Les Carnets d'Imelda

27 décembre 2011

Radio : quel bon ton de voix ?

Publié par carnetsdimelda dans Ecrire, Journalisme, Mots

« Bonjour Machin, bonjour à tous. » Qu’est-ce que cette voix artificielle, stéréotypée, des animateurs de radio ? Faussement enthousiaste ? Ou alors presque indifférente aux mauvaises nouvelles qu’elle annonce, des morts par ci, des morts par là, et l’on enchaîne sur le sport et la bourse… Comment rendre une voix radiophonique un minimum sincère, engagée, authentique ?

Il faudrait peut-être passer par l’écriture littéraire pour trouver une réponse. Pour faire de la littérature, il ne suffit pas de plaquer des procédés dits littéraires (épithètes inversées, métaphores à foison, périphrases…). Le langage va s’enrichir naturellement et devenir plus fin, plus littéraire, à mesure que s’enrichit le rapport de l’écrivain au langage. La qualité littéraire d’un texte n’est pas un vernis, mais son étoffe même. En d’autres mots : c’est la maturité et l’implication de l’auteur qui va trouver des mots neufs, et non déjà éculés, pour circonscrire l’objet précis de son invention. (Merci François Magné.)

De même, en radio, ce n’est pas le vernis de l’enthousiasme ou de la gravité qui va moduler la voix. C’est l’intérêt que le présentateur porte à l’événement qui fait entrer une chaleur dans son timbre. En école de journalisme, on apprend à faire des flashs info de manière convaincante, non seulement en articulant et en variant le ton selon la nouvelle, ou en faisant des phrases originales et variées. On s’exerce surtout à parler à la radio en apprenant à parler du quotidien, à parler comme au milieu d’un repas, à parler d’un sujet quelconque qui nous touche vraiment. Dire simplement, comme si on racontait à des proches. On choisit les événements et on écrit les brèves qui nous parlent, qu’on a envie de dire au monde, d’annoncer ou peut-être implicitement de dénoncer.

Evidemment, s’approprier un accident en Chine ou une fête à Lyon n’est pas forcément facile en peu de temps. Mais c’est aussi tout le travail du journaliste, tentant de mettre un peu d’ordre et de mots dans ce que Macbeth évoque : « La vie […] : une fable / Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, / Et qui ne signifie rien. »

 

Radio : quel bon ton de voix ? dans Ecrire radio_micro

7 décembre 2011

Chapôs, le style

Publié par carnetsdimelda dans Journalisme, Mots, Petits ecrits imeldiens

Chapôs, le style dans Journalisme chapeau%20mode

Le « chapeau » (ou chapô) précède un article de presse, et le résume. Plusieurs sortes de couvre-chefs existent.

Le casque d’abord, de vinking ou de pompier. C’est le chapeau conquérant, glorieux, salvateur. Il annonce les déclarations de guerre, les réformes économiques, les sommets du G8. Coup d’éclat ou dernière chance, c’est l’honneur qui scande les mots, claquants, ronflants. Les phrases nominales sont légion. Le panache ne se cache pas.

Il y a le chapeau melon, un rien bourgeois ou suranné. C’est celui des marronniers, ces sujets qui reviennent régulièrement. Les colonies de vacances, la rentrée des classes, les cadeaux de Noël. Il est rond, docile, sans prestige. Il répète le « comme chaque année », sans s’en offenser.

Certains chapôs sont des feutres, sombres et élégants. Le revolver n’est pas loin, la traque policière non plus. Les mots de « garde à vue » et d’ »enquête » continuent se susciter l’intérêt.

Il y a la coiffe bigoudène, Bretagne traditionnelle et triomphante. Sa dentelle fleure sans complexe les processions et le granit. Mais la grâce des hortensias embaume toujours ces mots, régionaux jusqu’à la Breizhitude militante. La coiffe auvergnate n’a rien à lui envier.

On aperçoit parfois la chapka, bonnet russe en fourrure avec oreilles rabattables. Poutine n’est jamais loin, ses neiges et la glace de son regard post-FSB. Gazprom, Medvedev ou Anna Politovskia hantent ses phrases.

Il y a la mitre, celle de l’évêque. Le chapô retrace les voyages du pape, les polémiques, les phénomènes. Elle garde le mythe de la puissance indéboulonnable alors que les catholiques ne sont plus qu’une minorité.

La kippa, ou le kieffieh posent leurs revendications propres, leur héritage, leur diplomatie complexe. Fini le parfum exotique, seul demeure la mondialisation, les migrations, les cultures.

Certains chapôs sont des perruques. Ils trompent ou montrent la tromperie, les révélations, les flatteries et l’obséquiosité, la démagogie. Les clichés abondent.

Ici, un sombrero. Ce chapô incarne l’hispanité solaire, la castagnette que la crise va bientôt phagocyter.

Là, le képi militaire, l’Afghanistan discuté, les Opex, les attaques, les défilés, le 11-novembre, le budget Défense. Ses mots claquent comme des ordres, on dirait.

Enfin le casque-antibruit, celui du citoyen qui en a assez d’entendre le flot-flux d’informations envahir sa vue, sa vie. A chacun son résumé, son chapeau.

5 décembre 2011

Petit éloge du journaliste

Publié par carnetsdimelda dans Journalisme, Poesie

Petit éloge du journaliste dans Journalisme pub_greg

 

On ricane aux salons. On aime les critiquer.

Hypocrites, mensongers, intrusifs, persifleurs »

Épithètes rapides, autant de préjugés

Ignorants les coulisses du métier de veilleur.

 

Ces minutes de JT, paragraphes quotidiens,

Matinales au réveil, sites web opportuns

Ne sont pas de nulle part, tels cris trop vite poussés ;

D’ardues préparations ils ont nécessité.

 

Qui se lève à une heure pour le flash de 5 heures ?

Qui vit un mois en Chine pour pondre une double page ?

Qui relève mille articles dans son agrégateur ?

Qui toute sa vie dévoue pour une belle mise en page ?

 

Il essuie les refus. Il se serre la ceinture.

Il parle des inconnus. Il couvre l’humble fait.

Sans lui le monde est nu, muet et sans jointure

Du Gers au FMI, il informe, il essaie.

 

Imelda

 

26 novembre 2011

Le bio à moindre prix, un défi difficile

Publié par carnetsdimelda dans Actualité, Impressions, Journalisme

Le bio à moindre prix, un défi difficile dans Actualité 

Le Salon bio Marjolaine qui se déroule du 5 au 13 novembre au Parc floral de Paris est un lieu de référence pour trouver des produits d’alimentation, de beauté ou de décoration respectueux de l’environnement. Cette année, un parcours « Promotion » propose dans plusieurs stands un article bradé, afin de montrer que le bio peut-être plus accessible à tous. Le bio peut-il vraiment coûter moins cher ? Il semble que son exigence de qualité le maintienne au-dessus des prix du marché.

Il est près de midi au Salon bio Marjolaine, dans les halles du Bois de Vincennes. Des centaines de personnes se pressent calmement entre les 550 stands, essayant un appareil de massage, goûtant de la pâte d’amande bio ou lisant un tract pour un séjour de jeûne diététique. Les visiteurs ont en moyenne une cinquantaine d’années. Peu de jeunes fréquentent ce salon de référence dans l’univers du bio, qui a accueilli l’année dernière près de 71 000 visiteurs pendant neuf jours. Sont-ce des personnes déjà installées dans la vie, qui peuvent se permettre de consacrer une partie plus importante de leur budget à une consommation de grande qualité ?

L’épithète est tenace dans les esprits : « Le bio, c’est cher ». Aussi cette année le Salon Marjolaine a mis en place un parcours « Promotion » : un petit écriteau vert indique la baisse de prix d’un des produits. Pourtant, cettte fameuse pancarte est difficile à trouver. « J’ai bien vu l’annonce de ce parcours Promo à l’entrée, témoigne Monique, une visiteuse sexagénaire, mais je n’en a pas beaucoup vu parmi les stands. »

Simon Trabuc vend les produits de la coopérative vietnamienne Bibol : des plats et saladiers en bambou peints et laqués, sans solvant ni composant organique volatile (C.O.V.). Quelques coupelles sont bradées, « parce qu’elles présentent de légers défauts », dit-il. Il ne s’agit pas pour lui de rendre le bio plus accessible.

Les produits biologiques sont-il vraiment plus chers ? Au Salon Marjolaine, certains sont dans les mêmes fourchettse de prix que les produits non bios : par exemple, un savon de Marseille à 2,90 euros, ou dehors, une formule déjeuner « crêpe flambée et crêpe au sucre » pour 8 euros. Cependant, le stand de la pâtisserie Laura Todd vend une belle boîte de 29 cookies bios 41 euros. Le petit gâteau d’épices de 250 grammes à 6,10 euros ou le miniscule pot de 100 grammes de confiture de papaye à 6 euros, peuvent également laisser beaucoup réticents.

Pas besoin d’être économe pour avoir un commerce équitable

Un salon est cependant le lieu privilégié pour trouver des prix réduits. « Tous les produits que je vends au Salon Marjolaine sont en promotion », déclare Anatole Rosier, qui vend des systèmes domestiques de filtration et de traitement de l’eau. « Ils sont moins chers dans ce stand que dans le catalogue ; mais ce n’est pas le cas de tous les produits vendus dans ce salon. » Il a mis en promotion un système de filtration de douche anti-calcaire, vendu à 85 euros au lieu de 95 euros, ce qui lui permet donc de renvendiquer la fameuse pancarte.

Plusieurs facteurs rendent le bio cher. « Le vrai bio garde un prix élevé qu’il nécessite un prix de revient important », justifie Philippe Loncar, savonnier dans l’entreprise familiale et artisanale « La Grange aux Herbes ». Pour lui, le bio doit rester artisanal et être cultivé dans de petites structures. Il met en promotion une nouveauté de l’année dernière, un baume à lèvres au beurre de karité de 10 g, qui coûte 6,50 euros. Les huiles essentielles, le flaconnage et la main d’oeuvre coûtent cher, c’est pourquoi le prix de vente est élevé.

De plus, cette exigence qualitative s’inscrit souvent dans une perspective de développement durable. « Cette cartouche filtrante permet une économie de 40% d’eau au final, déclare Anatole Rosier. Le prix implique donc une vraie économie à long terme. »

Toutefois, certains profitent du prix habituellement élevé du bio pour tromper les consommateurs, à en croire Philippe Loncar : « Mes produits sont certifiés Nature et Progrès, un cahier des charges qui demande que 100% des composants soient bios. Certaines grandes entreprises, comme L’Oréal, revendiquent des produits bios qui en fait ne comprennent que 5% de composants naturels. »

Les distributeurs sont aussi mis en cause : « Dans les supermarchés, il y a souvent peu de traçabilité, et ils peuvent en profiter », dénonce Simon Trabuc, de l’entreprise Bibol.

Au Salon Marjolaine, les consommateurs ne disent pas autre chose : « Je trouve que le prix élevé du bio n’est pas toujours justifié, surtout quand le produit n’est pas totalement bio, déclare Monique. En région parisienne notamment, les produits bio sont plus chers qu’ailleurs. Pour ma part, j’achète seulement certains produits bio qui risqueraient de contenir des composants chimiques, comme la farine, le miel ou les épices. Je ne pense pas que le bio va devenir moins cher, ou alors ce sont les normes qui vont baisser. » Surtout, Monique admire les démarches des agriculteurs ou des viticulteurs bio, qui parviennent à vivre de cette exigence d’authenticité.

Imelda

 

9 août 2011

Ce que cache un héros

Publié par carnetsdimelda dans Histoire, Journalisme, Litterature

Ecrire des nécrologies, ce n’est déjà pas toujours facile. Faire l’éloge d’un homme parfait, ce Charles-Elie Sirmont au parcours politique et humanitaire trop lisse, c’est ce que le journaliste Moreira se refuse à faire. Au long du roman, il interroge des personnalités ayant connu Sirmont, afin de préparer l’article qui paraîtra à la mort de ce dernier. Diverses personnalités ont côtoyé le personnages, dans sa carrière de député, d’ambassadeur, de héros humanitaire au Liban ou en Bosnie. Si le sauveur est moins immaculé qu’il n’y paraît, il semble néanmoins incarner le courage, au coeur de missions périlleuses.

Ce que Moreira va découvrir, c’est la blessure intime qui a poussé Sirmont à vouloir améliorer la vie de populations en guerre ou sinistrées. C’est ce que la façade médiatique cache des personnalités. Mais c’est aussi le besoin des gens de connaître des individus modèles, des exemples éthiques, jusque dans le monde actuel.

Etienne de Montety mène avec brio la trame de l’enquête, qui tend cependant à être une succession de récits historiques et militaires trop détaillés, qu’à un véritable roman. Il fait toutefois montre d’une excellente connaissance  des conflits récents, ainsi que des médias – ainsi, le fait qu’après la mort d’une personnalité, si le président a utilisé tel terme élogieux, le premier ministre ne puisse plus l’utiliser.

L’humour est également de mise. Moreira étant chargé des nécrologies, « la mort des autres devint une idée fixe. Il se mit à se réveiller la nuit, pris de panique : rien n’avait été préparé pour Marie-Hélène de Gombault. Il avait beau se raisonner : la médiéviste n’était âgée que de soixante-huit ans et rien ne laissait présager une mort proche, il ne parvenait pas à se rendormir. Il alluma la radio pour s’assurer qu’aucun flash n’annonçait son décès. » Eloquent.

Etienne de Montety, L’article de la mort, Gallimard 2009

Ce que cache un héros dans Histoire Montety

 

15 juin 2011

Pauvres journalistes !

Publié par carnetsdimelda dans Ecrire, Journalisme, Philosophie

Comment, pauvres journalistes ? Voilà un discours bien audacieux ! Ne sont-ils pas traités de tous les noms : hypocrites – pour l’affaire DSK par exemple -, menteurs – leur manque d’objectivité… -, voleurs de vie privée – ignobles paparazzis ? Bref, les journalistes n’ont pas bonne presse. Il faut néanmoins écouter leur avis, et Daniel Cornu est un bon avocat. Ce journaliste suisse a écrit des ouvrages de référence sur l’éthique journalistique, dont celui-ci : Médias mode d’emploi (2008).

A partir de son expérience de médiateur de presse à La Tribune de Genève depuis 1998, il évoque les questions qu’il a régulièrement évoquées dans sa « chronique de médiateur ». Le médiateur de presse fait le lien entre les lecteurs et rédaction, non à propos du contenu des informations, mais de la forme. Par exemple, un lecteur accuse La Tribune de Genève d’être imprécis sur le nom du’un lieu, ou de diffuser un dessin de presse choquant, ou encore la photo d’une personne recherchée par la police, mais présumée innocente. Bref, le médiateur de presse montre que la liberté de presse n’appartient pas qu’aux journalistes mais à tous, et que le rôle analytique des rédacteurs ne les dispense pas d’un regard critique.

Daniel Cornu a cependant un réel talent pour justifier les choix faits par les journalistes. Par exemple à propos de la diffusion des photos de cadavres de soldats, il interroge : « Le spectacle de la violence est-il toujours indispensable à la compréhension des faits et des situations ? A l’inverse, serait-il acceptable de faire un état des tortures ou d’autres actes de barbarie commis par un Etat en se dispensant de les décrire ? En s’abstenant de les montrer même, lorsque les documents existent et dénoncent les bourreaux ? La frontière entre l’information et le voyeurisme n’est pas certaine. »

Cet essai dynamique et concret pose des questions vraiment passionnantes. Sur le choix des mots :  « Les territoires sont-ils « occupés », « libérés », « palestiniens » ? Les combattants palestiniens sont-ils des « terroristes », des « activistes », des « résistants » ?  Chaque rédaction devrait établir à son propre usage un glossaire du conflit. » Ou encore sur la logique de la presse pipeul :  comme le petit monde des célébrités est sans cesse occupé à la fabrication de son image, la seule manière d’échapper à la complaisance est de le surprendre dans sa vie privée. Dans cette perspective, une image « vraie » est par définition, une image volée. Ce livre est une bonne base pour aborder l’éthique journalistique, aussi bien pour les rédacteurs que pour les lecteurs de feuille de chou quotidienne.

Pauvres journalistes ! dans Ecrire 9782830912579FS

23 mars 2011

Les médias, asservis ?

Publié par carnetsdimelda dans Actualité, Journalisme, Petites reflexions

Le problème des médias, c’est qu’ils doivent vendre. Outre la question de leur financement par la publicité et les grands groupes industriels, il y a la nécessaire attraction qu’ils doivent exercer face aux lecteurs. Sans elle, personne n’achèterait les journaux ! Sinon pourquoi les crieurs de journaux, annonceurs des titres croustillants, existaient-ils il y a quelques décennies ?

Un exemple simple : un grand titre de magazine sur « Les secrets de la franc-maçonnerie » fait toujours plus vendre que « La composition de l’ANSES » (l’Agence nationale de sécurité sanitaire). Comme dit certain professeur d’histoire contemporaine, « La guerre des polices » en première page d’un magazine d’histoire attire toujours plus que « Gendarmerie et société sous le Second Empire ».

Cette attraction ou non-attraction pourrait alors diviser le réel de l’actualité, avec d’une part les sujets qui vendent et d’autre part ceux qui ne vendent pas. Parmi ceux qui attirent le chaland, il y a les portraits d’hommes politiques ; les détails sur les séismes ravageurs ; les affaires de meurtres, disparitions, viols ;  les révélations sur la diplomatie américaine ; les petites phrases controversées ; toute une politique-spectacle qui empêche d’aller plus loin dans l’analyse… Le cas extrême de cette chasse au spectacle et au scandale se trouve évidemment dans la presse people.

Les médias, asservis ? dans Actualité couriere_petitjournal

De l’autre côté, on parle rarement du fonctionnement de l’administration des ministères, et du travail de fourmi qu’ils réalisent pour préparer les lois. Moins souvent viennent les détails des réformes, bien plus capitaux que les effets d’annonce. Question société, on trouvera peut-être davantage dans les journaux locaux le quotidien des entreprises ou les initiatives des associations.

Le problème réside aussi dans le fait que certains événements arrivent jusqu’aux médias, et d’autres non. Certains doivent rester confidentiels. Ainsi, les piratages informatique à Bercy avaient en fait lieu depuis trois mois.

Quoiqu’il en soit, les médias ont le défaut intrinsèque de donner des informations qui vont susciter une attirance instinctive chez le lecteur, et non ce qu’on pourrait appeler une attirance « raisonnée ». Ces remarques concernent toutefois plus la presse à grand tirage que la presse spécialisée. Une revue juridique sera sans doute moins excitante que Gala

 

4 janvier 2011

L’actualité est-elle déprimante ?

Publié par carnetsdimelda dans Actualité, Journalisme, Petites reflexions, Politique

Ce mot vient souvent dans la bouche de nos contemporains. Ainsi, dans un commentaire laissé suite à ma précédente revue de presse. Inondations, crimes et délits, méfaits de dictatures, disfonctionnements des services publics, grèves, crises politiques, pauvreté, crises économico-financières, médisances et calomnies, peste et choléra… La liste des horreurs actuelles est longue ! Ecouter les infos en se levant ou attraper un 20 minutes à l’entrée du métro répugne certains, craignant d’être déprimés pour la journée. Face aux malheurs, faut-il se tirer une balle ? Non. Pourtant, on se sent impuissant. Les médias ne servent-ils qu’à exacerber un sentiment de révolte et d’impuissance ? En marge de la nécessité de s’intéresser à notre monde, la question mérite d’être posée.

 

L'actualité est-elle déprimante ? dans Actualité journaux

Notons d’abord une chose. « On ne parle que de ce qui ne va pas. » Il y a du vrai dans cette phrase. On n’entend jamais : « Aujourd’hui, il n’y a pas eu d’incident diplomatique entre la France et la Russie » ou encore « Pas de tuberculose déclarée au Sri Lanka », ni « Pas de grèves en France depuis trois semaines, du jamais vu. » L’actualité tend à montrer ce qui pose problème, dans tous les sens du terme. Tel cas judiciaire pose des questions de droit ou de légitimité. Tel accident montre qu’il y a peut-être un problème de sécurité routière, ou d’alcoolisme. Tel nouveau bijou technologique laisse à penser sur sa bonne utilisation. L’actualité met en garde.

Elle invite aussi à la compassion et à l’aide : pour les populations souffrant de malnutrition, la solitude des personnes âgées, ou encore la personne disparue pour laquelle on lance un appel à témoins. L’actualité enseigne les nouvelles réglementations sur le tabac ou le permis de conduire. Elle pointe donc ce qui ne va pas, mais pour des réactions et des résultats positifs, dans la mesure du possible.

Et puis, il faut bien lire et écouter. De nombreuses nouvelles sont de bonnes nouvelles ! D’abord, tout ce qui est culturel. La sortie d’un livre, d’un film, une réédition, un concert, les journées du patrimoine, l’expo Monet, le salon du chocolat ont rarement fait couler des larmes. Pour le sport, c’est différent : tout dépend si vous soutenez le PSG ou l’OM… (Même problème si vous donnez vos suffrages à l’UMP ou au PS, en fait…) Mais les glissades d’un skieur olympique forcent plutôt l’admiration ! Même en politique, il y a de bonnes nouvelles : le mariage du prince William, le vote de réformes sur lesquelles tout le monde est à peu près d’accord (je n’ai pas dit de nom !), des unions politiques fécondes. En rubrique société aussi : moins d’accidents de la route cette année, des avancées en recherche médicale sur le cerveau… Reprise de la croissance et baisse des prix de l’éléctroménager pour l’actualité économique.

La rubrique « insolite » de certains médias montre aussi de belles choses (78 ans de mariage, un enfant sauvé par un adolescent…), ou, à défaut, amusantes. Certains sites, comme celui de Planet Positive, se sont même lancés dans l’ « info positive ». En réaction  à la morosité des informations habituelles, me direz-vous. Il est vrai. Il y a à mon avis une tare congénitale de l’actualité. C’est qu’elle évoque l’histoire des Etats, de la société, de l’économie… Mais pas la vie privée des hommes.

De fait, le bonheur fait partie de l’histoire privée des gens. Qui annoncerait à la presse qu’il a rencontré la femme de sa vie ? Qu’il a trouvé un emploi ? Que son neveu lui a souri, ce matin ? Le bonheur public : un concept difficile assurément, malgré de possibles réjouissances nationales ou internationales.

Aussi peut-on recommander de lire l’actualité avec mesure, d’en tirer des questions à débattre, et de ne pas oublier que la vraie actualité, c’est la vôtre et celle des personnes qui vous entourent. Dérive de l’hypermédiatisation (aussi bien la presse qu’Internet et les réseaux sociaux), que laisser des medias, des éléments qui se mettent au milieu, barrent le passage entre vous et le monde. Tout est dans la mesure.

 

12 octobre 2010

Littérature ou journalisme ?

Publié par carnetsdimelda dans Journalisme, Litterature, Mots, Petites reflexions

Certains articles écrits par des journalistes ont été publiés sous forme de recueil littéraire. On peut penser à ceux d’Albert Londres ou d’Albert Camus. Pourtant, on ne peut pas dire que tout journalisme est littéraire. Ce serait même, semble-t-il, le contraire. Mais alors, qu’est-ce qui distingue l’écriture journalistique de l’écriture littéraire ?

C’est une question que je continue de me poser, donc ces lignes ne sont une esquisse de réflexion.

Littérature ou journalisme ? dans Journalisme livres_222

Première distinction à faire : dans le journalisme, on peut séparer l’information factuelle, de l’analyse, et de l’opinion. La presse anglo-saxonne y tient encore plus qu’en France, semble-t-il. Dans le premier cas, l’article ou la brève répond aux questions qui, quoi, quand, où, et aussi souvent comment et pourquoi. Un adverbe exprime déjà un jugement (par exemple, « souligne-il pertinemment« . Le second cas, une analyse s’ajoute aux faits, tentant de montrer les causes, les conséquences, les hypothèses d’interprétation, les points de vues variés, bref, créant des liens nouveaux. Le dernier cas est celui de l’article d’opinion, l’éditorial par exemple, où un certain jugement entre en ligne de compte, de tous les degrés entre le positif et le négatif. A priori, ce jugement est mis en relief. Sinon, s’il infiltre les faits, il empêche l’objectivité.

Voyons pour la littérature maintenant. Dans un texte littéraire, comment l’opinion et le fait se partagent-ils le texte ? Je citerai le propos de Flannery O’Connor, écrivain américain du XXe siècle, qui donne des conseils aux jeunes auteurs de romans : « Tout ça ne veut pas dire que pour écrire un récit il faut oublier ou abandonner aucune de vos opinions morales. Vos convictions sont la lumière qui vous guide, mais elles ne sont pas ce que vous voyez, elles ne vous dispensent pas de voir. (…) Notre oeil englobe, avec tout ce qu’il peut percevoir du monde, notre personnalité tout entière. Il renferme le jugement. Le jugement a sa source dans l’acte de voir, et lorsqu’il ne l’a pas, ou s’il se dissocie de la vision, une confusion s’établit dans l’esprit, qui passe dans le récit. (…) Le débutant est habité par ses pensées et ses émotions, et non par l’action dramatique, et il est trop paresseux ou trop prétentieux pour descendre au niveau concret où opère la fiction. Il croit qu’il y a d’un côté le jugement, de l’autre les impressions des sens. »

Autrement dit, le « message » que l’auteur veut éventuellement faire passer ne doit pas venir dans la bouche où les pensées d’un personnage, mais de manière beaucoup plus implicite et diffuse, de telle sorte que le lecteur doive lui-même en tirer les conséquences. Dans l’écriture littéraire, les faits évoqués et l’opinion de l’auteur sont intimement liés par le regard même de l’auteur. On peut nuancer : l’auteur n’a pas forcément de message, la littérature n’est pas de la communication ; l’auteur n’est pas la même entité que la personne qui écrit mais celle qu’on déduit de la lecture ; un roman peut exprimer différents points de vue…

Ceci nous permet de dire que l’une des distinctions entre écriture journalistique et écriture littéraire vient du fait que les faits et le jugement sont, dans la première catégorie, séparés, et dans la seconde (ainsi que dans la presse d’opinion), mêlés. Cela ne signifie pas pour autant que la presse d’opinion soit de la littérature, puisque la littérature ne se réduit pas au caractère de de vision évoqué plus haut ; elle serait même, au contraire, le résultat d’une démarche excédant cette démarche. A méditer.

29 juillet 2010

Couleurs locales

Publié par carnetsdimelda dans Impressions, Journalisme

Au terme d’un stage d’un mois dans un hebdomadaire régional de province, il serait intéressant d’en tirer quelques mots. Chaque jour, j’ai eu l’occasion de faire deux à trois reportages dans la ville en question, puisque je travaillais pour l’agence locale de cette ville – et non pour les pages communes à toute la région.

Pour garder l’anonymat de cette ville, je l’appellerai éponymement… Ville.

Les personnes interrogées

La plus jeune. Pavel, un petit garçon de 6 ans qui participait à un tournoi d’échecs à Ville. Il venait du XVIIe arrondissement de Paris, et avec ses yeux bleus et sa spontanéité, il était fort touchant.

La plus âgée. Georges, un vieux monsieur de 80 ans environ qui faisait visiter bénévolement l’église de Ville. Il s’y est marié en 1956. Il connaissait l’église à fond, vous vous en doutez.

La plus jolie. Une boulangère, qui venait d’arriver à Ville. Blonde, le visage régulier, agréablement maquillée, elle ressemblait quasiment à une actrice ! Acheter son pain peut donc parfois être éblouissant.

Les reportages

Le plus court. Cinq minutes à l’exposition de l’école de dessin, parce que je devais prendre un train ensuite…

Le plus long. Deux heures et quart de visite de l’église de Ville.

Le plus intellectuel. Les participants d’un colloque sur « Ce que nous pensons des animaux », venant d’un Centre culturel international, est venu visiter le haras. J’ai pu ainsi interroger un chercheur à l’Inra et une philosophe. Comment le dressage académique influence la relation homme-cheval…

Le moins intellectuel. La préparation d’un concours de chant pour les adhérents des clubs de retraités de la région… Et pourtant, la finale rassemble plus de 1500 personnes ! … Moi ? Me moquer ? Jamais !

Le plus gourmand. Les nouveaux propriétaires d’une crêperie m’ont demandé, avant que l’on s’asseoie pour les questions, ce que je souhaitais boire. J’ai choisi un jus d’ananas. Mais je ne vous dis pas combien de petits fours j’aurais pu enfourner aux réceptions officielles…

Les plus polémiques. Des commerçants râlaient contre l’augmentation des droits payés à la Sacem dans les lieux sonorisés. Ils ont préféré ne pas donner leur nom, pour que la Sacem ne leur tombe pas dessus.

Dans un autre genre : ayant interrogé un bachelier mention très bien, une dame a écrit au journal pour se plaindre de ce qu’il venait du privé alors qu’il y avait de meilleures moyennes dans le public, exemple à l’appui.

Le plus périlleux. Pour parvenir jusqu’aux artificiers qui préparaient le feu d’artifice du 14 juillet, j’ai dû franchir une barrière de sécurité… Bon, j’ai demandé la permission à un agent de la Ville quand même.

Le plus insolite. Lors de la visite de la nouvelle cuisine centrale, entrant en espace « stérile » nous avons dû, avec l’autre journaliste, enfiler blouse, charlotte, chaussons et masque. Je riais sous cape car je n’arrivais pas à respirer dans mon masque…

Les plus émouvants. Un libraire qui fermait boutique après y avoir travaillé 23 ans, à cause de la crise et de la concurrence des « marchands de livres » de la ville. Il avait presque la larme à l’oeil en expliquant que c’était le plus beau métier du monde, qu’il avait vu ses clients avoir des enfants, mourir… C’est l’un des reportages que j’ai préféré.

Il y a aussi des moments, comme les résultats du bac, la remise des diplômes des aide-soignants, l’anniversaire d’une centenaire, où l’on est presque pris dans l’émotion générale, et presque triste de ne pas faire partie de la fête (sans compter le petits fours manqués…).

Le plus international. La presse équine américaine est venue au haras pour connaître la filière équine régionale et en parler en vue des prochains Jeux équestres mondiaux de Lexington dans le Kentucky. J’ai donc demandé en anglais à la journaliste de Horse Illustrated comment elle trouvait la région, elle m’a répondu « wonderful ! » Je n’en attendais pas moins.

Par ailleurs, j’ai appris une coutume des journalistes (et autres) américains : celle de donner sa carte, sans un mot.

Le plus chaleureux. Lors du don du sang à la marie, le président de l’association des donneurs de la ville voulait à tout prix que je donne mon sang. C’était un assez vieux monsieur très gentil, et j’ai apprécié qu’il s’adresse à moi en-dehors de mon statut de journaliste… Et puis il a dit qu’au moins, notre journal venait en reportage à chaque du don du sang.

Les moins chaleureux. Le directeur du cinéma faisait le bilan de la Fête du cinéma qui n’avait pas très bien marché. Il était assez distant derrière son bureau.

Egalement : la directrice d’un centre de loisirs qui avait l’air surbouquée.

Les difficultés

Les refus des gens. Quand vous proposez à une cliente de l’interroger parce que vous faites un article sur les soldes, et qu’elle vous regarde d’un air apeuré en disant non.

Les refus des correspondants locaux. Vous devez demander à un correspondant de prendre une photo du lieu d’un accident, et il vous répond de manière confuse qu’il ne le fera pas et qu’on l’exploite. Il s’est arrangé avec le rédacteur en chef…

Les erreurs. Vous avez cru entendre, juste avant une interview avec la mercière, celle-ci dire à une cliente qu’elle sera fermée une partie de l’été. Elle vous rappelle énervée pour vous dire qu’il n’en est rien, que depuis (les rumeurs courant…), les gens pensent qu’elle va se faire opérer, ou qu’elle est paresseuse… C’est toujours gênant.

Les échecs. Je devais interroger les ouvriers qui posaient des grillages sur les nouveaux vitraux de la chapelle de l’établissement catholique de la ville. Mais je n’ai pu accéder à l’autre côté du bâtiment où se trouvait la chapelle. A défaut, j’ai pris une photo de ces ouvriers (enfin, du camion…) à travers les grilles, avec un très gros zoom, pour « Les images de la semaine ».

Les anecdote mignonnes

A l’anniversaire d’une centenaire, j’étais à un moment à côté d’une poussette vide. Une petite fille de 3 ans vient me voir et me demande : « Il est où ton bébé ? »

Dans un centre de loisirs, une petite fille de 10 ans vient vers moi et me dit avec de grands yeux : « Plus tard je voudrais aussi être journaliste. Il faut combien d’années d’études ? » Je n’ai pas osé lui dire que je n’étais pas encore journaliste, mais lui ai expliqué gravement qu’il fallait « trois ans de ce qu’on voulait, puis une école pendant deux ans ».

Remarques annexes

Casser le cliché. Le journalisme local ne s’intéresse pas aux chiens écrasés. Les faits divers, certes assez peu passionnants (accident entre la D13 et la D14…), ne font qu’une partie du journal. Il offre une vraie diversité de reportages.

Malgré tout… J’ai été surprise, le premier jour, de voir que l’on pouvait faire un article avec photo sur un mariage tout à fait ordinaire.

On accueille la journaliste les bras ouverts. Comme l’article dans le journal va leur fait de la publicité ou les rendre quelques jours « célèbres », les gens répondent souvent avec plaisir.

Des gens passionnés et passionnants. Certains de mes interlocuteurs ont tellement su m’intéresser qu’ils m’ont sucessivement presque donné envie de devenir ébéniste, boulangère, monitrice d’enfants, et vraiment : libraire… Et journaliste radio, lorsque j’ai visité la radio qui appartient au même groupe que le journal.

DanceMusicNews |
marc marilyn manson |
Metallica up your ass |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | La vérité est ailleurs vers...
| Haute Tension
| aaron57