en a pas eu. C’est toujours une tentation de raconter son histoire autour de quelques déclics, de quelques moments qui auraient fait pivoter, réorienter radicalement votre évolution. Mais c’est toujours une reconstitution : « le jour qui a tout changé », « l’expérience qui m’a bouleversé », « après ceci je n’ai plus jamais été le même »… Il n’y a généralement pas d’expérience de ce type dans la vie, sauf parfois des grands drames, des deuils éventuellement. En général, l’évolution se fait de façon souterraine et invisible, à une vitesse géologique.

J’ai fini par me rendre compte que peu à peu, à force de travailler sur certains textes, je m’étais attaché à certaines oeuvres et à certains auteurs. Cela s’est fait lentement. L’idée de lire de la littérature pour le plaisir m’a longtemps été étrangère. Du reste, quand j’ai du temps, je ne lis pas de littérature. J’aime bien lire des revues scientifiques par exemple, ou des choses sur la musique. Les choses se compliquent évidemment du fait que, comme j’enseigne la littérature, j’ai un rapport avec elle qui est professionnel donc parfois fastidieux, ou en tout cas réglementé. De ce fait, il m’est difficile d’aller spontanément et avec du désir vers une oeuvre littéraire, quand je dois travailler dessus. On peut retrouver un rapport agréable, mais le fait est que si je veux me changer les idées, par définition, je ne vais pas aller chercher un livre.

La littérature reste donc pour vous dans la sphère professionnelle…

Largement. Il y a des auteurs vers lesquels je retourne souvent, mais pas une infinité. Ces derniers temps, je me suis attaché à certaines choses de Kundera, que j’avais longtemps complètement ignoré. Les auteurs qui me ramènent à eux sont ceux vers qui je me sens un rapport de filiation ou de parenté intellectuelle, ou spirituelle – pour prendre un mot un peu pompeux, mais qui correspond bien à ce que je veux dire. Ce sont les auteurs qui me donnent le sentiment d’avoir partagé les mêmes difficultés existentielles, d’avoir eu la même relation aux grands thèmes de l’existence. Ceux qui m’attirent de façon irrésistible sont ceux qui parviennent à exprimer un point de vue singulier sur l’existence, et qui en même temps trouvent des mots suffisamment fins pour l’exprimer.

Les autres auteurs ne m’intéressent pas. Ceux qui ne font que raconter quelque chose, par exemple, m’indiffèrent complètement. La littérature d’évasion, de voyage, me tombe des mains.

(Lire la suite…)

8 octobre 2010

Pourquoi aimer le Grand Siècle ?

Entretien avec Emmanuel, étudiant en histoire et histoire de l’art. Après trois ans en prépa littéraire, il a rédigé pendant son master à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, un mémoire sur les trophées de la Chapelle royale de Versailles. Il nous fait partager son enthousiasme et son admiration pour l’esthétique du XVIIe siècle, dans ses multiples composantes artistiques et éthiques.

Pourquoi aimer le Grand Siècle ?  dans Architecture 23538377355223673433750

Comment a commencé votre passion pour le XVIIe siècle ?

La première fois que j’ai rencontré le XVIIe siècle, c’était en visitant le château de Vaux-le-Vicomte. J’avais sept ans. J’ai tout de suite été attiré par l’atmosphère, les peintures, la décoration et l’esthétique du lieu. Mais sans esprit critique. Quand j’étais petit, j’aimais plusieurs époques. En effet, avant le développement du sens critique, nous sommes seulement attiré par ce qui nous plaît. Je dois avouer une erreur de jeunesse : j’admirais Napoléon quand j’étais enfant, mais à cause des batailles et des uniformes.

Concernant le XVIIe, j’ai davantage été attiré par lui que par la Renaissance ou par le XVIIIe, mais je ne sais pas vraiment pourquoi. Il me plaisait beaucoup, aussi bien par la musique, l’architecture, la peinture, la littérature… Et surtout, au collège, la littérature. Bien que je n’aie pas eu des cours exceptionnels et que je n’étais pas en mesure de tout apprécier, j’aimais beaucoup les Caractères de La Bruyère et les tragédies de Racine.

Par quels adjectifs pourriez-vous qualifier l’esthétique de ce siècle ?

Tout dépend des registres, car l’esthétique s’adapte à la destination d’un objet, d’un monument ou encore d’une œuvre écrite ou orale, ou purement instrumentale ou vocale. Dans l’ensemble, je dirais « majestueux », « qui inspire la grandeur et le respect », « équilibré ». Je ne rentre cependant pas dans les clichés de l’architecture classique que l’on nous enseigne au collège. On nous y montre un classicisme très dépouillé, sans statues, sans ornements, voire sans peintures et sans couleurs. Ce classicisme-là est sorti de la Révolution, du vandalisme révolutionnaire qui a mutilé de nombreuses œuvres.

Ainsi, avant la Révolution aux Invalides, des statues étaient juchées en acrotère (en saillie) sur les façades. Versailles retrouve en ce moment ses dorures sur les toitures ; les façades pouvaient être peintes. C’était le cas à Marly, où l’on a peint du faux marbre sur les façades, à la manière génoise ou vénitienne. Dans le style pierre et brique du premier Versailles, on pouvait imiter les parements bichromes sur des façades plus banales. Le principe consistait à mettre sur un fond blanc un enduit ocre, orange ou rouge foncé, et de tracer des rainures sur cet enduit, pour faire ressortir des faux joints. Au XVIIe siècle, on aimait ce qui donnait de la couleur, de la vivacité au décor. Le mobilier n’échappe pas à cette règle : tentures et parements cramoisis, lapis-lazuli, plateau de marbre, des meubles aux veinures tranchés et aux couleurs chatoyantes, contrastes affirmés et matériaux insolites comme l’écaille de tortue !

(Lire la suite…)

18 septembre 2010

Musique italienne : Albinoni

Publié par carnetsdimelda dans Musique

D’Albinoni, brillant compositeur baroque mort en 1751, vous connaissez sans doute son fameux Adagio. (ti-ta-dada-daaa…)

Et pourtant, cette pièce n’est pas de lui. Elle a été composée par le musicologue Remo Giazotto en 1945. Celui-ci prétendait se fonder sur le fragment d’une sonate d’Albinoni retrouvée parmi les ruines de la bibliothèque de Dresde. En effet, près de soixante-dix des oeuvres du grand maître ont brûlé pendant le bombardement de la ville en 1945. Giazetto se serait fondé uniquement sur la ligne de basse et six mesures de la mélodie. Cependant,  la Staatsbibliothek Dresden a formellement démenti avoir eu ces fragment dans sa collection de partitions.

Pour vous consoler (et comment !), écoutez ici l’un de ses concertos opus 10 pour trois violons, alto, violoncelle et basse continue, interprétés  par les Solisti Veneti dirigés par Claudio Scimone.

 

Musique italienne : Albinoni dans Musique Albinoni

 

24 juillet 2010

Musique italienne – Galuppi

Publié par carnetsdimelda dans Musique, Opéra, Voyages

Baldassare Galuppi (1706-1785) devint en 1762 le maître de la chapelle musicale de Saint-Marc de Venise. Lui qui avait pourtant appris la musique avec son père, violoniste amateur, il fut un modèle pour nombre de ses contemporains, notamment Carl Philipp Emanuel Bach (le deuxième fils de Jean-Sébastien), qu’il rencontra à Berlin, et Joseph Haydn. Catherine II de Russie le nomma compositeur de la cour à Saint-Pétersbourg en 1765.

Appartenant encore au mouvement baroque, son oeuvres compte une douzaine d’opéras, bon nombre d’oeuvres religieuses, et toutes sortes de sonates, essentiellement pour clavecin. A écouter ici, un album de ses concertos, cette forme musicale née en Italie et composée de trois mouvements (souvent vif, lent, vif).

Personnellement je préfère les mouvements vifs (« allegro »), où l’exubérance baroque vénitienne est en fête, dans la continuité du grand Vivaldi.

Musique italienne - Galuppi dans Musique AndreaLuchesi_BaldassarreGaluppi

1234

DanceMusicNews |
marc marilyn manson |
Metallica up your ass |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | La vérité est ailleurs vers...
| Haute Tension
| aaron57