Les Carnets d'Imelda

1 janvier 2010

Style en clair-obscur

Publié par carnetsdimelda dans Ecrire, Roman

On se demande souvent ce qui fait un bon style. Un jour, je suis tombée, dans le Journal des Faux-monnayeurs d’André Gide, où ce dernier expose ses difficultés d’écriture et réflexions diverses, sur ces mots :
« Je reprocherais à Martin du Gard l’allure discursive de son récit ; se promenant ainsi tout le long des années, sa lanterne de romancier éclaire toujours de face les événements qu’il considère, chacun de ceux-ci vient à son tour au premier plan ; jamais leurs lignes se mêlent et, pas plus qu’il n’y a d’ombre, il n’y a de perspective. C’est déjà ce qui me gêne dans Tolstoï. Ils peignent des panoramas ; l’art est de faire un tableau. Etudier d’abord le point d’où doit affluer la lumière ; toutes les ombres en dépendent. Chaque figure repose et s’appuie sur son ombre. »

Il semble important de noter que toute oeuvre originale étudie un problème (que ce soit conceptuellement ou littérairement, mais aussi dans les articles de presse) selon un angle particulier, une lumière particulière, donc.
Dans la littérature, comment cela se traduit-il ? C’est ce que je me demande. Bien sûr il y a le lexique, le rythme, les images… Je lis le premier livre de littérature que j’ai sous la main, et j’y prends une phrase des Vies minuscules de Pierre Michon – recueil de nouvelle publié en 1984, que je me suis promis de lire depuis trois mois… – :
« Le mal aura fait son oeuvre ; il sera devenu muet à l’automne, devant les tilleuls roux : dans ces cuivres que le soir ternit, et toute parole soustraite par la mort en marche, il aura plus que jamais été fidèle aux vieilles épaves lettrées de Rembrandt ; nul dérisoire écrit, nulle pauvre demande griffonnée sur un papier n’aura corrompu sa parfaite contemplation. »
Je n’ai pas lu la nouvelle, je ne sais quel est ce mal ; et pourtant on peut observer la couleur donnée à la phrase : automne, roux, cuivres… Et cette négativité : muet, soir, mort en marche, épaves, nul, dérisoire, nulle, n’aura, corrompu… d’où émerge une certaine beauté : « corrompu sa parfaite contemplation » comprend une antithèse qui me ravit, avec ce mot parfait, incorruptible… Cette analyse n’a rien de rigoureux, et pourtant elle touche peut-être du doigt le début du commencement du clair-obscur d’un style littéraire.

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