Les Carnets d'Imelda

27 septembre 2011

Dostoïevski, quitte ou double

Publié par carnetsdimelda dans Litterature, Psychologie, Roman

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Depuis Romulus et Rémus, la figure du double ne cesse de hanter la littérature. Le premier homme veut toujours éliminer le second – logique. Avec Le Double en 1846, Dostoïevski signe son second roman, bien avant Crime et châtiment, Les Frères Karamazov et autres plaisants récits, pleins de douce légèreté.

Monsieur Goliadkine est un modeste fonctionnaire pétersbourgeois. C’est un anti-héros, toujours en échec, essayant vainement d’aller de l’avant, pour courir droit au mur. Il balbutie, il est balloté par des vents contraires. Un jour, il rencontre rien moins qu’un autre Monsieur Goliadkine (-cadet), son sosie, qui le suit, vient habiter chez lui, prendre sa place au bureau, et agir de manière plus déshonorante. La réputation de « notre héros » – comme le nomme le narrateur – est peu à peu détruite.

L’(anti-)héros est de plus en plus isolé, oublié et malheureux – similitude avec le roman Hors champ (2009) de Sylvie Germain, avec cette disparition progressive, cette marginalisation, solitude radicale au milieu de la société. Mais le lecteur, qui suit les pensées tumultueuses de Goliadkine, se sent aussi perdu que lui : quelle est cette Allemande ? Le sosie existe-t-il vraiment ? Pourquoi les proches de Goliadkine ne sont-ils pas gênés par la présence du double ? Le héros nie « l’affaire » à chaque instant, éperdu.

Cette confusion des sentiments épouse et déforme le langage, avec toute une série de petits mots inutiles, presque phatiques, ce langage cabossé, haché, répétitif jusqu’au délire : « Bon, c’est bien… mais si, l’autre… Mais, eux, l’autre, ils… ils confondaient ! Allez savoir, avec lui ! Ah non, mais Seigneur Dieu ! … Il va vous le substituer, le bonhomme, il va vous le substituer, canaille – comme une serpillère, il va vous le substituer, et il ne se dira pas, lui, que, l’homme, ce n’est pas une serpillière. » Heureusement, le comique de répétition et celui de la situation rompt le rythme infernal, atténue la tragédie. Remarqué.

 

Fédor Dostoïevski, Le Double, traduction d’André Marcowicz, Coll. Babel, Actes Sud

 

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